‹ L'Italie est-elle la terre des morts? (volume 2)Chapitre 59 sur 64 · FENÊTRE QUI BRILLAIS · texte numérisé non relu

FENÊTRE QUI BRILLAIS

Fenêtre qui brillais et maintenant ne brilles plus,

C'est signe que ma Ninette est malade ;

Sa sœur se met à la croisée et me le dit :

Ta Ninette est morte, ils l'ont enterrée.

Elle pleurait toujours de ce qu'elle dormait seule,

Hélas t elle dort maintenant avec les morts I

Ya dans Téglise et découvre la bière, Vois ta Ninette, comme elle est changée 1 De cette bouche d'où sortaient des fleurs, Maintenant sortent des vers. — Oh ! quelle pitié l Monsieur le curé, aies-en bien soin, dis : Tiens-lui toujours une lampe allumée 1

Je ne sais ce que dit ma traduction, mais je sens dans l'original une véritable poésie, trouvée et non cherchée, un sanglot qui éclate sans se demander quel effet il va ^

faire et quelle fibre il va remuer. Voici un homme qui va voir sa maîtresse ; le balcon est sombre, il a peur. Est-elle malade? elle est morte. Et que de regrets d amour dans la simple réflexion qui termine la première strophe ! Et puis cette visite à Téglise, cette peinture repoussante mais si vraie, de la trépassée, et cette recommandation au prêtre, pieuse conclusion de l'idée et du récit : tout cela en douze vers, sans composition apparente, sans liaison visible et sans cliquetis de mots, me semble tm petit chef-d'œuvre. On peut dire autrement, mais je doute qu'on puisse dire mieux.

Je ne multiplie pas mes citations, je crois que le lecteur a déjà compris cette poésie. Deux strophes encore cependant, parce qu'elles ont fait fureur, et que le peuple s'y montre bien. Elles sont intitulées : Fenêtre basse. Il est très-souvent question de fenêtre dans ces chansons, parce que c'est là qu'on fait l'amour à Naples^ C'est le pays du monde où la pantomime est arrivée à son plus haut point de perfection. Debureau y aurait trouvé son maître. J'y ai assisté à de longues conversations, où la rue et le cinquième étage d'une maison se disaient les choses les plus spirituelles et les plus passionnées. Il y a une télégraphie amoureuse que tout le monde comprend au pays napolitain, surtout dans le peuple. La communication électrique s'y établit à merveille et sans le moindre fil de fer. Je reviens à mes deux strophes. Comme elles sont les plus populaires de toutes, je demande la permission de les citer, avec le mot à mot italien en regard, pour ceux qui seraient curieux de comparer la langue au dialecte.

1. C'est peut-être un souvenir de la domination espagnole. Cette manière de faire sa cour s'appelle, en Espagne, peîar la pava, plumer le dindon. Les filles s'y livraient, semble-t-il| à cette occupation, tout en écoutant les garçons à la fenêtre.

TENESTA VASCU.

Fenesta yascia e patrona crudele, Quante sospire m'aje fatto jettare !

M'arde sta core comm' a na cannela, 6eUa, quanno te senV annomenare.

i Oje piglia la sperienza de la neve;

1 La neve è fredd^ e se fa maniarei

I E tu comme si tant' aspra e crudele,

I Muorte mme vide e non me yuô ajatare.

Torria arreventare no picciuotto ! Co na lancella a ghi yennenno acqua ,

Femme une 1 da chiste palazzuotte :

« Belle f emmené meje, a chi yo acqua ? > Se yota na nennella da là' ncoppa :

c Ghi è sto ninno cbe ya yennenno acqua ? i E io responno co parole accorte :

c So lagreme d'ammore, e non è acqua. »

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