‹ L'Italie est-elle la terre des morts?Chapitre 8 sur 37 · LE ROI SOLIVEAU · texte numérisé non relu

LE ROI SOLIVEAU

Au peuple-grenouille Vient un roi nouveau,

Que Ton s’agenouille Devant. Soliveau !

J’avoue avec joie Que Dieu nous l’envoie ; C’est commode et beau, Un roi Soliveau!

Quel fracas dans l’onde Sa chute a produit!

Les bûches au monde Font toujours du bruit.

Mais, d’un saut rapide, Muet et stupide,

Il revient sur l’eau ,

Le roi Soliveau.

Quand le peuple en masse Voit ce machin-là,

Tout l’étang coasse :

« Comment, c’est tout ça?

« Il veut donc se faire « Siffler dans l’eau claire,

GIUSEPPE GIUSTI

« Ce brayant lourdaud, a Ce roi Soliveau?

<r C’est lui qu’on couronne ? a Ce tronc de trois sous?

« Jupin déraisonne « Ou se rit de nous.

« Sus donc, qu’on exile « Ce maître imbécile !

« Qu’on livre au barreau « Ce roi Soliveau ! :»

Paix donc, pauvres bêtes î Acceptez les lois,

Crapauds que vous êtes, D’un prince de bois !

Loin qu’il pille et taille,

Il permet qu’on piaille ;

Il est sans bourreau,

Le roi Soliveau I

Il cède à l’orage,

Aux vents comme ils vont, Dandine, surnage,

Point ne pêche au fond,

Point ne fouille et sonde....

Comme il sait le monde 1 Qu’il a de cerveau.

Le roi Soliveau I

Son front, s’il s’agite Et vient à plonger,

Remonte au plus vite....

Il est si léger !

Le titre d’altesse Est plein de justesse Et va comme il faut Au roi Soliveau I

O peuple, sommeille I Veux-tu qu’au marais

GIUSEPPE GIÜSTI.

Le serpent t’éveille !

Paix donc, dors en paix !

En vain se rebiffe Qui n’a dent ni griffe :

Pour toi rien ne vaut Un roi Soliveau.

Quand un peuple en grâce A des biens si grands,

De tout il se passe,

Même de bon sens....

Quel peuple docile !

Quel prince tranquille I Vivat et bravo Le roi Soliveau !

Les poésies de Giusti ne firent pas seulement du bruit, mais du bien. Elles secouèrent la torpeur nationale ; elles secondèrent le mouvement de 1830 à 1847. On sait l'inauguration de l'Italie nouvelle. Elle s’entonna par ' un chant de clémence en plein Vatican. Giusti, malgré ses vers sur le pape Pierrot, eut la candeur de croire à cette renaissance romaine. Il se repentit du combat après cette apparence de victoire et il se reprocha ses coups de cravache et d'éperon. Sa poésie à Gino Capponi est un Pcccavi de révolutionnaire pénitent. Guerrazzi m’a dit de lui : Il nous a aidé à démolir, mais a pris peur des décombres.

Cependant, même dans ses défaillances, il garda son indépendance et sa probité. Voici le début de son ode au grand-duc, qui entrait dans les réformes. Ce n’est 'pas la génuflexion d’un apostat, c’est la confession d’un citoyen. Jamais poète n’est revenu à son souverain avec une dignité plusfière.

GIUSEPPE GIUSTI

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