‹ L'ItalieChapitre 4 sur 56 · ALIE · texte numérisé non relu

ALIE

j ai plus que vous le temps de lire, et j'ai déjà quelque peu la, c'est une cbose dont on peut se vanter. Le mérite ne consiste pas à avoir lu, mais à saToir tirer parti de ses lectures. Tout ce qui a rapport à lltalie, je me suis promis de l'étudier en partie laborieusement, pour l'ordinaire de l'explorer aTec curiosité, mais toujours au moins de le parcourir avec le pouce, comme disait Chénier. Pour combien de lectures le pouce Taut les yeux! Demandez à quiconque a exercé le journalisme. Ces ouvrages, je les possède : quelques-uns auprès de moi, dans mes malles; d'autres dans les bibliothèques de mes amis ; le reste en6n dans notre bibliothèque nationale, laquelle, srrâce à l'excellent M. Van-Praêt , s'épanche au premier appel sur ma table , sur la vôtre, sur celle de chaque citoyen offrant une craranlie morale suffisante.

Le travail que j'entreprends pour mon utilité personnelle, je m o(&e à vous en faire profiter. Tous les passages qui pourront offrir quelqu'intérét d'instruction ou de plaisir, je me charge de vous les signaler par un trait à Tencre , ou toute autre indication moins pernicieuse pour le livre. Rien de ce qu'un livre renferme de vraiment bon ne vous échappera ; il est tel dont vous naurez peut-être que deux lignes; mais ce n'est point à moi, c'est h l'auteur qu'il faudra vous en prendre ; fiez-vous , pour l'exécution 1 consciencieuse de ma promesse , k ma j probité littéraire. Mon portier prétendait que j'étais le plus honorable 4 homme de lettres qu'il eût connu.

Il se servait encore de la locution homme de lettres^ mon portier: j'espère qu'il s'est enfin corrigé.

» On frappe à ma porte, et je suis obligé d'interrompre ma longue épitre.

INTRODUCTION. 7

» Je. reprends la plume et reviens h au moins une fois dans votre vie, un

vous. Devinez pour qui je vous avais quitté? Pour un de nos compatriotes, un Parisien, et un Parisien du quartier latin, du centre de la civilisation intellectuelle, un libraire de la vieille roche, un éditeur in utroque^ éditant le livre et la gravure, M. Audot père.

Son goût, ou plutôt sa fièvre pour les arts, venait de l'amener en Italie; depuis une semaine il est à Florence. Je veux vous montrer, m a-t-il dit après les complimens d'usage, quelque chose de curieux ; et il m'a fallu le suivre à l'hôtel de madame Imbert , où il est logé. Figurez-vous la collection ou plutôt la confusion, la mêlée la plus imposante de vastes in-folios, de robustes in-4*i de sveltes in-8*, d'album , sous leur pudique étui de satin moiré.

Il y avait là aussi d'immenses portefeuilles, béans comme des abymes, et qui avaient englouti des masses de gravures, etbon nombre de dessins originaux. Comme Tasinissime bibliothécaire si vertement étrillé par Courier, dans V Histoire dun manuscrit et éCun pdtéj^e demeurais s^upide. Que pensez-vous, me demandait mon compntriote, de ce Pirancsi? je l'ai payé trois mille francs. Ceci est le museo Borbo^ nicoj il m'en coûte plus de six cents. Ce voyage de Naples en vaut deux mille.

Voilà le bel ouvrage de l'abbé de Saint- Non avec les eaux fortes de Duplessis Bertaux. Pauvreabbé de Saint-Non, l'Italielui a coûté sa fortune, il l'a sacrifiée h ce monument. Vous voyez aussi les ouvrages de Visconti, etc., etc. Voici qui vient de Venise. J'ai trouvé ceci à Ka venue... Un tel a croqué pour moi cette église , je tiens cet autre dessin d'un tel; et à chaque œuvre cirrivait toujours le nom d'un peintre célèbre, français, italien, anglais, etc., etc. Vous n'êtes pas sans. avoir rencontré ,

antiquaire au milieu de son cabinet de médailles; un géologue devant sa collection de minéraux ; une actrice face à face avec son écrin ; ce n'est rien comparé à M. Audot au centre des dépouilles opimes qu'il venait de recueillir dans tous les coins de l'Italie. Enfin, après un hum ! hum ! où l'on pouvait recon^aitre l'esprit spéculateur faisant une invasion sur le sens poétique de l'amateur des arts : Tout cela ensemble me coûte vingt-et-un bons mille franco j.'ai conservé les notes détaillées avec lé prix de chaque objet; mais je crois que je possède une collection aussi complète que possible.' Maintenant il reste à mettre mes matériaux en œuvre et à fonder l'entreprise que je médite depuis plusieurs années r un recueil de jolies gravures , reproduisantles si tes les plus délicieux, les monumens les plus beaux, les ruines les plus intéressantes. J'y joindrai les plus jolis costumes, groupés de manière à reproduire des scènes naïves qui fassent bien comprendre les usages les plus singuliers des différentes villes. — Et vous ajouterez à cela un texte? — J'avais envie de m'adresser à vous pour cet objet. — Je tiens dès aujourd'hui ma plume à votre disposition .

— Vous avez habité long-temps l'Italie; vous lui avez voué un culte, et vous ne restez étranger à aucun des hommages que chaque nouvel écrivain dépose aux pieds de votre idole. — Ajoutez que mon intention est de poursuivre un cours assidu de recherches sur tout ce qui a rapport à son histoire, ses mœurs, etc. Le travail que vous me proposez me fournit une occasion admirable de mettre h exécution mon projet.— Il faut se méfier des recherches poussées à l'excès, le public redoute le pédantisme. Nous autres éditeurs.

nons aimons les livres qui s'adressent atout le monde.— Si le pédantisme est l'excès de la science , rassurez-vous, je crains bien de ne jamais courir le risque de devenir pédant. — N'allezpas cependant tomber dans l'excès contraire. Nous publions chez une nation devenue grave et éclairée, il ne faut pas qu'on nous accuse d'être superficiels.— Je m'appliquerai à traiter mon lecteur comme un homme du monde et un homme de sens qui me fait l'honneur de m'écouter. Je causerai de mon mieux ; si j'ai quelque définition à donner, je tâcherai d'être bref et surtout clair; et je prends l'engagement de ne disserter qu'à la dernière extrémité. Là dessus je quittai l'honorable éditeur.

» Maintenant convenez que mon traité avec lui est une bonne fortune pour vous autant que pour moi.

>Pour nous livrer àl étude que nous complotions ensemble, vous alliez être obligé de fouiller, d'après mes indications, dans quelques centaines de volumes , dont quelques-uns assez difficiles à se procurer. Au lieu de cela, moyennant une souscription modique, vous allez recevoir chaque semaine un joli cahier bien propre , d'une belle impres-

sion, et renfermant la substance extraite et convenablement élaborée de plusieurs poudreux bouquins. Heureux mortel, vous savourerez le jusde l'orange sans avoir pris la peine de le préparer de votre main ! Des gravures exécutées par les meilleurs artistes, d'après d'excellens dessins, rendront sensibles à votre œil, mille objets dont la description, même par la plume la plus habile, laisserait toujours quelque chose à désirer.

» Quant à moi, le travail que j'entreprenais pour mon plaisir seul va se trouver rétribué. Je ne suis pas cupide, mais avec cet aiguillon de plus j'ai bien davantage la conviction que ma persévérance se soutiendra jusqu'à la fin de la tâche. Je trouve à la fois in* struction et profit, sans compter la satisfaction de me voir imprimé tout vif.

» Reste M. Audot. Son amour éclairé pour les arts, et l'idée heureuse de cette entreprise, dont le besoin était gêné' ralement senti (style de prospectas ), méritent une récompense. C'est aa public à la lui accorder. Je fais des VŒUX sincères pour qu'il en advienne ainsi.

c J'ai l'honneur d'être , etc. »

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