‹ L'Italie littéraire et artisqueChapitre 63 sur 86 · LIONARDO DÂ VINCI · texte numérisé non relu

LIONARDO DÂ VINCI

cer le traître ; un autre promettre au divin Maître aide et assistance , un troisième reste stupide à l'annonce d'un tel attentat ; celui-ci est en proie à uneaflliction profonde; celui-là cherche à éloigner de lui le soupçon; un autre tâche à deviner la trame du complot et le coupable; qui s'étonne, qui s'indigne, qui parle, qui interroge et qui écoute les autres. La figure de saint Pierre respire par-dessus toutes les autres la colère et la vengeance, et tourné vers saint Jean il lui demande l'explication des divines paroles. Â côté de lui et comme contraste l'artiste a placé le traître Judas, afin de marquer l'opposition des sentiments par celle des physionomies. La difformité du traître est farouche, repoussante et basse , tandis que le visage de saint Pierre, plein de noblesse et de dignité, respire la franchise. Judas est inquiet, et pour cacher son trouble il semble prêter l'oreille aux discours de Pierre et de Jean. La manière dont Lionard a rendu cette figure indique une connaissance profonde de la physiognomonie; noir, les cheveux et la barbe hérissés, les yeux enfoncés, le nez déprimé, je ne sais quoi de malpropre, tous indices d'une âme méchante; au contraire, l'apôtre a les lèvres pâlies par l'indignation, les narines gonflées, le nez droit, le regard ouvert. » Et cependant il ne fut pas donné au grand cardinal d'admirer le Cénacle brillant encore de ce coloris que le nitre de la muraille fit disparaître peu d'années après que Lionard eut passé son tableau à l'huile*. La maladresse des restaurateurs, la stupidité sacrilège des moines, qui pour élargir la porte du réfectoire ne craignirent pas d'efïacer les pieds du Uédempteur et des Apôtres, l'insolence des soldats de Bonaparte , qui firent une caserne du réfectoire et des divines têtes une cible, toutes ces circonstances, jointes aux ravages du temps, endommagèrent tellement le merveilleux ouvrage qu'il ne reste presque plus de traces aujourd'hui des primitives beautés. Elles étaient dans tout leur éclat lorsqu'à la chute de Ludovic le More, en 1500, Lionard de Vinci dut s'enfuir à Florence où il peignit le Carton de la sainte Anne et le fameux portrait de monna Lt'sa. Après quelques voyages dans une grande partie de l'Italie il revint dans sa patrie et composa un autre Carton pour la salle du Conseil dans lequel il traita le même sujet que Michel-Ange, la Bataille de Niccolà Piccinino. La place de Lionard de Vinci semblait marquée à Rome parmi les illustrations qui ornaient alors la cour de Léon X, Bramante, Raphaël, Michel-Ange, tous avides de gloire et possédés du désir des grandes entreprises; mais une telle vie ne convenait pas à l'artiste enclin à la paresse et ennemi de toute lutte. Cependant il ne se refusa pas à l'amitié de François I", qui admira le Cénacle en 1515 et avait leprojet de l'enlever de la muraille et de le trans-

'Lc cardinal Borroinée, dans le cl(^sir de sauver les faibles restes du chef-d'œuvre, avait chargé de sa conservaliou un élève de Jules-César Procaccini, André Bianchi, dit le Vespino. [Note du traducteur.)

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