AGRICULTURE DE LA LOMBARDIE
L'agriculture de la Haute-Italie est condiiite d'après deux systèmes ; l'un est employé sur les terres régulièrement arrosées par une disposition artificielle des eaux; Tautre s'applique aux cantons oii ce procédé n'est pas inss en usage.
Les terres qui sont assujetties à l'irrigation artificielle, sont réduites à un niveau calculé pour permettre le passage de l'eau sur la surface , sans rester stagnante de manière à rendre le terrain marécageux. On y cultive les prairies , le riz , le coton et le blé de Turquie ; cette culture partage la ferme en quatre parties. Les pressent fauchés trois fois par an dans les bonnes terres : leur produit est de trois cent cinquante livres (de vingt-huit onces) pour chaque perche miJanaise , qui fait un peu plus du quart de l'arpent français. La prairie appelée prato di Marcita (i) , parce qu'elle est fauchée dans le mois de mars, est plus productive , et reste verte toute l'annéej les bestiaux qui y paissent pendant l'hiver, donnent un tiers de plus de lait que dans les autres pâturages. Le prato di Marcila se fait en donnant un niveau plus élevé au terrain , et en le laissant sous l'eau depuis
(i) Si un étranger peut se permettre de juger d'un point d'élymologie , je croirais plutôt que le mot marcita dériverait de marcire , corrompre ; la terre en question étant amollie par une abondnute irrigation, et produisant beaucoup de fièvres cudéminucs.
octobre jusqu'en mars , en prenant soin de choisir les sources les plus chaudes. Dans les terres inondées de Lodi, le riz ne fait point partie de la rotation , et l'on cultive le double de terre en prés. C'est là que se fait presque tout le fromage appelé porme^o/z; on n'en fabrique pas une seule livre dans le duché de Parme.
Les rizières produisent les plus fortes récoltes. Quand elles sont nouvelles , elles rendent vingt fois la semence , et les anciennes, de dix à seize. Le prix de ce produit est généralement assez bon , puisqu'il ne croît que dans la Novarèse , le Milanais (en y comprenant Pavie), le Mantouan , le Ferrarais , le Padouan, et une petite partie du Vicentin et du Bolonais.
Les terres à blé n'oflrent aucunes particularités ; le maïs est un produit de valeur très-variée ; étant entièrement consommé dans le pays, son prix change suivant la bonté de la saison. Les terres inondées en produisent une quantité double des terrains ordinaires.
La puissance productive des terres non inondées ne dififère point de celle des autres parties de l'Europe , excepté dans les lieux où. la nature marécageuse du sol donne des récoltes extraordinaires.
Les terres assujetties aux irrigations artificielles sont louées pour une rente en argent à de bons fermiers, qui, sans être bien versés dans les perfectionnemens modernes, obtiennent d'abondantes récoltes. Le terme ordinaire d'une ferme n'est que de neuf ans. Le fermier, par cette raison , et par ses moyens naturels de culture, a peu d'intérêt ù rendre la condition du paysan tolérabie, et ses mœurs meilleures. Aussi les cantons inondés sont plus infestés de voleurs que tout le reste du pays. Le calcul du fcr.-nier n'excède jamais le terme de son bail ,
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dont il tâche de tirer le meilleur parti possible ; aussi il arrive rarement qu'un paysan reste trois ans consécutifs dans le même service. Dans l'évaluation du cadastre, ces terres sont estimées un tiers au-dessus des fermes des autres districts.
La culture des cantons oii l'irrigation n'est pas employée , ne présente rien de particulier , excepté les mûriers cultivés joour la nourriture des vers à soie. La terre de Lombardie ne se repose que par les rotations de diverses productions prairiales; la terre (quand elle ne produit ni du riz ni du maïs) donne deux récoltes par an : autrefois la seconde était ordinairement en millet ou en blé noirj à présent, le plus grand nombre des fermiers y substituent les haricots , les navets ouïes choux, productions qui améliorent la terre au lieu de l'épuiser.
Il y a aussi en Lombardie beaucoup de vignes qui produisent des raisins excellens ; mais l'ignorance ou la nonchalance du fermier l'empêchent de tirer parti de cette récolte. Avec un système convenable , les vins de Lombardie pourraient rivaliser avec ceux de France.
La culture du mûrier a le singulier avantage de donner son produit en quarante ou cinquante jours. Le commerce de la soie et la manufacture d'organsin , forment Je principal article de commerce du pays, et fait circuler l'argent jusque chez le plus petit paysan. La population des cantons non inondés, est généralement bonne, les paysans y sont attachés aux propriétaires. La rente des terres est payée par une jiroportion de blé déterminée , et les châtaignes , le raisin et les cocons sont divisés entre le propriétaire et le fermier. Dans la Romagne, le Créinonois et quelques autres provinces , tout le produit de !a terre est divisé de la même manière. Cet équitable
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partage des biens lient lieu d'éducation , de commerce et de liberté politique. La condition des paysans de la Haute-Italie est en général assez heureuse , et leur moralité est proportionnée à leur bien-être. II n'y a point là d'incendies, d'assassinats , de déprédations nocturnes , d'actes insurrectionnels ; on n'est pas obligé d'avoir des préposés pour maintenir la paix , qui consomment un quart du revenu comme en Irlande. Le paysan irlandais, avec les six guinées qu'il donne pour une acre de terre , ."v une part bien différente dans les bienfaits de la nature. Un vêtement déguenillé qui le garantit mal des injures de l'air, une cabane qui ne le défend ni du vent ni de la pluie , et un peu de sel et de pommes de terre , sont tout ce qu'il retire du sol , et le reste est divisé entre le gouvernement , le double clergé et le seigneur absent. Tant que cet ordre de choses durera , le repos et la paix ne régneront point , et ne pourront en effet jamais régner dans cepa^'s. Dans l'état actuel , les lois ne font qu'ajouter à sa misère , et l'éducation gratuite est une pure dérision. Jusqu'au moment oii le système changera totalement, l'homme qui possède des terres dans cette île infortunée , doit s'estimer malheureux ; et bien plus malheureux encore est l'esclave qui naît pour les labourer. Dans les pays oii l'on fait les fromages , on estime que douze perches milanaises peuvent nourrir une vache suisse de la première qualité , et la valeur du lait peut monter à deux cent quarante francs par an. Les montagnes du Milanais ne fournissent ni chevaux ni bœufs d'une qualité supérieure, et il passe beaucoup d'argent rn Suisse pour l'achat de ces animaux. On élève des chevaux dans les environs de (h'énione etdeMantoue; mais cette branche de commerce est loin de prospérer.
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On a essayé aussi d'introduire les mérinos en Lombardie, mais l'insuffisance des pâturages de printemps, et le dégât que faisaient les troupeaux dans les terres cultivées , ont empêché les fermiers de se livrer à cette spéculation. Les mêmes objections n'existeraient cependant pas dans les districts montagneux des états toscans, romains et napolitains; et si les propriétaires voulaient donner leur attention à ce sujet, ils en tireraient probablement de grands avantages.
Un autre produit italien est le chanvre , mais il est principalement cultivé dans les états romains, oii il est d'un rapport considérable. L'impôt foncier monte à environ quatre sous sur un capital d'un écu de six livres , ce qui revient à peu près au quart de la rente. Outre cela , il y a des dépenses communales qui vont à la inoitié des contributions publiques. Les impôts indirects sont sur la loterie, le tabac, la poudre et le nitre; et dans les villes, sur l'entrée du blé et de toutes les provisions. Les droits sur le timbre et sur les actes judiciaires sont très-lourds. On lève une dîme sur les terres inondées , dont une partie est payée au curé de la paroisse, et l'autre à certains propriétaires laïques qui ont obtenu la permission d'acheter les dîmes appartenantes à des couvens et à des cathédrales qui ont été vendus pendant la révolution.
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