C. Bas-reliefs du dé
On a reproduit sur les faces sud et ouest de l’obélisque les deux bas-reliefs qui subsistaient encore au moment où ce monument a été abattu. L’explication de ces sculptures est tirée des mêmes sources que celle des inscriptions de l’obélisque.
« Côté ouest. Cette face du socle présente deux tableaux encore bien conservés. On a représenté dans chacun d’eux , sous la forme d’un personnage fort gras, et qui semble participer des deux sexes, le dieu Nil que les Égyptiens appelèrent en leur langue hôpi-môu, c’est-à-dire, celui qui a la faculté de cacher ou retirer ses eaux après en avoir couvert le sol de l’Égypte. La tète du dieu est surmontée d’un bouquet d’iris ou glaïeul, symbole du fleuve à l’époque de l’inondation.
La première figure de cette divinité (à droite) porte sur une table quatre vases contenant l’eau sacrée , et séparés en deux paires par un sceptre qui est l’emblème de la pureté des eaux du
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fleuve , présentées en offrande aux dieux de l’Égypte.
L’inscription verticale, tracée devant le dieu du Nil , contient la phrase suivante , que ce même personnage est censé adresser au premier des dieux égyptiens, à Atntnon, le dieu spécial de Thèbes , auquel Sésostris avait consacré les obélisques. =Voici ce que dit le dieu Hépi-môou (le Dieu-Nil ) : « Je te fais l’offrande de ces vases
par les mains de tou fils, le Soleil gardien « de la vérité, approl’vé p ar P nRÉ. » Et ces derniers mots, qui forment le prénom royal ou mystique de Rhamsès-Sésostris , sont inscrits dans le cartouche horizontal placé au-dessus de l’offrande.
La deuxième inscription hiéroglyphique verticale ( de droite à gauche ) contient ces mots : = Voici ce que dit le dieu Hùpi-môou : « Je te fais « l’offrande «le toutes sortes de biens purs par «les mains de ton ûls, l’ami d’Ammon R h a aises. » Et ces derniers mots, qui forment le nom même de Sésostris, étaient inscrits dans un autre cartouche dont il reste des traces évidentes à la place correspondante à celle qu’occupe la précédente , au-«lessus des offrandes portées par la seconde image du Dieu-Nil.
Ce personnage porte en effet , comme l’annoncent les paroles de l’inscription , toutes les
espèces d’offrandes, telles que des pains, des fruits , des bouquets de fleurs et divers genres de comestibles contenus dans les quatre vases de formes semblables , et surmontés du sceptre de la pureté.
La troisième légende verticale est en tout pareille à la première, et se rapportait à une autre figure du Dieu-Nil offrant les quatre vases d’eau sacrée, comme dans la première.
On avait ainsi alterné, dans ce bas-relief, les images du dieu du fleuve présentant successivement l’offrande des boissons et celle des aliments solides.
« Côté sud. Quatre singes cynocéphales de haut-relief composent le sujet de ce côté du socle de l’obélisque; ils portent sur leur poitrine un pectoral sur lequel est aussi inscrit le prénom royal de Sésostris : Soleil gardien de la vérité; les trois autres cartouches, placés entre les cynocéphales , sont aussi le prénom royal ou le nom propre de ce prince ( l’ami d.' Artimon, Rhamsès).
Enfin une autre inscription orne les quatre faces du soubassement ; j’en dois la récente communication à M. Hittorf, qui la tient de M. Lcbas; et je me félicite de leur obligeance, qui m'a fait connaître une partie très-intéressante du monument.
Cette inscription, gravée au-dessous des bas-reliefs du dé, est la dédicace même des obélisques au grand dieu de Thè-
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bes par Sésostris. Les cartouches qui renferment les noms du roi ont une forme singulière, et que je n’ai pas observée jusqu’ici. Chaque cartouche parait double et se terminer également à droite et à gauche.
Ceci s’explique par la forme meme de l’inscription, qui est double aussi , et qui présente deux fois le même sens, le même texte , dont l’un se lit de gauche à droite, et l’autre de droite à gauche. Le signe de partage est la croix misée , signe on peut dire neutre par sa forme; il occupe le milieu de la face nord , nouvelle preuve à ajouter à celles qui m'ont porté à considérer cette face nord comme la première de celles de l’obélisque. C’est , en effet, sur cette face que commencent les deux inscriptions; elles finissent au point diamétralement opposé de la face sud, où Ton remarque quatre nouveaux signes neutres aussi par leur forme géométrique, le niveau, la croix ansée et les deux qui les précédent; ils appartiennent également aux deux inscriptions, et les terminent toutes deux.
On trouvera sur notre planche II, n° 8, le texte entier d'une des deux inscriptions dont j'ai rétabli quelques sigues ou groupes incorrects (de la croix ansée jusqu’au niveau inclusivement ), En voici la traduction :
•La vieM’Aroéris, roi vivant, puissant, chéri de Saté, le seigneur de la région supérieure, le seigneur de la région inférieure, régulateur de l’Égypte, qui a châtié les contrées, l'Hôrus (Dieu ) resplendissant , gardien des années, grand par ses victoires , le roi du peuple obéissant, Soleil gardien de la vérité , approuvé par Phré , a fait exécuter ces travaux pour son père Ammon-Ra, et a édifié ces grands obélisques ic[ chéri d' Amman Rhamsès, chéri de Thmou, pour toujours. •
Ainsi toutes les portions du soubassement de l’obélisque sont signées des titres royaux; de Sésostris.
ya l’obélisque de louqsor.
Ce prince illustra son nom et son règne par les éminents services qu’il rendit à son pays dans les camps comme dans la cité; il fut à la fois grand conquérant et sage législateur; il connut la véritable gloire , fondée sur le respect que la victoire impose aux ennemis, et sur l’amour que la prospérité de la patrie inspire aux citoyens ; il l’enrichit de la dépouille de vingt peuples rivaux ou jaloux; il ajouta à toutes les merveilles de l’Égypte et de la Nubie, d’autres monuments non moins digues de ce nom. Il voulut aussi, par des soins presque minutieux , s’assurer la gloire d’avoir érigé les deux obélisques de Louqsor, comme s’ils devaient, par leur inaltérable solidité, réaliser les promesses surhumaines que les prêtres de l’Égypte lui firent au nom de leurs dieux, qui ne sont déjà plus. Les obélisques de Sésostris leur survivent depuis quinze siècles, et, par une ovation nouvelle, la civilisation moderne rajeunit à jamais et la gloire de Sésostris et l’antique illustration de l’Egypte. La France s’y emploie avec succès en les associant à sa propre renommée , et il entre dans l’accomplissement de ce devoir un juste sentiment de reconnaissance , car les sciences , source première de toutes nos prospérités, nous sont aussi, comme la lumière, arrivées de l’Orient.
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