CHAPITRE VII
L'objectif monte est essaye à nouveau par Fopticien. Il mesure sa distance focale principale qu'il doit, selon les décisions du Congrès international de Photographie, inscrire en millimètres sur la monture ; il détermine la position des plans nodaux ^ qu'il doit aussi indiquer sur la monture.
Si ces essais sont satisfaisants, il fait graver sa marque sur F instrument ; sinon il le met au second choix et le vend sans marque, un peu meilleur marché.
C'est alors que quelques opticiens envoient leurs objectifs au laboratoire de Kew. Espérons que les opticiens français n'auront plus besoin d'envoyer leurs instruments si loin et qu'ils trouveront bientôt à Paris un laboratoire d'essai des appareils et produits photographiques.
î Voir Notions élémentaires d'optique photographique, par M. G.- H. Nieweuglowski. — Paris, Sociélé d'éditions scientifiques.
Nous allons indiquer comment Fopticien procède à ces essais ou tout au moins donner des méthodes simples et à la portée de l'amateur, qui pourra ainsi se rendre compte de Tinstrument qu'il vient d'acheter. Il devra môme le prendre à l'essai et ne Tacheter définitivement qu'après s'être rendu compte de ses qualités.
1° Mesure de la distance focale principale
La méthode suivante, due à M. Martin et rendue pratique par M. Abel Buguet ^ sera avantageusement employée.
L'objectif étant monté sans diaphragme sur i/?ie chambre noire :
1° Mettre au point un objet aussi éloigné que possible et marquer au crayon, sur la base de l'appareil, l'affleurement de l'arrière de la chambre ;
2° Tracer au crayon sur la face mate du verre dépoli une circonférence concentrique et passant à un centimètre environ des grands côtés du verre ;
3° Tracer sur un grand papier blanc deux traits perpendiculaires et décrire , en prenant pour centre leur point d'intersection, une circonférence ayant exactement le même rayon que celle du verre dépoli ;
1 Nous donnons cette méthode telle que M. Abel Buguet l'a exposée ■dans le n° 9 du Photo-Journal.
4° Tracer encore une série de circonférences concentriques et de rayons croissant d'une façon à peu près régulière, jusqu'à une dernière dont le rayon soit à peu près double de celui de la première ;
5° Disposer le papier verticalement et braquer l'objectif sur le tracé qu'il porte. Avancer ou reculer successivement la chambre noire, en remettant au
Fig. 19.
point chaque fois, jusqu'à faire coïncider la circonférence du verre dépoli, avec l'image de la plus petite des circonférences, qu'on pourra amener à avoir la même taille qu'elle ;
6° Régler alors soigneusement la position de la chambre et la mise au point, de façon que ces deux circonférences égales coïncident exactement entre tous leurs points ;
l'objectif puot. 5
50 OBJECTIF PHOToatlAPHIQtîË
7" Marquer alors sur la base de l'appareil le point d'affleurement de l'arrière de la chambre.
Mesurer la distance cl des deux repères, le diamètre i de la circonférence du verre dépoli, le diamètre 0 de la circonférence du papier dont l'image a été amenée à coïncider avec la circonférence du verre dépoli [fi g, 19).
Ces mesures étant faites en millimètres, on aura la dùtance focale principale f de l'objectif, comptée comme il convient à partir du point nodal d'émergence et exprimée en millimètres, en faisant le simple calcul :
Dans cette détermination, la glace dépolie doit être bien parallèle au papier blanc sur lequel sont inscrites les circonférences des objets. On s'assurera du parallélisme par ce fait que l'image sera bien composée de circonférences pouvant coïncider avec celles du verre dépoli. Si cette coïncidence ne pouvait être obtenue d'aucune manière, si les images
1 DÉMONSTRATION. — La figure 20 montre en w le centre optique de l'objectif dont OwFI est Taxe principal et F le foyer principal. OB est le rayon de la circonférence sur le papier, IJ celui de la circonférence du verre dépoli. Les deux triangles semblables FwP et FIJ obtenus par la construction classique de l'image i d'un objet o donnent :
f 0 d o , ^ , .. . , o ^^ =: T ou -; =r -> i; esl-a-dire /= d X -* FI t f % ' t
n'étaient pas de vraies circonférences l'objectif serait alors pourvu du défaut à' astigmatisme .
2° Astigmatisme
On pourra encore vérifier si Fobjectif est dépourvu d'astigmatisme, en photographiant ou en regardant sur la glace dépolie Fimage d\m réseau formé de traits noirs horizontaux et verticaux sur fond blanc. Une seule série de traits, les horizontaux ou les verticaux, apparaîtra si l'objectif est pourvu d'astigmatisme.
3° Centrage
Un objectif est dit centré quand les surfaces limitant les lentilles dont il se compose ont toutes leur centre de courbure sur une même ligne droite, Taxe principal de l'objectif. — Le centrage se vérifie facilement en regardant à travers l'objectif les images données par réflexions et réfractions de la flamme d'une bougie. Gomme l'indique Wollaston, l'objectif est bien centré si on peut trouver une position telle que toutes les images de la flamme soient en ligne droite. Il sera plus commode, chaque fois qu'on pourra, d'employer la modification ingénieuse que
M. Leroy a récemment présentée à T Académie des Sciences (9 novembre 1891). La lumière d'une lampe est envoyée au moyen d'un miroir ophtalmoscopique sur une des faces de Fobjectif tournée vers l'observateur, l'autre face étant masquée avec la main par exemple. On opère comme pour Fexamen de Fœil. Les images de la lampe doivent encore ou se superposer ou être disposées en ligne droite, si l'objectif est bien centré.
4° Achromatisme
Pour s'assurer qu'un objectif est bien achromatique et dépourvu de foyer chimique, on colle sur un plan légèrement incliné un morceau de journal ; la base du plan incliné étant fixée sur une planche verticale, on braque dessus l'objectif monté sur une chambre noire. Avec la loupe on met au point une ligne des caractères ; remplaçant l'objectif par une plaque sensible, on photographie le plan incliné. Si l'objectif est dépourvu de foyer chimique, ce sera la même ligne de caractères qu'on a mise au point qui sera la plus nette sur l'épreuve. On doit opérer avec le plus grand diaphragme.
5° Aplanétisme
Un objectif est dit aplanétiqiie quand il est dépourvu d'aberrations de sphéricité, c'est-à-dire quand les rayons marginaux et les rayons centraux venus d'un même point lumineux concourent en un même point image, après avoir traversé l'objectif. On s'assurera qu'un objectif est aplanétique en mettant un certain objet au point après avoir couvert la partie périphérique de la surface extérieure de Fobjectif avec un papier noir ne laissant passer la lumière qu'au centre. Remplaçant cette cache périphérique par un rond de papier noir collé sur la partie centrale de l'objectif, le même objet devra encore être au point.
6° Distorsion
Les images d'objets terminés par des lignes droites sont quelquefois courbées sur les bords : c'est ce qu'on appelle la distorsion. On l'observera en photographiant un quadrillé formé de traits noirs sur fond blanc. Si l'épreuve donne un quadrillé exact, l'objectif est dépourvu de distorsion. ,
Si l'image du quadrillé a la forme de la figure 20,