X0ELIE
— C'est si effrayant, ces familles où l'on entre sans connaître personne, comme en pays perdu ! Il faut que le mari vous guide : c Prends garde..., mets tes pieds là, ne
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marche pas ici..., ne parle pas de ça à ma tante, jamais ceci devant mon oncle.... »
Madeleine, gaiement.
— \'ouscn ferez autant pour les vôtres....
NoËLIE.
— Moi ? Je n'ai personne. J"ai perdu ma mère de bonne heure; je ne l'ai presque pas connue. Mon pauvre père, vous Tavez vu. c'est un fantôme. J'ai tout mis dans Robert, il faut que Robert me tienne lieu de tout....
iMadeleine.
— Je suis orpheline aussi, moi, de père et de mère....
NoËLIE.
— \'raimcnt ?... une ressemblance de plus entre nos deux destinées. {Elle lui prend les mains.) Il faudra être bien amies, dites? Xons verrez, je suis une bonne enfant.... Je parle beaucoup, mais ce n'est pas ma faute..., une habitude que j ai prise à la maison, de faire les demandes et les réponses,... père ne dit jamais un mot. Si je n'avais pas eu mon piano, je serais morte
d'ennui.... Aimez-vous la musique? Moi, i"en suis folle. Nous en ferons beaucoup quand nous serons dans nos ménages, voulez-vous ?
Madeleine.
— Je crois bien !
NoËLIE.
— Le malheur, c'est que nous n'ayons pas pu nous marier le même Jour, à la même église.... Seulement vous, je sais, vous attendez la fin de votre deuil. Dieu ! que c'est long-, ce temps des fiançailles... vous ne trouvez pas ?
.M.vDELEiNE, riant.
— -Mais non, pas trop; on apprend à se connaître....
NoËLIE.
— Se connaître!... Est-ce qu'on n'a pas toute la vie pour ça? C'est du temps perdu, allez. Moi, d'abord, dès le premier jour, dès la première minute, s'il avait voulu m'emporter au bout du monde....
Madeleine.
— C'est bien loin.
NOËLIE.
— Oui, vous, vous êtes plus réservée; pourtant je ne m'y fierais pas. Au fond de ces beaux yeux tranquilles.... A propos, je voulais vous demander, avez-vous déjà votre bag-ue de fiancée ?
Madeleine.
— On me Ta donnée hier soir, je la porte pour la première fois aujourd'hui. (Elle se dégante.)
NoËLlE.
— Voyons.... Oh! qu'elle est jolie, toute en brillants.... La mienne, c'était moitié perles....
Madeleine.
— Montrez.
Noëlie, tristement.
— Ne m'en parlez pas, je l'ai perdue... en venant, dans le wagon J'ai eu un chagrin! Je n'ai pas osé encore l'écrire à Robert.... J'en étais si fière, de ma petite bague....
Madeleine.
— Oui, c'est bien cela que j'éprouve en reg'ardant la mienne... de la fierté. .. Notre premier bijou de femme, le premier anneau de notre chaîne.... Il faut vite qu'on vous la remplace.... Une bague perdue, c'est yrave.
NoËLiE, gaiement.
— Oh! je ne suis pas superstitieuse.... J'en perdrais dix. j'en perdrais vingt.... à présent que voulez-vous qu'il m'arrive? les derniers bans sont publiés; c'est juré, c'est signé.... (Tout tas, éperdument.) Et je l'aime, je l'aime, je l'aime !
(Tumulte au dehors, fanfare, tambours de basque, rumeur de foule.)
M.\DELEiNE, se levant.
— Ah ! pour le coup, les voilà. {Elle remonte.)
XoÉLIE.
— Quoi donc r La cavalcade ? Bravo !
-Madeleine, qui a relevé le store et se penche dehors.
— Oh! que c'est joli. {Courant vers la
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porte de Li diMiibrc et appelant.) Venez vite! maman! Monsieur Ilornus! Mam-an!
Maman I