‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 18 sur 57 · LA MARQUISE, HORNUS, LE CON- SEILLER · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, HORNUS, LE CON- SEILLER

La ^Urquise, après un silence, résolument au Conseiller.

Enfin, ce nest pas grave, ce qua Mlle votre sœur r Le Conseiller.

- Assez î^rave, madame, pour nous oblL a;cv il quitte? Nice aujourdliui même....

La Marquise.

— Vraiment ■?

HORNUS

— Sans doute ce sorbet pris à la hâte.... La Marquise.

— Alors nous allons partir ensemble comme nous sommes venus?

Le Conseiller.

— Impossible!

La Marquise.

— Pourquoi?

Le Conseiller.

— Des motifs on ne peut plus sérieux.

La Marquise, après un silence.

— Qu'est-ce qui se passe, voyons? Le Conseiller.

— Je suis ici pour vous le dire, madame.

La ALvrquise, surprenant son regard à Ho mu s.

— Oh ! vous pouvez parler. Monsieur est de la famille.

L'Obstacle (y^

Le Conseiller.

— \'oici!... je viens d'apprendre une chose qui, si elle est vraie, meUrait à néant des projjts chers à nos deux maisons....

La Marquise, à demi-voix, se soulcnant à peine.

— Ah! nous y sommes....

IIoRNUS, à part.

— Cofllneau, parbleu!

Le Conseiller.

— En ma qualité de parent, de tuicur, je dois me livrer à une enquête, et d'ici là couper court à tout rapport entre nous.

IIoRXUS, qui s est rapproche.

— Je crois savoir ce dont il s'ag'it, monsieur, et l'enquête en ce cas nous pouvons la faire tout de suite; la mère est là, le précepteur aussi, nous sommes tout prêts à vous répondre, et nos affirmations vaudront peut-être des racontagres de domestiques.... C'est de la maladie du marquis d'Alein que vous voulez parler, je pense?

Le Conseiller.

— Justement, monsieur. Le fait est-il vrai?

HORNUS

— Malheureusement oui.

Le Conseiller.

— Alors, sa démence, sa séquestration pendant des années....

IIORXUS.

— Tout cela est vrai.

Le Conseiller.

— Pourquoi ne nous en a-t-on pas prévenus?

PiORNUS.

— Parce que ce mal n'avait rien d'héréditaire, qu'il fut tout accidentel, et que lorsqu'il s'est manifesté l'enfant avait déjà deux ans.

La .Marquise.

— Ceci est la vérité absolue, je le jure. (.1 lin regard tf Hormis qui semble Vinterroger.) Continuez, mon ami.

HORNIS

— C'est pendant une expédition au Sénéiral, dans sa dernière campag-ne de mer, que le commandant dWlein fut frappé d'une insolation suivie dj nitning-ite et plus tard de maladie mentale....

La T^Iarquise.

— Dites aussi que. jusqu'alors, personne dans la famille....

IIORXUS.

— Ni allié, ni ascendant, n'avait été atteint de cet affreux mal. Didier était né, je vous le répète, Mme la marquise me le confia pour l'élever et le tenir à l'abri même du spectacle de la maladie.... le père mort, la mère a repris son fils....

Le ]\Lvrquise.

— Qui n"a jamais eu la moindre atteinte, la moindre menace.... C'est pourquoi je ne vous ai rien dit....

Le Conseiller.

— Je ne mets pas en doute votre bonne foi, madame.

HoRNus, entre ses dents.

— Fort heureux !

Le Conseiller.

— Mais ces questions d'hérédité sont si délicates.... Il y a là toute une science nouvelle, indéniable, des lois dont il serait imprudent de ne pas tenir compte.

IIoRNLS, violemment.

— Jolie, la science nouvelle, et rassurante surtout; une façon de compliquer, de sinistrer la vie. qui déjà n'était pas si commode, ni si p-aie.... On vient nous parler d'une enquête. Mais si elle se faisait dans toutes les familles, cette enquête, avec ce que nous traînons de tares physiques et morales, qui de nous pourrait y résister: Je vois bien ce qu'on nous reproche, mais ce que vous nous apportez, vous, est-ce que je le sais, le savcz-A'ous vous-même? Croyezmoi, monsieur le Conseiller, il faut en jouer discrètement de ces lois d'hérédité, elles condamnent trop d'innocents et servent d'excuse à trop de vilenies.

L'Obslacle 67

Le Conseiller.

— Nos manières de voir diiïorent, monsieur, et pour le cas présent, j'ai des responsabilités auxquelles je ne saurais me soustraire. .Mlle de Rémondy n'a pas d'autre parent, d'autre défenseur que moi ; je verrai, je m'éclairerai....

IIoRxus, virement.

— Je me demande où vous pourrez le faire mieux qu'ici >

La 3.1arquise, à Hormis.

— Laissez, mon ami. je comprends les scrupules de .AL de Castillan, et ses recherches n'ont rien qui m'effraye. .ALais je pense à Didier.... que lui dire? quel prétexte lui donner?...

Le Conseiller.

— Le prétexte? .ALais toujours le même, que ma sœur est souffrante: et nous aurons là un motif tout trouve pour prolong-er la séparation autant qu'il sera nécessaire.

La Marquise, arec prière.

— Oh ! que ce ne soit pas trop long ! HoRxus, à mi-voix, ton de blague.

— Ça dure, les enquêtes....

Le Conseiller, //'o/ic/z/c/z/.

— Je n"y ai aucun intcrct, monsieur.... La Marquise, au Conseiller.

— Et vous comptez partir.. .r Le Conseiller.

— Tout de suite, madame.... Le temps de fermer les malles....

La -Marquise.

— Pourquoi tant de hâtc> Le Conseiller.

— Pour couper court à une situation \-«^ nible et fausse.... Supposons un instant l'enquête défavorable.... Songez au tort que s'est déjà fait la pauvre enfant....

HoRNus, ironique.

— Du tort, croyez-vous> Mlle ^Ladeleine est un si beau parti....

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La Marquise, viveiiicul, comme pour cmpJdicr l'effet de i imper linence d'IIornus.

— Au moins me pcrmcttrcz-vous de la voir, de l'embrasser encore une lbis...r

Le Conseiller.

— Je vous en prie, madame, n'insistez pas. Ma sœur doit avoir déjà bien assez de mal à la décider. Ce serait l'émouvoir inutilement.

La ^Lvrquise.

— Comme vous voudrez, monsieur. Je vous demande seulement — et c'est une mère qui vous prie — que si, par malheur, une rupture a lieu, le vrai motif n'en soit jamais donné à mon lils. Il ne sait pas.... je veux qu"il ignore toujours.

Le Conseiller.

— Je m'y eng-aye pour moi et pour les miens.... Tous mes hommages, madame, et ayez bon espoir.

La .M.vrquise.

— Merci !

{Le Conseiller s'incline respecliicuscmcnt

devant la Marquise, adresse un salut très Jroid à Hornus et sort.)

HoRNCs, entre ses dents.

— Tartuffe!

(RidcTi.)

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