L.\ Marquise
— Qu'est-ce que tu attends?
Didier, soiirianl.
— Le bonlieur, mère cliérie.... II est en retard; mais j'ai comme une idée qu'il viendra; aussi, tu vois, je l'attends.
L' Obstacle iqq
La Marquisp;.
— .Mais tu l'as, le bonheur, mon ami. si tu ne voulais pas trop demander à la vie... Enfin! vois, rcîî-arde : fortune, santé, jeunesse, le monde ouvert devant toi.... (Un temps.) Pourquoi ne fois-tu pas un i^-rand voyap-e avee Hornus:
Didier.
— Un voya£;-e'- La Marquise.
— Le pauvre homme faime tant ! Tu l'emmènerais où tu voudrais.... Quand je pense que depuis cinq mois, depuis Nice, il ne nous a pas quittés d'un jour.
Didier.
— Hé bien, et toi, si je voyage, que deviendras-tu ?
La Marquise, doux sourire.
— Je ferai ce que lu fais ce matin, j'attendrai !
Didier, tendrement.
— Je ne veux pas, c'est trop énervant.... Non, non, ne me parle pas de voyage!
coo L'Obstacle
La Marquise.
— Alors remue-toi, chasse, monte à cheval, va voir tes vignerons.... Reprends ta vie.... Si tu savais comme tu me désoles, toujours enfermé ici, tout seul, à remâcher je ne sais quelles noires lectures.... {Elle regarde autour d'elle, puis à voix basse.) Un jour je les brûlerai, tes livres!
Didier, souriant.
— Qu'est-ce qu'ils t'ont fait? (// regarde la bibliothèque.)
La Marquise.
— Ils m'ont fait?... Ils te font du mal. Didier.
— Mes livres? Ils en sont bien incapables, reg-ardc donc ! je n'ai que des poètes et de la musique....
La Marquise.
— Oh ! ce n'est pas ceux-là.
Didier.
— Je n'en ai pas d'autres....
L'Obst.icle 20I
La marquise.
— Si je cherchais !
Didier.
— Tu trouverais quelques vieux philosophes moroses.... Ne te tracasse donc pas, ma pauvre mère.
La Marquise, lui prenant les mains.
— ?*L\is c'est toi, malheureux enfant, qui te tortures, qui te rends malade.
— Malade?... (Avec feu.) Je ne le suis pas et n'ai pas envie de l'être, je te jure!
La .Marquise.
— Pourtant, tu es allé à Montpellier, il n'y a pas huit jours, voir un médecin.
Didier, rianl.
— Ah ! ces mires ! quelles bonnes agences de renseig-nements.... Hé bien, oui, je suis allé à Montpellier consulter le vieux Guimard, pour des névralgies qui m'empêchent de dormir.
La Marquise.
— 11 t'a g-uéri?
Didier.
— Ma névralgie, radicalement.... {Souriant.) Mais je ne dors pas tout de même.
La Marquise, ap?-ès un temps.
— Il a été médecin de marine, ce Guimard?
Didier, l'air étonné.
— Ah! je ne savais pas.
La Marquise.
— Il a navigué avec ton père..., il ne t'en a pas parlé ?
Didier.
— Non.
La marquise, nerveusement.
— Du reste, il n'aurait pu que confirmer ce que je t'ai dit, après la révélation que t'a faite cet homme. C'est que tu avais déjà deux ans, lorsque ton père....
L'Obstacle co3
DlDlElt.
— Mais je le sais bien, voyons.... llornus et toi me l'avez dit et redit.... Laisse donc ces choses du passé, maman, elles sont trop tristes, trop cruelles.