‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 49 sur 57 · L.\ Marquise · texte numérisé non relu

L.\ Marquise

— Qu'est-ce que tu attends?

Didier, soiirianl.

— Le bonlieur, mère cliérie.... II est en retard; mais j'ai comme une idée qu'il viendra; aussi, tu vois, je l'attends.

L' Obstacle iqq

La Marquisp;.

— .Mais tu l'as, le bonheur, mon ami. si tu ne voulais pas trop demander à la vie... Enfin! vois, rcîî-arde : fortune, santé, jeunesse, le monde ouvert devant toi.... (Un temps.) Pourquoi ne fois-tu pas un i^-rand voyap-e avee Hornus:

Didier.

— Un voya£;-e'- La Marquise.

— Le pauvre homme faime tant ! Tu l'emmènerais où tu voudrais.... Quand je pense que depuis cinq mois, depuis Nice, il ne nous a pas quittés d'un jour.

Didier.

— Hé bien, et toi, si je voyage, que deviendras-tu ?

La Marquise, doux sourire.

— Je ferai ce que lu fais ce matin, j'attendrai !

Didier, tendrement.

— Je ne veux pas, c'est trop énervant.... Non, non, ne me parle pas de voyage!

coo L'Obstacle

La Marquise.

— Alors remue-toi, chasse, monte à cheval, va voir tes vignerons.... Reprends ta vie.... Si tu savais comme tu me désoles, toujours enfermé ici, tout seul, à remâcher je ne sais quelles noires lectures.... {Elle regarde autour d'elle, puis à voix basse.) Un jour je les brûlerai, tes livres!

Didier, souriant.

— Qu'est-ce qu'ils t'ont fait? (// regarde la bibliothèque.)

La Marquise.

— Ils m'ont fait?... Ils te font du mal. Didier.

— Mes livres? Ils en sont bien incapables, reg-ardc donc ! je n'ai que des poètes et de la musique....

La Marquise.

— Oh ! ce n'est pas ceux-là.

Didier.

— Je n'en ai pas d'autres....

L'Obst.icle 20I

La marquise.

— Si je cherchais !

Didier.

— Tu trouverais quelques vieux philosophes moroses.... Ne te tracasse donc pas, ma pauvre mère.

La Marquise, lui prenant les mains.

— ?*L\is c'est toi, malheureux enfant, qui te tortures, qui te rends malade.

— Malade?... (Avec feu.) Je ne le suis pas et n'ai pas envie de l'être, je te jure!

La .Marquise.

— Pourtant, tu es allé à Montpellier, il n'y a pas huit jours, voir un médecin.

Didier, rianl.

— Ah ! ces mires ! quelles bonnes agences de renseig-nements.... Hé bien, oui, je suis allé à Montpellier consulter le vieux Guimard, pour des névralgies qui m'empêchent de dormir.

La Marquise.

— 11 t'a g-uéri?

Didier.

— Ma névralgie, radicalement.... {Souriant.) Mais je ne dors pas tout de même.

La Marquise, ap?-ès un temps.

— Il a été médecin de marine, ce Guimard?

Didier, l'air étonné.

— Ah! je ne savais pas.

La Marquise.

— Il a navigué avec ton père..., il ne t'en a pas parlé ?

Didier.

— Non.

La marquise, nerveusement.

— Du reste, il n'aurait pu que confirmer ce que je t'ai dit, après la révélation que t'a faite cet homme. C'est que tu avais déjà deux ans, lorsque ton père....

L'Obstacle co3

DlDlElt.

— Mais je le sais bien, voyons.... llornus et toi me l'avez dit et redit.... Laisse donc ces choses du passé, maman, elles sont trop tristes, trop cruelles.

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