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LA SANCTIFICATION

Création, rédemption, sanctification, tels sont les trois mystères majeurs et manifestant chacun l'une des personnes divines. Michel-Ange a mis au plafond de la Sixtine les plus sublimes figures de Dieu le Père ; Léonard de Vinci a réalisé au Cénacle la vraie face du Christ : nui n'a figuré le Saint-Esprit. Le fécond génie du moyen âge et de la Renaissance ne lui a point trouvé de forme et dans l'imagination catholique, il est indicible, on ne le voit pas plus qu'on ne le figure. La Colombe aux ailes éployées, la langue de feu voilà son symbole. L'Antropomorphisme n'a rien osé, rien trouvé, il est le bon Dieu sans visage, l'invisible, le Dieu amorphe. Dans les mystères, il achève, il finit, il termine... c'est lui qui opère les œuvres les plus imprévues, c'est lui qui opère l'incarnation. Que de blasphèmes

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et de niaiseries sur ce saint mystère qu'il faut adorer simplement!

La simultanéité des deux natures dans Jésus-Christ crée une série ininterrompue d'antinomies. Homme, il naît d'un germe divin ; Dieu, il descend au sein d'une femme : il y a bien des explications mais on ne doit pas expliquer les œuvres du Saint-Esprit. On peut dire seulement, que, dès la conception de la vierge Marie, Jésus s'est enfermé lui-même dans l'étroite prison de la condition mortelle et que la mort seule rendra à l'éternité le Dieu ; jamais Jésus n'agit, en seconde personne divine, il a contenu son infinité et si un millième de seconde, la volonté divine avait remué en lui, le Cosmos, luimême, eût été pulvérisé. Jésus est un homme de la naissance à son supplice, il l'est si parfaitement, que rien ne parut de sa réalité aux yeux de ses bourreaux. Voilà la merveille ! Un regret, une impatience, un éclair de colère, et le monde s'abîmait en miettes, mais cela était impossible, la volonté de Dieu ne peut se démentir et le Verbe fait chair ne sort de sa prison de rapports qu'au moment qu'il s'est fixé luimême. 0 suprême merveille !

Le Messie ne fut reconnu que par les illettrés, les instinctifs, les humbles souffrants ; ceux qui connaissaient leur Bible virent en lui un blasphémateur et selon la loi de Moïse, Jésus, en effet, blasphémait.

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Quel beau livre que l'histoire du Saint-Esprit, et qui serait l'histoire de tous les grands génies.

Un homme, un daïmon surgit si puissant qu'il réunit le génie de Beethoven et celui de Shakespeare, il est né prolestant et il n'a point de philosophie, une pierre nue sera toute la lumière de sa tombe : mais le Saint-Esprit lui laisse entasser les chefs-d'œuvre qui doivent séduire tous les profanes et puis il montre l'Evangile et Parsifal apparaît, suprême effort de l'art en adoration devant l'Eucharistie !

A la naissance du Sauveur, il y a deux sortes d'êtres, des simples et des mages. Le royaume des cieux n'admet pas de bourgeoisie, il ne comporte que des mages ou des ingénus : et socialement, l'homme qui ne s'élève pas à l'intellectualité vaut moins que l'infime.

Cœur pur et haute intelligence, voilà ce qui reçoitles palmes : quant aux âmes moyennes, qu'elles n'espèrent rien de Celui qui a voulu certains péchés irrémissibles.

Le péché originel est une des nécessités qui implique l'Incarnation. J'ai traité longuement cette matière, repoussant l'idée de la faute Adamique pour établir l'imperfection sérielle, qui rend logique la solidarité. Ce que l'homme espèce a fait, tout homme l'eut fait fatalement ; ce n'était donc pas un

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drame de libre arbitre mais une conséquence du degré d'évolution.

Jésus, en s'incarnant, a comblé la distance que la grâce et la prière, sans lui, ne pouvaient parcourir pour se joindre : par sa descente, il a fait pénétrer le divin dans l'humanité et le courant que son passage a établi explique tout le bien de ce monde.

Les catéchistes abominent toute l'antiquité, sauf quelques patriarches Kaldéens ; hors d'Israël, il y a les Gentils « peuple immonde, peuple qui n'est pas peuple ». L'Occident ramassant l'injure que les Juifs jetaient aux croisés et se la collant à la face, n'est-ce pas démonstratif de l'inconscience et de la paresse d'esprit qui plane sur les religions triomphantes. Au lieu de cette loi de nature, absurdité, et de cette révélation primitive au premier homme, incapable de l'entendre, la théologie ne devaitelle dire que l'acte divin, l'incarnation, avait commencé sa vertu en même temps que son objet paraissait et que le Logos, longtemps, parut par ses témoins, avant de se corporiser en personne. Les plus grands des hommes ce sont les précurseurs, ceux qui ont rendu témoignage à la lumière, avant qu'elle fût chair.

La Charité, voilà l'apport unique du Christ, ce déplacement de la sensibilité de son point égoïste

et instinctif pour l'identifier au bien abstrait. Dans l'économie providentielle, on a toujours supposé une manifestation de la troisième personne. Le Père a créé, le Fils a sauvé : que fera le Saint-Esprit ? Son hégémonie approche, les conditions fatales de l'humanité n'ont jamais été aussi singulières.

La pensée humaine, la voix même parcourt l'espace prodigieusement ; l'homme passe d'un continent à l'autre avec une vitesse incroyable : les races les plus lointaines prennent contact, et ce sera une seconde Babel de confusion, si ce phénomène n'est pas sanctifié. Les conquêtes de la civilisation matérielle, depuis un demi-siècle, étonneraient un homme qui pourrait se dégager des faits d'habitude pour les juger intellectuellement. Si le prestige du passé a diminué, sa réalité même a surgi, monuments et textes. Il y a maintenant une espèce de croyants nouveaux, ceux qui se sont rendus au résultat critique de l'étude. Le fédéralisme se dessine à l'horizon comme la forme politique de l'avenir. Tant de facteurs imprévus feront naître une ère nouvelle faste ou néfaste, mais différente de ce qui est advenu jusqu'à ce jour.

Cette confirmation qui est le sacrement du Saint- Esprit et qui n'a pas assez d'importance dans le rite chrétien, car elle devrait être précédée par l'étude d'un catéchisme spécial, — il faut la chercher dans

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toutes les entreprises de l'esprit. Combien ont conçu de fortes actions et les ont accomplies sans obtenir la divine confirmation de leur vœu ! Que d'efforts ont avorté par une lacune ou une superfétation que le Saint-Esprit ne voulait pas !

Ceci estjuste et bon, cependant cela n'aboutit point faute de sanctification. Les égarements des grands maîtres de l'occulte, leur destin troublé, l'obscurité de leur pensée, l'imperfection de leur œuvre, tout cela a manqué de la confirmation ineffable !

La manifestation permanente du Saint-Esprit se découvre dans la loi providentielle qui utilise les écarts même du libre arbitre pour faire de l'harmonie, malgré l'homme ! Avec beaucoup d'attention, on suit la cynétyque des réactions divines : le scandale, l'excès déterminent des oppositions morales. Dans un acte de cruauté il y a matière pour autrui, par réflexe, à un mouvement de pitié. Celui qui saurait prévoir la parabole en retour d'une action serait un gubernateur merveilleux : mais le présent nous échappe par son rapprochement même ; illusion ou réalité, les événements où j'ai été mêlé ne gardent pas leur aspect et se modifient par la réflexion, tandis que des faits historiques, sur lesquels les appréciations sont épuisées, me donnent une solution dont l'évidence ne varie plus.

La création intellectuelle a un caractère analogue

à l'inspiration mystique ; il y a des moments où l'on voit et Ton entend son œuvre, elle vit ; et d'autres, stériles, où l'on ne se représente même pas nettement sa propre fiction.

Une autre matière du Saint-Esprit est la solidarité qui unit entre elles toutes les formes créées à tous les degrés de l'être.

L'Eglise a bien vu cette vérité par ses trois églises : militante, souffrante et triomphante. Un exemple timidement offert de l'expression du Saint-Esprit serait l'énonciation positive au lieu de la négative.

Au lieu de dire, il y a sept péchés capitaux, enseigner les sept vertus capitales :

La conscience, qui est le jugement que l'homme porte sur lui par rapport au prochain.

La libéralité, qui est l'habitude d'obliger le prochain.

La chasteté, qui est une habitude de résister aux instincts et de les régler.

La charité, qui est une complaisance pour autrui, soit qu'on soulage ses maux, soit qu'on se réjouisse de son heur.

La sobriété, qui limite le boire et le manger au besoin et à la santé.

La sérénité, qui est une habitude de refuser les provocations du prochain.

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L'application, qui est une habitude d'avoir toujours une entreprise et d'y donner son effort.

Ainsi on proposerait à l'esprit la beauté d'une vertu à contempler au lieu de la grimace laide d'un vice.

La luxure serait donc l'habitude de céder sans règle aux instincts : formule nette, calme et pure.

Cette énonciation appliquée aux six péchés contre le Saint-Esprit, donne six vertus: Baser son salut sur la justice et non sur la miséricorde : ne jamais désespérer, parce qu'il suffit d'un mouvement de l'àme vers Dieu pour obtenir un sursis de sa grâce.

Défendre la vérité connue,

Applaudir au succès légitime,

Se réformer graduellement, sans se flatter d'une transfiguration,

Confier à la prière ce que la pensée ne reçoit pas.

Toute perfection vient de l'Esprit : c'est lui qui inspire le génie différent de chaque race, qu'il s'exprime par les lignes de l'Acropole ou bien aux merveilles de Chartres et du mont Saint-Michel. Ses servants doivent donc pratiquer la piété envers les monuments, ces témoins de pierre dont le témoignage dure encore à travers les siècles. Quand saint Grégoire le Grand fît jeter les statues Olympiennes au Tibre, il pécha, il obéit à la notion ordinaire de la police des âmes, il lança la rigueur de

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son zèle étroit sur un passé qu'il méconnaissait. La langue des formes architectoniques fut ignorée de beaucoup : Fénelon, cette âme exquise, préférait les églises de Palladio aux cathédrales sublimes, il ne connaissait pas sa religion dans l'expression monumentale.

Les directeurs de conscience, au xvne siècle, ne virent pas davantage le courant sacré qui circule dans des œuvres aux apparences profanes. Les prêtres préfèrent que les rôles de femme soient joués par des jeunes gens, alors que l'Eglise interdit au sexe de se déguiser en l'autre sexe.

Saint Joseph, lui-même, le patron de l'Occulte, élu pour participer au plus incroyable mystère, se troubla d'abord, et son premier mouvement fut une rationalité banale. Pour copier une formule célèbre de Pascal, le Saint-Esprit a des raisons que la raison ne comprend pas : il opère ses œuvres avec une entière indépendance, et si la dérogation aux lois de la nature pouvait désigner un acte du créateur, ce serait, en l'appliquant, aux extraordinaires interventions de la troisième personne. Tandis que la Création et la Rédemption ont la majesté régulière des grands fleuves de grâce, l'Esprit apparaît, imprévu, victorieux, foudroyant, éclair du mystère, surprise de l'audelà.

C'est lui qui veille au domaine profane et y fait

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éclore des fruits sacrés; c'est lui qui tire le pur de l'impur el distille le peu de bien resté au libre arbitre humain ; c'est lui dont l'invisible activité suscite les réactions salutaires et reharmonise les rapports oscillants de la justice et de la miséricorde. Insaisissable en ses voies, fulgurant en ses œuvres, le Dieu amorphe, le Dieu abstrait, le Dieu qui n'a pas de nom, l'Esprit, plane sur le Cosmos, avec une sollicitude sans cesse ardente, souflant sur l'étincelle pure pour qu'elle devienne foyer, et faisant avorter les noirs desseins de l'inconscience. En lui sont réunis les espoirs des plus hardis et des coupables encore généreux; il sauve ce qui était perdu et rien n'est sauvé de ce qu'il perd. Il est terme delà grâce et sommet de la justice.

ARCANES

DE LA

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