L'INVOLUTION
Aucune créature ne pouvait se subtiliser au point de monter à Dieu pour apporter les supplications de Ja terre : il a donc fallu que Dieu se réalisât jusqu'à la concrétion humaine pour affluer au monde la plénitude de la grâce et laisser à travers les sphères un sillage perpétuel par où la prière atteignit le créateur, par où le créateur put bénir la créature.
Les apparitions qui ne sont pas la projection fluidique de invocateur, supposent une involution, c'està-dire une matérialisation de l'esprit et au contraire toutes les disparitions qui ne sont pas l'illusion du témoin impliquent une évolution, c'est-àdire une spiritualisation du corps. L'Art a vu plus vrai que la magie ; sans les peintres nous figurerions-nous les Anges : la forme trouvée par Signorelli, Melozzo ou Angelico, dépasse ce que notre
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imagination conçoit et ce que les voyants ont dit avoir vu. La Madone des grands maîtres atteint le rêve de la perfection, car la prière en son essor d'évolution ne dépasse pas la zone d'où descend le génie en son involution.
Ce qui manifeste le ciel, vient du ciel, et ce qui manifeste la terre, vient de la terre. Il y a donc des âmes qui descendent en ce monde et d'autres qui d'ici-bas, s'élèvent.
Les esprits, qui n'ont pas été confirmés dans la grâce, peuvent pécher et, dès lors, le purgatoire pour eux serait la condition humaine. En face d'un Vinci, d'un Raphaël, d'un Dante et d'un Wagner n'est-on pas en présence d'un ange momentanément déchu, et expiant par des œuvres surhumaines sa faute indicible !
Du moins, sont-ils intermédiaires entre l'esprit et l'homme : la faculté de créer est si haute qu'elle n'appartient pas aux terrestres, à la commune humanité.
La classification des esprits en bons et mauvais, viole toute la théologie : mais la série spirituelle suppose des délinquants, des obscurés, et il y en a des mauvais, en tant qu'une chose qui perd une partie de ses qualités devient mauvaise par comparaison avec son état de plénitude.
La perte d'harmonie entraîne d'autant plus de dé-
sordre que l'harmonie était plus haute et un ange obscuré sera pis qu'un mortel perverti.
Cette meute de démons, aboyant à l'homme et le poussant au mal, figure des intérêts et des instincts ; cependant, dans Pintermonde, il y a des êtres tombés ou imparfaitement involués pour qui l'homme représente un intérêt, un moyen, un plan dévolution. Ce qui paraît dans les évocations, malgré les peintures de la légende où des prétendus esprits semblent forcés par la puissance des conjurations; ce qui paraît dans les matérialisations et les phénomènes médianimiques est toujours un être imparfait qui cherche à s'involuer.
Le sang de l'animal égorgé par l'évocateur permet au fantôme de se corporiser; et il est coutumier qu'une obsession souvent assez longue résulte de la tentative.
Le vampire de Moldavie, un des plus étonnants phénomènes historiques, se nourrissait de fluide humain à ce point que les cheveux continuaient à pousser et un sang vermeil à circuler en surabondance.
Les lois de ce phénoménisme ne sont ni bien formulées, ni surtout classées.
Il nous suffit de savoir que nos supérieurs ne viendront jamais à notre appel et que nos inférieurs sont des ennemis-nés, à tout le moins, d'avides pa-
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rasites qui s'attacheraient à nous, pour nous dépouiller, et non de biens extrinsèques, mais littéralement de notre vie.
L'obsédé, le tabescent, tous ceux qui déperdent de la vie, présentent des aliments à cette série obscure de l'intermonde. élémentals et élémentaires. Estce à dire qu'il n'y aura pas de gloire pour celui qui découvrira quelque chose de ce mystère inférieur et qu'il est inique de tenter cette exploration? Non, certes, chacun estime au prix qu'il veut sa raison et sa vie ; mais nul ne doit montrer cette tentative vertigineuse comme une étape de magifîcation. La Religion ouvre à notre avidité d'inconnu de plus évidentes vermeilles, celles du transfert. Catherine Emmerich, l'incomparable voyante, l'immortelle assistante de la Vie de la Vierge et du Sauveur, eut, comme nombre de mystiques, la prodigieuse faculté de prendre ses transes à un malade et de les souffrir à sa place.
Une dame du plus grand monde eut la douleur de voir sa fille unique envahie d'une passion démoniaque pour un homme indigne : elle dit sa maternelle peine à une supérieure de Carmélite ; et celle-ci, après avoir réfléchi, lui répondit gravement: «Votre fille sera guérie ; il y a, ici, une religieuse assez sainte pour prendre sur elle la passion de votre fille, l'en décharger et y résister. »
La noble jeune fille fut guérie de son amour, on eut dit qu'elle avait oublié. Voilà de la magie catholique : voilà de l'imitation de Jésus-Christ en action.
Utiliser la douleur, comme on utilise la force, tel est l'arcane unique qui résulte de la Messiation. Jésus a souffert et le Verbe de Jésus a été formulé : Dieu a donc employé, en son insigne exemple, le moyen humain le plus puissant.
La hiérarchie de la douleur dépend de son objet, et souffrir en union avec Jésus, comme l'enseignent les exercices spirituels de saint Ignace, c'est raviver, pour ainsi dire les mérites de la passion et augmenter, élargir la miséricorde divine.
11 faut des victimes à l'éternelle justice, mais la charité défend les coupables, ces faibles devant Dieu ; elle attend, elle espère, elle obtient la victime volontaire qui, à l'instar de la Carmélite, assume l'expiation d'autrui, prodige de solidarité, miracle d'âme!
Le devoir, cet idéal laïque, est singulièrement dépassé par l'esprit de dévouement chrétien ; la justice, ce rêve de l'humanité à toutes les époques, est moins haut que la charité.
L'éducation nous prodigue trop tôt les admirables formules chrétiennes; nous les apprenons, sans les sentir, comme nous les professons sans les appliquer.
Aimez-vous, dit Jésus, ne vous faites point de tort,
dit la loi, et cette différence signifie l'abîme existant entre l'idéal social et l'idéal religieux. Certes, il y eut, avant le Messie, des hommes purs et admirables, mais quel Verbe engendra les miracles chrétiens de l'abnégation? On est étonné de l'incroyable résistance du monde moderne, devant la parole divine ; il semble qu'une si ineffable douceur aurait dû vaincre les endurcissements et les perversités et, au moins, convaincre les gouvernants que l'équilibre social ne pouvant se baser sur le partage équitable prendrait son salut des renonciations. Dès que chacun réclame ce qu'il se croit dû, la terre devient petite, la discorde se lève, et il faut réprimer des revendications qui sont légitimes et par la force.
La Régente d'Espagne comme le Gaudissart français donnent du feu de file aux affamés qui crient trop haut. La France depuis trente ans dépense un milliard par an, afin d'être prête à tuer, elle n'a cure de faire vivre des malheureux.
Si le Verbe de Jésus n'agit point, c'est que l'éducation latine, même donnée par les prêtres, n'est point chrétienne : la façon d'enseigner l'histoire le montre.
On fait admirer aveuglément les Romains.
Les Romains! Adrien, sur la foi d'un songe, fait précipiter Symphorose aux cascades de Tibur ; Dioclétien fait décapiter un enfant de sept ans, Barulas,
on expose dans le cirque des chrétiennes nues aux génisses furieuses et le nom de César et d'Empereur est un synonyme de gloire et le Pape se fait acclamer Roi « Viva el papa re » à chaque cérémonie publique.
ARCANES
DE