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L'ÉVOLUTION

Ici l'occulte diffère de renseignement religieux qui accumule les expressions les plus comminatoires pour augmenter sa force de répression morale. L'enfer catholique a trois boglies; la chambre de torture éternelle, le purgatoire et les limbes : il est impossible de faire cadrer cette formule avec la tradition magique.

L'enfer est l'état inférieur à la vie terrestre, c'est l'en bas ; ceux qui meurent dans le crime et qui ne sont plus même capables d'expiation descendent, alourdis par le poids du péché, les sombres degrés de l'infériorité.

Ne pouvant pas mesurer cette chute, graduelle et fatale pour le pervers, on a brossé la fresque du Campo Santo attribuée à Bernardino Orcagna ; mais les images ne sont pas les notions. Le dernier degré de l'inférieur, c'est le néant : pour l'homme, ce néant

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c'est la perte de la personnalité. Les Hindous ont confondu personnalité et individualisme ; ils ont vu l'état parfait, dans une résorbtion de tous par le grand tout : on peut figurer le Paradis, à l'instar des dévotes, comme une incomparable grand'messe où tous les élus assistent; mais l'unisson des âmes n'implique pas leur impersonnalisation. Dieu est l'unité absolue, l'élu sera l'unité relative, la conquête de l'unité, quoique impossible en soi, réalise l'idée paradisiaque.

Arrivé à la plus haute perfection, l'être, pour le Brahmane, se réunit à l'Abstrait, il s'en distingue cependant, il entre au collectif de l'unité. On pourrait comparer cet état d'unification à l'orchestre où chaque instrument reste individuel, en n'exprimant cependant que la seule personnalité de l'œuvre.

L'Eglise enseigne que la grande affaire c'est le salut, c'est-à-dire l'état où la mort nous trouve : le devenir dépend du verbe, et en reculant la décision légale jusqu'à l'agonie, la théologie obéit à la charité : qui oserait l'en dédire? Mais le devenir sera le total d'une vie mortelle, le repentir, bref, du dernier moment ne constitue qu'un sursis.

Il y a donc des hommes au repentir tardif qui quittent la vie, avec un crédit temporaire auprès de la divine justice : il leur est donné d'expier mais il n'est

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pas dit que tous en profitent : et le purgatoire peut connaître des récalcitrants. On objectera que le désincarné est. frappé de la nécessité du salut plus que le mortel, mais combien ont perdu la faculté de vouloir ce qu'ils conçoivent même.

L'intoxication du péché ruine une âme, au point que le propos arraché par l'angoisse de la mort n'est point ferme et tombe. ïl y a donc des âmes du purgatoire qui tombent à un degré inférieur d'où on ne remonte pas et la dévotion de l'Eglise est en ce point une merveille de raison comme de charité. Les prières ont pour but d'abréger l'expiation pour plusieurs, et de donner à beaucoup la force de ne pas tomber davantage.

Le feu écarte les bêtes et les effraye ; il fallait donc montrer aux instincts le même épou vantail.

Combien plus terrible est la réalité.

Le luxurieux a tous les désirs du corps, et il est désincarné et se meut dans un monde incorporel : quel état prodigieusement atroce qu'une sensibilité passionnée qui survit aux organes.

Le Gourmand, ce pécheur, si souvent mitré, cherche des mangeailles, lui qui n'a plus d'estomac, dans une sphère où la vie s'entretient par de subtils fluides. Celui qui a tué, l'homicide est le plus puni des pécheurs.

Il doit revivre, à l'état expiatoire, tous les jours

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qu'il a tranchés. L'assassin ordinaire n'a que deux ou trois existences à opérer ; mais l'assassin national, le Bonaparte, qui a les millions de péchés de sa bande à expier, serait encore en Purgatoire, quand tous en seraient sortis, si la tombée à l'inférieur de ces monstres n'était immédiate. Ce qui fut Bonaparte pendant la vie doit être le néant, après la mort.

Le commun ne comprend que le repos dans le néant et justifie dès lors l'imagerie comminatoire : et dans le paradis, que la récréation calme et immobile : les plaisantins ont eu beau jeu de dire qu'on s'ennuierait en Paradis.

Cependant la réflexion découvre vite l'immobilité incompatible avec l'éternité et que l'état paradisiaque est un état de croissance et d'émerveillement continu.

Ceux qui ne surent que faire de la vie terrestre ne concevront jamais la vie éternelle et les autres ayant beaucoup peiné ont pour notion leur lassitude.

Chaque fois que je m'insurge, métaphysicien, contre la grossièreté d'une formule catéchistique, en méditant davantage je reconnais sa valeur d'enseignement.

Il s'agit moins de donner aux hommes beaucoup de vérité que de la présenter virtuelle : il faut les en nourrir et non les en ahurir.

En diététique morale, aussi, ingérer, n'est rien,

assimiler tout ; or, les subtilités ne correspondent qu'au très petit nombre des êtres recteurs.

Jamais les textes mystérieux n'ont été aussi publics et faciles à lire ; jamais ils n'ont été moins compris : le mystère ne se perçoit que dans la pénombre, expliqué il s'évanouit, c'est-à-dire que nous ne le distinguons plus des autres notions.

Aimer le Mystère, non dans l'espoir qui se matérialisera pour nous satisfaire, mais l'aimer comme l'ambiance de Dieu, et y aspirer pour en recevoir le sacrement, voilà le véritable occultisme, la science et les arcanes.

Un désir même furieux n'est pas de l'Amour et nous désirons parfois l'au-delà dans une sorte de concupiscence.

Il se produit, communément, une congestion de la personnalité, en cette matière, qui nous ôte le but des yeux et nous hypnotise sur nous-mêmes. Il n'y a pas d'humilité en Magie, voilà pourquoi il y a peu de miracle : car rien ne résiste à un S. François qui unit une volonté d'homme à un cœur d'enfant.

L'Eve de la Vulgate qui cueille le fruit fatal parce que cela est défendu, figure l'âme moderne essayant de soulever le voile d'Isis au nom d'une curiosité ambitieuse ou perverse.

Volonté, disent les manuels, même les miens, c'est bonne volonté qu'il faut lire.

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Que veut le néophyte, un frisson inconnu, le frôlement des fantômes, ou le prétexte de se mitrer devant lui-même?

Tous rêvent la puissance et pour en abuser, car l'homme est injuste parce qu'il est l'homme, et puissant il devient funeste.

Il n'y a de légitime que la paix : nul n'a besoin de gloire ; mais tout cœur a besoin d'amour. Supposons qu'un occultiste possède le secret que tous lui demandent, le philtre fatal, l'enchantement certain qui allume la passion dans l'être désiré, — s'en serviraitil ? et pour quel résultat, la possession d'un être qui ne s'est pas donné et qu'on a pris ! Peuh !

Si la passion contient une ivresse ; c'est uniquement la gratuité de son mouvement. Mériter, con-# quérir, séduire, sont des verbes puérils ; et qui ne reçoit pas le don pur et simple d'autrui, ne reçoit rien.

Le Grand Œuvre commence au salut individuel et se continue en charité, au salut du prochain.

Quand on a tiré de soi le plqs lumineux parti, il convient de faire profiter autrui de son effort, de sa sa méthode.

Mais c'est illusion parce qu'on serait génie et saint de croire qu'on a qualité pour rénover le monde : pour cela il faut une mission, et on la reçoit des causes secondes, on ne saurait se la donner.

Tout homme qui parvient à une haute culture est

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institué prêtre d'une série similaire à lui, prête à recevoir sa bénéfique influence : il a, quelque part, sinon des vassaux ou des disciples, des identiques moins évolués pour qui il sera flambeau : qu'il borne son effort à ceux-là.

Chercher qui nous ressemble c'est rencontrer qui nous aime et la récompense est immédiate au mérite.

Etre prêt à un rôle providentiel, à laisser la charrue de Cincinnatus pour commander, cela est beau ei bien, mais il est sage de se préparer des successeurs, car les appels se font attendre parfois longtemps.

Le tigre qui ne dévorerait point d'homme serait déjà extraordinaire et méritant et l'homme d'exception méconnu qui ne fait pas de désordre, l'est davantage.

Le Verbe, à certaines heures, s'incarne dans le silence, parce qu'on ne l'entendrait point ou mal autrement.

Le laïc ou le clerc qui prononce les paroles convenantes au seul Pape, est-il un juste? La vérité a ses canaux hiérarchiques, il faut qu'elle y passe, sinon elle ne sera point la vérité, surgissant en désordre.

Tant de passions se masquent divinement, que l'on ne sait pas quand on poursuit un but abstrait ou passionnel : et la vanité que nous mettons

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à nous élever, brise notre essor et le fait dévier.

L'esprit a ses passions dont les excès s'appellent schismes, hérésies, blasphèmes : et le tempérament bilieux d'un homme désorbite parfois une portion d'humanité.

ARCANES

DE

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