LA RÉINTÉGRATION
« Personne ne monte au ciel si ce n'est celui qui est descendu du ciel. »
Le ciel où Jésus est remonté puisqu'il en était descendu n'est pas le même où parviendront les élus. L'orthodoxie mentionne trois ciels : le ciel aérien, le ciel étoilé et le ciel empyré. Les commentateurs s'extasient sur l'Ascension par inconséquence et s'il était permis d'oser une rectification du symbole nous voudrions y lire simplement : « Jésus- Christ réintégra la droite de son Père. »
On lit dans Y Apocalypse (14, 13) : « Heureux qui meurent dans le Seigneur, car leur œuvre les suit. » Or, l'œuvre du Christ a été d'ouvrir à l'humanité les portes du devenir béalifîque; Il est remonté et comme personne divine et comme personne humaine faisant participer la série créée à son exaltation. Son près-
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tige éternel serait augmenté, si la Messiation n'était pas un acte constitutif de la Divinité. La prescience nous est difficilement conceptible : notre façon de raisonner se limitant à une actualité nous empêche de sentir les divines simultanéités : la théologie est tout obscurée de ce seul fait : cependant nous voyons les prophéties prévenir par l'expression d'une mystérieuse attente l'événement providentiel : les prophètes ont attendu Bethléem bien avant que sainte Anne eut enfanté et actuellement ceux qui représentent l'âme mystique du christianisme attendent une manifestation nouvelle de la divinité puisque le cycle du Père se termine à la rédemption et qu'au deuxième millénaire la rédemption elle-même doit être suppléée par un nouveau Verbe d'en haut. La Gnose a le singulier prestige d'avoir honoré le Sauveur avant la religion ; en ces matières de tradition il faut suivre l'histoire ou à défaut la légende et la légende nous montre, non des prêtres, des mages, au berceau de Jésus. Les bergers furent avertis par des anges que le sublime Pasteur venait de naître, des esprits simples étaient frappés d'entendre des chœurs célestes et de voir de radieux éphèbes. Ils n'apparurent pas aux mages, la seule science leur révéla la naissance du Sauveur; or, ils l'attendaient avec le désir de la foi, avec la conscience de l'esprit. Ces
prodigieux penseurs avaient calculé l'heure du Messie et à la première apparition dans le ciel d'une nouvelle étoile ou au mouvement d'une étoile déjà connue ils se mirent en route vers Dieu, sans une hésitation, sans un doute, sans un retard, sachant ce qu'ils allaient trouver.
Un prestige incomparable restera attaché à cette science qui a tout devancé dans la sensation de la présence divine en ce monde. Melchior, Balthazar et Gaspard garderont éternellement leur tiare de conscients parmi l'humanité inconsciente et puisqu'ils furent les premiers témoins, il faut qu'ils soient les derniers : par eux se réalisera le Verbe du Saint-Esprit, par eux sera préparé le prodigieux avènement d'un règne de l'Abstrait : les fautes de quelques-uns n'infirment pas l'excellence de la matière : et la magie, vraie science et sainte science, annonciatrice du Verbe, est garantie de tous les anathèmes, il n'y a pas de faute qui puisse annuler cette antique excellence.
Les mages apportent les trois présents symboliques; aujourd'hui encore les mages pourraient apporter l'encens du mystère, l'or du sceptre, la myrrhe de la douleur consentie, mais ils ne seraient pas reçus au Vatican comme ils ont été reçus dans l'étable de Bethléem. Le vieillard assis sur son prochain tombeau qui tient la place de Jésus, leur sou-
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rirait d'un sourire tellement humain qu'ils reprendraient leurs présents, persuadés de s'être trompés. Voit-on jamais le pape provoquer un colloque avec quelque représentant de lapensée humaine, ou s'instruire philosophiquement : monarque spirituel, il n'a souci que des vassaux bénévoles, sans contact avec la conscience universelle, enfermé dans l'étroitesse d'un cérémonial suranné, il continue un ordre de choses qu'il ne comprend pas et pendant qu'il confère avec les seuls pouvoirs politiques, l'esprit humain oscille, sans guide, et cherche dans l'analyse une solution qu'elle ne contient pas. La foi s'étonne que le vrai Dieu ne soit pas plus aisément vainqueur de Terreur et quand on songe à la prodigieuse diffusion du bouddhisme on se désoriente : le verbe de Jésus n'a pu égaler ce cours. La rédemption a augmenté le libre arbitre humain ; les élus sont plus dignes et admirables, les prévaricateurs sont plus nombreux et pervers.
La liberté humaine doit être une bien grande chose aux yeux de Dieu pour qu'il ne la pousse pas un peu : et qu'il supporte cette résistance énorme et sempiternelle à son Verbe. On croirait, si on n'avait la crainte de blasphémer, que la religion n'est pas si nécessaire, ni à tous, puisque il est si loisible de la mépriser.
Elle est moins une obligation pour l'homme qu'un
v. — l'occulte catholique
ineslimable secours. L'inéluctable loi et que nul ne transgresse, c'est la souffrance, non pas seulement celle d'ici-bas mais l'autre, la souffrance purgative. Souffrir, cela seul est nécessaire et voulu par Dieu, et l'homme ne s'y soustrait pas; quand il plaira au Créateur de se faire reconnaître de sa créature, il saura la méduser ou l'éblouir : en attendant, elle gémit jusqu'à la mort et longtemps après la mort, et ce gémissement la rend apte à la vie éternelle.
Celui qui, au lieu de se joindre à la caravane, veut traverser le désert seul et sans secours n'élude pas la loi divine, il l'accomplit plus durement et aggrave sa peine : tel, qui méprise l'Eglise et se dit philosophe ou bien sceptique.
On croit que la Vérité a besoin de succès, la religion de fidèles et Dieu du culte humain. Point du tout : le succès pour ne pas être une chappe de damnation doit être légitime; cette assistance universelle la religion est offerte non imposée et Dieu ne reçoit ni satisfaction ni peine de notre piété ou de notre prévarication.
Ce qui est nécessaire est forcé ; ce qui est facultatif n'est point nécessaire, voilà la simple formule de la relativité de l'homme, en face des lois de Dieu. Un enchaînement prodigieux de causes inaperçues opère, sans cesse, l'œuvre divine avec les mauvais éléments que lui livre la volonté de l'homme.
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La loi des réactions, d'abord, qui fomente le despotisme expiatoire d'un Bonaparte après l'anarchie sanglante de la révolution.
On peut dire qu'une nouvelle certitude a été donnée à la Foi par les attaques des Strauss et des Renan, en forçant l'étude des origines.
Un scandale produit parfois des résolutions de vertu : un mauvais exemple n'est pas toujours perdu, il dégoûte du péché.
Il faut se l'avouer, nous voudrions être les spectateurs du triomphe, sinon ses auteurs : et notre impatience s'accommode mal de l'attente, parce que nous ne pouvons suivre le travail providentiel qui s'empare de tout acte humain et le manutentionne incessamment, selon des alchimies prodigieuses.
Du moins l'histoire nous permet de surprendre parfois les coups de barre des Archanges relevant la nef humaine et nous savons qu'ils veillent, infiniment subtils et forts, ces ingénieurs de l'Eternité, ces pilotes qui ont l'Absolu pour boussole, l'immensité pour compas !
Les attaches nationales nous gênent pour penser : Jérémie, en grand poète, se lamente sur Jérusalem, mais qu'importe Jérusalem ! Les juifs vont pleurer contre le mur du temple des larmes patriotiques et qui n'ont rien de mystique.
Saint Louis fut un roi plus près de Dieu que Sa-
v. — l'occulte catholique
lomon et la moindre des cent cathédrales de France est supérieure au temple de Salomon.
Les plus hauts penseurs se sont hélas passionnés pour la motte de terre où ils étaient nés. Joseph de Maistre ne cesse de s'inquiéter de l'avenir de la France ! Eh ! l'Egypte et la Babylonie étaient d'une autre importance et d'une autre valeur et elles ont passé !
Pour suivre Jésus, il faut briser les liens du sang: pour suivre le Saint-Esprit, il faut briser les liens de race.
L'universalité de la pensée ne permet pas de passion nationale. Si explicable que soit l'action du milieu sur l'individu, il doit s'en affranchir s'il veut voir chrétiennement, c'est-à-dire selon Dieu.
Or, la succession des empires n'a rien d'affligeant en soi ; il y a deux patries pour uc chrétien, le ciel où il aspire et l'humanité qu'il doit épouser au lieu des passions de son village : car si il y a des solidarités économiques entre gens du même territoire, il n'y a point de solidarité entre le penseur et les passants; jamais un mathématicien ne s'est demandé si un théorème concordait aux passions de sa rue, l'écrivain n'a donc pas à s'enquérir d'autre chose que la Vérité qui est en toute matière, l'Unité, et l'Unité de pensée consiste à s'abstraire du lieu, de la race et du temps.
ARCANES
DE LA