‹ L'occulte catholiqueChapitre 35 sur 41 · LA VIE ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

LA VIE ÉTERNELLE

Cette expression de vie éternelle qui termine le symbole, suffirait, si elle était comprise, à satisfaire la science, à cesser ses désaccords avec la foi.

Pour le catéchiste, la vie éternelle c'est le paradis ou l'enfer, c'est-à-dire deux pôles d'aboutissement qui terminent l'activité.

Sans rechercher le sentiment des théologiens, il semble que ayant satisfait à la justice et entré dans la béatitude l'homme n'ait plus à avancer, et c'est bien là le sentiment général puisque on dit un béat, d'un homme en rêverie, et que l'idée de béatitude sert de synonyme au repos et au sommeil. Cette quiétude en Dieu, une fois conquise, supprimerait donc la suite du devenir, quand la véritable éternité commence : l'élu, embaumé dans les bandelettes de son élection, cesse de vouloir, de mériter et

AMPHITHÉÂTRE DES SCIENCES MORTES

de progresser, littéralement il jouit de sa retraite de iidèle, telle que l'église la garantit.

Autre est la vraie notion : la vie éternelle c'est l'éternité de la volonté et de l'acquisivité, c'est l'accélération du mouvement, c'est la croissante intensité.

11 est vrai que par cette expression de voir Dieu face à face, on a brouillé les images et les notions.

A quel degré l'élu percevra-t-il l'ombre de la lumière divine? Cela ne peut être précisé, d'autant que la divinité est aussi diverse que la créature et, dans l'éternité, chaque esprit sentira Dieu, par le côté même où il l'a perçu en ce monde.

Mosché, Dante et Michel-Ange sentiront la toute puissante force du Créateur; et Platon, Léonard de Vinci et saint François percevront sa subtile charité.

Unifier les actes, c'est faire de l'ordre et la morale doit être unitaire : mais la diversité du sentiment ne doit pas être violenté, et pourvu que l'idée ne disconvienne pas à la Majesté de l'objet, qu'importe sous quel angle de réfraction notre âme s'extasie.

Père, roi, prieur, juge, poète, artiste, Dieu est tout cela et pourvu qu'on l'aime, on le trouvera selon son amour.

L'époque actuelle a fait tant de ruines qu'il ne faut lui contester ses quelques progrès : il n'y a plus d'hérésies, et surtout d'hérésies armées : l'idée de con-

— i/ OC CULTE CATHOLIQUE

trainte en matière de foi ne vit plus que sous le bonnet des cosaques et elle vit politiquement.

L'Etat, être collectif, doit avoir la religion de la majorité, mais accueillir comme des sœurs les autres communions. L'armée du Salut, avec ses cantiques imbéciles, ses discours inénarrables, sa musique, vraiment turque, fait du bien.

Il faut aimer Jésus, se convertir et convertir autrui : excellente formule. Laissons venir au Bien par tous les chemins ; tôt ou tard l'Eglise nassera ces âmes, on les lui prépare, littéralement.

L'inquisition dont le détestable esprit n'est pas mort, mais qui se renferme impuissante sous le froc, aurait poursuivi et brûlé les salutistes, comme le sanhedrion a crucifié Jésus par orthodoxie. Si le fanatisme a été assez insensé pour changer un Dieu en criminel, redoutons cette passion abominable et la combattons partout où elle se montre.

C'est calomnier Dieu que d'employer la Force contre les écarts du sentiment : il faut rechercher les crimes, non les erreurs ; car l'énonciation des orthodoxes est pleine d'erreur et il n'y a pas un catéchisme diocésain qui ne puisse valoir l'autodafé à son rédacteur, si quelque penseur s'en faisait juge.

L'état paradisiaque sera fait de notre foi : nous serons ce que nous aurons cru ; de notre espérance : nous nous réaliserons en ce que nous aurons espé-

AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

rés ; de notre amour, nous deviendrons, cela même que nous aurons aimé.

Le saint qui a aimé Dieu, devient donc Dieu ? Oui, dans le sens où un enfant, encore inconscient, est heureux comme un roi.

Mais si notre foi s'est trompée, si notre espérance fut inharmonique, si notre cœur fut désordonné? La période purgative nous orientera à nouveau, mais nous n'aurons jamais l'élection pareille, à ceux qui, dès ce monde, conçurent des pensées d'éternité. L'Eglise nous répète sans cesse de nous préparer à la mort : et c'est une recommandation maternelle. Non seulement notre effort d'ici bas facilite le devenir, il l'assure.

Qui a pensé à l'éternité, dans le temps, possédera l'éternité; qui n'a pensé qu'aux contingences se verra refusé par l'abstrait. L'homme sans idéal sera comme un étranger dans l'au-delà, il n'entendra pas la langue et on ne le comprendra pas, il sera seul, et infiniment malheureux.

« Le temps et la matière sont deux idées corrélatives et inséparables; le temps c'est la durée de la matière ; sans la matière, il n'y aurait point de temps. »

Ainsi s'exprime Lacuria : mais la matière n'étant que du mouvement cristallisé, ce que l'ancienne chimie appelait le chyle, et le mouvement n'étant

v. — l'occulte catholique

que de la pensée à l'état dynamique inférieur, et la pensée n'étant que l'abstrait en modalité, et l'abstrait ayant sa personnalité en les idées mères, tout se tient et Spinosa a raison, l'enchaînement des séries permet de monter ou descendre l'échelle du Logos.

Le temps est relatif à l'homme être temporaire, en sa vie organique ; l'éternité est le temps absolu.

La notion de la durée vient des phénomènes de croissances et des décroissances en nous et autour de nous : l'éternité est une affirmation absolue et une croissance ininterrompue : là, le temps se multiplie sans cesse par lui-même et on pourrait dire que l'éternité s'augmente incessamment ou plutôt elle se génère de soi.

11 découle donc, que l'élu devenu éternel participera à ce mouvement sans réaction et que sa vision du divin s'augmentera, dans la seule mesure de sa résistance à un tel émerveillement.

Car Dieu, pour anéantir sa créature coupable, n'aurait qu'à lui montrer l'ombre de sa lumière et l'âme aveuglée, consumée, anéantie ne survivrait pas à cette foudre de splendeur : mais ce serait une divine mort et non un châtiment.

Voilà pourquoi ni les élus, ni les damnés ne verront Dieu parce que les uns et les autres ont besoin de l'éternité pour supporter leur joie ou leur supplice.

ARCANES

DU

Page 1