PREMIÈRE SECTION
LES GRANDS ÊTRES
Les étudiants en occultisme, et même ceux qui sont étudiants depuis nombre d’années, ne se font pas toujours une idée nette de ce que sont en réalité les Maîtres. Beaucoup les considèrent comme des Anges ou des Dévas si hautement évolués et si loin de nous qu’il semble impossible que nous soyons beaucoup aidés par eux. Certes, leur perfection est indéniable et, à ce point de vue, le gouffre qui existe entre eux et nous paraît insondable ; cependant, à un autre point de vue, ils sont très près de nous et leur sympathie et leur aide sont très réelles et très accessibles.
Afin que notre idée à ce sujet soit bien nette, essayons tout d’abord de définir ce que l’on entend au juste par un « Maître ».
Par « Maître », nous entendons un de ceux qui font partie de la grande Fraternité, de la grande Loge Blanche, un de ceux qui se trouvent placés à un niveau tel, qu’ils sont aptes à pouvoir prendre des
élèves sous leur direction (1). Mais la grande Loge lîlanche est un organisme qui ne ressemble à aucune autre dans le monde, et c’est pourquoi on l’a souvent mal comprise. On l’a souvent appelée la Fraternité des Himalayas ou du Thibet, et l’on a ainsi éveillé l’idée d’un groupe d'ascètes hindous résidant dans un monastère situé sur la cime d’une montagne comme une forteresse inaccessible. Ce qui a donné lieu à cette idée vient probablement de ce que les deux Frères qui ont principalement participé à la fondation et à l’œuvre dé la Société Théosophique habitent aujourd’hui le Thibet et qu’ils ont des corps hindous. Pour bien comprendre les faits il est peut être préférable de les considérer d’un autre point de vue.
La plupart de nos étudiants sont familiarisés avec l’idée des quatre stades du Sentier de Sainteté , ils savent que celui qui les a franchis a atteint le niveau de l’Asekha et qu’il est arrivé au terme de l’évolution que doit parcourir l’humanité pendant la chaîne actuelle (2) ; il est par conséquent libéré de la nécessité des renaissances sur cette planète ou sur d’autres. Devant lui s’ouvrent alors sept voies parmi lesquelles il doit choisir. La plupart d’entreelles le séparent de la terre pour le faire pénétrer dans une sphère d’activité beaucoup plus étendue, sphère qui fait probablement partie du système solaire pris dans son ensemble; il s’ensuit que la grande majorité des membres de notre humanité qui ont atteint ce but, disparaissent entièrement de notre portée.
(1) Autrement dit: des Disciples (N. D. T.)
(2) L’évolution d’une humanité est parallèle à l’évolution d’une chaîne terrestre celle-ci faisant elle-même partie d’une chaîneplanétaire, cette dernière d’un système solaire, etc... Consulter les ouvrages spéciaux sur les cycles de vie, chaînes plane— taires, etc. (N. D. T.)
LES GRANDS ÊTRES
Le petit nombre de ceux qui travaillent encore directement pour nous peut être divisé en deux catégories :
Ceux qui ont encore un corps physique.
Ceux qui n en ont plus. Ces derniers sont souvent désignés sous le nom de Nirmanakayas. Ils se tiennent pour ainsi dire entre le monde physique et le Nirvana et ils consacrent tout leur temps et toute leur énergie à générer les forces spirituelles qui doivent aider rhumanité. On pourrait dire qu'ils déversent ces forces dans une sorte de réservoir où Maîtres et Disciples puisent aide et assistance pour raccomplissement de l’œuvre qu’ils ont entreprise au profit de l’humanité. C’est parce qu’il reste ainsi en contact avec les plans inférieurs que le Nirmanakaya a été appelé « un candidat à la misère » ; c’est là une appellation susceptible d’induire en erreur. Cela signifie tout simplement qu’il n’a pas la joie de travailler dans les sphères supérieures du Nirvana, et qu’il a voulu rester sur les plans inférieurs dans le but d’aider ceux qui souffrent encore. 11 est vrai que redescendre des mondes supérieurs dans celui-ci équivaut à descendre de l’air pur et du radieux soleil dans un cachot sombre et fétide. Mais celui qui agit ainsi pour aider un autre à sortir du cachot, loin d’éprouver de la tristesse, est au contraire plein de joie, en dépit du contraste et du sentiment de captivité et de limitation qu’il éprouve. En vérité, l’homme qui refuserait une telle occasion d’aider quand elle se présente à lui, se sentirait par la suite très malheureux et éprouverait du remords. Lorsqu’on s’est bien rendu compte de la misère spirituelle du monde et •de la condition de ceux qui ont besoin d’une telle aide, il est impossible d’avoir l’indifférence et l’insouciance de ceux qui n’ont rien vu.
Par bonheur, ceux d’entre nous qui ont entrevu et
l’occultisme dans la nature
compris la souffrance d’ici-bas se trouvent avoir à leur portée les moyens d’aider réellement et efficacement. Quelque faibles que soient nos efforts comparativement à ce grand influx de force issu du Nirmanakaya, nous pouvons ajouter quelques gouttes à cet immense réservoir. Chaque effusion d’affection, ou de dévotion, a un double^ effet par suite de l’action qui s’exerce sur celui qui la reçoit et sur celui qui la produit. Si la dévotion ou l’affection ne sont pas entachées d’égoïsme, un troisième résultat se produit. La dévotion ou l’amour ordinaires, même d’une nature très élevée, s’exercent toujours selon une courbe fermée, si grande soit-elle, et le résultat se trouve toujours ramené à son auteur. Par contre, la dévotion ou l’amour d’une personne entièrement désintéressée, s’exercent selon une courbe ouverte; bien que quelques-uns de ses effets réagissent inévitablement sur l’agent transmetteur ; ce qu’il ^ a de plus noble et de plus haut dans la force émise s’élève vers le Logos lui-même, et la glorieuse réponse, qu’il envoie aussitôt sous forme de bénédiction, vient se répandre dans ce réservoir de forces spirituelles destinées à aider l’humanité. 11 est donc en notre pouvoir, môme pour le plus faible et le plus pauvre d’entre nous, d’aider le monde en utilisant cette merveilleuse possibilité. Le véritable effet des œuvres catholiques de surérogation, c’est un apport de force spirituelle au réservoir central.
Le nombre encore plus petit des Adeptes qui gardent leur corps physique, demeure en relations plus étroites avec nous dans le but de remplir des fonctions déterminées et d’accomplir un travail nécessaire à notre évolution. C’est à ce groupe d’Adeptes qu’on a donné parfois les noms de « grande Fraternité Blanche » et de « Hiérarchie Occulte ». Ce petit nombre d’invidualités hautement
LES GRANDS ETRES
évoluées n'appartient pas à une nation particulière, mais au monde entier. Les Adeptes ne vivent pas ensemble sur le plan physique bien qu’ils soient en constante ccTmmunication sur les plans supérieurs. Comme ils se sont élevés au-dessus de la nécessité des réincarnations ils peuvent, lorsque leur corps physique est usé, en choisir un autre dans le pays qui leur paraît le plus approprié à leur tra* vail ; c’est pourquoi nous ne devons pas attacher d’importance spéciale à la nationalité du corps qu’ils revêtent à un moment donné. Actuellement, quelques-uns de ces corps sont hindous ; l’un d’eux est thibétain, un autre chinois, deux au moins sont anglais, il en est un italien, un autre hongrois, enfin il en est un syrien et un autre est né dans l’île de Chypre. Je le répète la nationalité n’a aucune importance ; si je l’ai désignée pour quelques-uns, c’est simplement pour montrer que ce serait une erreur de considérer la hiérarchie régnante comme appartenant exclusivement à une seule race.
Le respect nous retient de donner beaucoup de détails sur le Grand Chef de cette Hiérarchie qui détient la destinée des continents et au nom duquel se font toutes les initiations. Ce grand Chef est Tun des Grands Êtres qui descendirent de la planète Vénus, il y a environ dixhuit millions d’années, pour aider et guider l’évolution humaine de notre chaîne. Ce sont les Seigneurs de la Flamme, les Enfants du Brouillard de Feu dont un très petit nombre seulement sont encore sur la terre (1). Ces grands Êtres n’empruntèrent pas de corps à l’humanitéenfant, mais se créèrent, par la seule force de leur volonté, des corps analogues à ceux que nous possédons actuellement et au moyen d’une sorte de matérialisation
(1) Lire « Les Messagers de la Loge Blanche » par Amnie Be- SANT. Prix ; 0 fr. 30 cent. (N. D. T.).
permanente. A l'époque de leur apparition, et beaucoup plus tard encore, aucun membre de notre humanité naissante n’avait atteint un degré suffisant d’évolution pour remplir aucune fonction importante dans cette Hiérarchie ; aussi, comme il nous fallait de l’aide, le secours vint-il de l'extérieur. Au fur et à mesure que l’humanité évolua, elle devint de plus en plus capable de se suffire à ellemême et les grands Seigneurs de la Flamme disparurent pour aider d’autres évolutions. Mais l’un d’Eux détient encore la plus haute fonction de toutes ; celle du Roi qui guide et surveille toute l’évolution sur notre planète, non seulement celle de l’humanité et des règnes animal, végétal, minéral et élémental qui sont inférieurs à l’humanité, mais encore celle des grands règnes non humains. Esprits de la nature et Dévas, dont quelques-uns s’élèvent bien au-dessus de l’humanité.
Sous ce grand Roi se rangent les Chefs de différents départements dont l’œuvre, dans ses grandes lignes, peut être plus facilement comprise de nous que la sienne. Bien que les détails soient très au-dessus de notre portée, nous pouvons cependant nous faire une faible idée des multiples responsabilités et activités qui incombent au Manou d’une Race-racine, et, peut-être, pourrons-nous nous représenter, dans une certaine mesure, les devoirs de celui qu’on pourrait appeler le Ministre de la Religion, de celui qui fonde ici-bas religion après religion, appropriant chacune d’elles aux types particuliers des peuples et à l’époque de l’histoire du monde à laquelle elles apparaissent. Pour fonder ces religions, ce Ministre envoie parfois l’un de ses subordonnés ; à certaines époques, au contraire, il s’incarne lui-même, s’il le juge nécessaire. Ce Ministre des religions est souvent désigné en Orient sous le nom de Bodhisattva, c’est-à-dire : celui qui doit
LES GRANDS ETRES
devenir un Bouddha. Le Grand Etre qui, précédemment, remplit cette haute fonction, fut celui que nous appelons le Seigneur Gautama-Bouddha. Parvenir à Tétât de Bouddha ne signifie pas seulement avoir atteint Tillumination, mais indique encore que le grand Être a passé par la grande Initiation et, qu’après avoir franchi ce degré, il ne peut plus se réincarner sur terre. Aussi transmet-il ses fonctions à son successeur, puis disparaît, sans garder aucun contact avec la terre. \
Le Seigneur Gautama cependant, dans un certain sens, demeure encore en contact avec le monde pour Taider, le guider. Une fois par an, il se montre à la Fraternité des Adeptes et répand sur eux sa bénédiction que les Adeptes à leur tour transmettent au monde entier. Ceux qui en connaissent les moyens peuvent encore arriver jusqu'à lui. Dans un de ses derniers ouvrages, Besant nous a dit récemment que Bouddha s’est incarné maintes et maintes fois comme grand Instructeur des premières sous-races de la race aryenne ; qu’il fût Hermès, le fondateur des Mystères Egyptiens, puis le premier et le plus illustre des Zoroastre, celui qui fonda le culte du soleil et du feu ; qu’il revint ensuite comme Orphée, le fondateur des Mystères grecs. Ce ne sont pas là naturellement ses seules incarnations car, dans le cours de nos reeherches derrière les voiles du passé, nous l’avons retrouvé comme fondateur d’autres religions (1).
Ce qui a été dit dans Tun des premiers livres théosophiques, au sujet de sa réincarnation comme Shankaraeharya est une erreur, étant donné que, du point de vue
(1) Voir Le Monde de demain par Annie Besant et la traduclioii en cours de publication dans la Revue Théosophique Française : Vies passées de quelques M. S. T. Voir aussi « Les Messagers de la Loge Blanche » par Annie Besant. (N. D. T.)
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occulte, ces deux grands Instructeurs suivent des lignes entièrement différentes. Cette assertion contient pourtant une certaine part de vérité, quelques véhicules préparés par Tun d’eux ayant été utilisés par l’autre, ainsi que Blavatsky l’a expliqué dans le troisième volume de la Doctrine secrète {Le sixième de VEdition Française),
La profonde vénération et l’amour intense que professent les orientaux pour le Seigneur Gautama s’expliquent par les deux raisons suivantes : tout d’abord parce qu’il fut le premier de notre humanité qui ait atteint la condition si prodigieuse de Bouddha, en sorte qu’il peut être considéré comme le pionnier et le guide de notre race. (Les Bouddhas précédents ayant appartenu à d’autres humanités, fruits de chaînes antérieures à la nôtre.) La seconde raison est que, pour hâter le progrès de l’humanité, 11 entreprit certaines tâches supplémentaires d’un caractère très élevé et dont il nous est impossible de saisir la nature. 11 est dit qu’aux temps ou l’humanité aurait dû donner naissance à un Etre prêt à remplir cette haute fonction, nul ne fut trouvé digne. Très petit était alors le nombre des Adeptes supérieurs issus de notre race ; les deux plus grands étaient deux frères amis dont le développement était équivalent. Ces deux frères étaient les puissants Egos que nous appelons maintenant le Seigneur Gautama et le Seigneur Maitreya. Dans son\ grand amour pour l’humanité, le premier se dévoua volontairement et fit les énormes efforts supplémentaires pour se rendre apte à entreprendre le travail requis, tandis que son frère et ami décida de lui succéder des milliers d’années plus tard.
Dans ces temps lointains, c’était le Seigneur Gautama qui dirigeait ici-bas le domaine de la religion et de l’éducation ; depuis, il a transmis cette fonction au Seigneur
LES GRANDS ETRES
Maitreya, que les occidentaux appellent le Christ, Celui-là même qui prit le corps de Jésus pendant les trois dernières années de sa yie sur le plan physiqueACeux .« qui savent » nous disent que, sous peu, il doit une fois de plus descendre parmi nous pour établir une nouvelle foi. Quiconque a Tesprit suffisamment ouvert pour saisir cette conception grandiose, ces splendides réalités, comprendra immédiatement combien on a tort d’opposer une religion à une autre, et de dénigrer le fondateur de l’une ou le fondateur de l’autre. Ce dernier cas est tout particulièrement absurde, car les deux fondateurs sont toujours ou deux disciples de la même école, ou deux incarnations de la même individualité ;ils sont, par conséquent, complètement d'accord sur les principes, bien qu’ils puissent à des époques différentes avoir présenté la vérité sous des aspects variés selon les besoins de leurs auditeurs. Leur enseignement est toujours le même quant au fond, même lorsqu’il diffère dans la façon dont il est présenté. Le Seigneur Maitreya avait eu plusieurs incarnations différentes avant de remplir sa fonction actuelle ; mais, déjà dans ce passé très éloigné, il paraît avoir toujours été instructeur ou grand prêtre.
Nous savons aujourd’hui que les deux Maîtres qui ont le plus étroitement contribué à la fondation de la Société Théosophique, seront respectivement législateur et instructeur de la future sixième race-racine, celle même qui doit naître dans sept cents ans. Le Manou, ou guide temporel, est un monarque autocrate qui gouverne tout ce qui concerne la vie de la nouvelle race sur le plan physique et s’applique à la rendre, sous tous les rapports, conforme au modèle que lui a donné du Logos. L’instructeur spirituel aura la charge des différentes religions de la nouvelle race et aussi de l’éducation des enfants. Il est
L occur/rcsME dans la nature
clair que Tune des principales raisons de la fondation de la Société théosophique est que ces deux x\Iaîtres puissent rassembler autour d’eux un certain nombre d’hommes intelligents et disposés à coopérer à cette œuvre grandiose. Autour d’eux se grouperont aussi d’autres hommes qui, maintenant, sont leurs disciples, mais qui seront alors parvenus à l’Adeptat.
Nous pouvons donc, dès maintenant, aspirer à être choisis pour les servir dans ce travail admirable qu’ils entreprennent pour aider le monde. De nombreuses occasions se présenteront pour déployer les aptitudes les plus diverses, car le travail à ettectuer sera très varié. Quelques-uns d’entre nous seront attirés plus particulièrement d’un côté, d'autres d'un autre, selon que nous sommes plus attirés par l’un ou par l’autre des grands Guides. On a souvent dit que la caractéristique de l’un est la puissance, tandis que l’autre manifeste plutôt l’amour et la compassion ; cela est parfaitement vrai, mais mal compris cela peut induire en erreur. L’un de ces deux Maîtres a été un gonvernaut dans de nombreuses incarnations, et même dans la première partie de celle-ci ; aussi la puissance royale se manifeste-t-elle dans chacun de ses gestes, dans son regard même, tandis que le visage de son frère Adepte rayonne l’amour et la compassion. Ils appartiennent à deux rayons, ou types différents, et se sont élevés à leur niveau actuel en suivant des lignes différentes, ce qui est très facile à constater. —Cependant, on se tromperait en supposant que le premier ne peut témoigner autant d’amour et de compassion que son frère ou que le second a moins de puissance que le premier. D’autres Maîtres collaboreront aussi à cette œuvre, et il est probable que quelques-uns d’entre nous se rattachent à cette œuvre par l’intermédiaire de l’un d’eux.
LES GRANDS ETRES
Il est à présumer que les Maîtres, même ceux dont les noms sont les mieux connus de vous, ne soient pas, à vos yeux, aussi réels, aussi précis, aussi bien définis qu’ils le sont pour ceux d’entre nous qui ont eu le privilège de les rencontrer face à face et de les voir constamment au cours de leurs travaux. Mais vous devriez, soit en lisant ce qui se rapporte à eux, soit en pensant à eux, chercher à vous les représenter clairement, de façon à ce qu’ils ne soient plus pour vous un vague idéal, mais bien des hommes vivants, des hommes comme nous, bien que énormément plus avancés que nous à tous égards. Ce sont des hommes dans toute l’acception du mot, mais des hommes sans défaillances, aussi nous apparaissent-ils comme des dieux par la puissance, l’amour et la compassion qu’ils irradient. 11 est significatif, que, malgré le sentiment d’humilité que cause nécessairement une aussi formidable puissance, leur présence n’inspire ni crainte ni embarras ; on se sent simplement mais irrésistiblement attiré vers eux.
L’homme qui se trouve en présence de l’un d’eux ne peut ressentir que la plus profonde humilité étant donné le contraste si frappant qui existe entre lui et le Maître ; mais il prend néanmoins confiance en lui-même ; en effet, puisque le Maître qui est un homme, est arrivé à un stade élevé, ce stade lui paraît moins inaccessible. En sa présence, tout paraît possible et l’on regarde en arrière tout étonné d’avoir pu être troublé par les contingences de la vie, incapable de comprendre pourquoi l’on a ressenti souci et découragement. Maintenant, du moins, l’homme sent qu’il ne peut plus être troublé désormais puisqu’il connaît la valeur réelle des choses. 11 n’oubliera plus que, quelque sombres que soient les nuages, le soleil brille à jamais derrière eux. Les vibrations des Maîtres sont si
l’occultisme da>s la nature
intenses que, seules, les qualités que vous possédez et qui s’harmonisent avec elles sont éveillées, vous n’éprouvez que confiance et amour avec le désir de rester toujours en leur présence. Vous n’oubliez pas vos défauts, mais vous sentez qu’il vous est possible de vous corriger et il vous importe peu que le Maître connaisse ces défauts parce que vous êtes sûr qu’il les comprend, et, les comprendre, c’est les pardonner.
Il nous sera sans doute utile, pour bien saisir le côté humain de nos Maîtres, de nous rappeler que beaucoup d’entre eux ont été, à une époque relativement proche, connus en tant que personnages historiques. Le Maître K. IL, par exemple fut, en Europe, le philosophe Pythagore. Avant cela, il fut un prêtre égyptien du nom de Sarthon ; il fut aussi le grand prêtre d’un temple d’Agadé, en Asie-Mineure, où il fut tué dans un massacre général par une armée de barbares envahisseurs descendus des montagnes environnantes. 11 se réincarna immédiatement dans le corps d’un pêcheur grec qui s’était noyé en cherchant à s’échapper, et, dans ce nouveau corps, il alla en Perse où il rendit un grand service au dernier des Zoroastre, en fondant le nouveau culte du Mazdéisme. Plus tard, il fut le flamine du temple de Jupiter à Rome, et, plus tard encore, le grand instructeur bouddhiste Nagârjüna. Au cours de nos recherches dans les vies passées de quelques membres de notre Société, nous avons souvent rencontré ce Maître et, presque toujours, comme prêtre ou comme instructeur (1).
Au cours de ces recherches dans le passé, nous avons aussi retrouvé fréquemment le disciple Jésus qui eut,
(1) L’auteur fait ici allusion à un ouvraj^e récent KenU in the veil of Time (Déchirures dans te voile du Temps) que publie actuellement, en français, la Revue Théosophique Française (N. D. T.)
LES GRANDS ETRES
en Palestine, le privilège de céder son corps au Clirist ; plus tard il devint, dans une nouvelle incarnation, Apollonius de Tyane. Il réapparut dans les Indes au xi® siècle comme Tinstructeur Râmânoujâchârya lequel raviva l’élément dévotionnel dans l’Hindouisme en l’élevant à un très haut degré.
Quelques-uns d’entre vous ont sans doute entendu dire qu’il y avait d’autres Maîtres en dehors de ceux qui s’occupent spécialement de l’œuvre Théosophique. L’un d’eux a dicté pour nous « La Lumière sur le sentier (1) » et « l’Idylle du Lotus blanc ».(I)Un autre s’est chargé d’une grande partie de l’œuvre en Europe et a écrit pour nous quelques-uns des plus beaux ouvrages connus dans le domaine littéraire. Celui qui fut autrefois le disciple Jésus est toujours prêt à guider spécialement les diverses activités des Eglises chrétiennes ; il en est un autre enlin qui s’occupe spécialement du travail fait, ici, dans les Indes.
On peut donc voir que l’évolution du monde n’a en aucune manière été abandonnée à ses propres forces pour se diriger seule et de son mieux comme on le pense si souvent à tort ; elle est au contraire gouvernée et guidée méthodiquement, avec toute l’attention possible car c’est cette Hiérarchie d’Adeptes qui la gouverne actuellement, autant qu’il est possible de le faire tout en laissant aux individus leur libre arbitre. Par l’intermédiaire de ses agents, la grande Fraternité essaie d’influencer les individualités marquantes du monde, en leur suggérant des idées qui les amèneront à réaliser la Fraternité humaine dès que la guerre aura disparu du monde. Mais nous devons nous rappeler que le Karma des peuples doit être
fl) En vente à la Librairie de l’Art indépendant, Paris, 10, rue Saint-Lazare (N. D, T.).
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respecté et pris en considération. Il serait certainement facile d’obliger le monde à avancer beaucoup plus rapidement, mais la chose ne serait pas à son avantage. Dans une lettre qu’il m’adressait un jour, le Maître K. II. dit :
« Je pourrais certainement vous indiquer exactement ce que vous avez à faire, et vous le feriez, mais alors le Karma de votre action deviendrait le mien et non le vôtre, et vous n’y gagneriez que le Karma dvi à une prompte obéissance. »
Les hommes doivent apprendre à être, non seulement des serviteurs intelligents, mais aussi à participer à l’œuvre entreprise, car, eux aussi devront un jour faire le même travail, et s’ils veulent être en mesure d’assumer, dans l’avenir, de grandes responsabilités, ils doivent maintenant apprendre à en assumer de plus petites. Quelquefois, il est vrai, une occasion ou une responsabilité réellement grande, d’une importance universelle, peut se présenter à l’un de nous, mais cela n‘arrive peut-être qu’une fois dans bien des centaines de vies. Quand cette occasion se présentera, nous la saisirons — ou nous la manquerons, — selon que nous aurons, — ou que nous n’aurons pas — pris l’habitude de saisir les occasions plus petites de la vie journalière ; si nous nous sommes habitués à faire la chose qui importe le plus, nous la ferons automatiquement au moment opportun. Nos occasions de faire le bien ou le mal sont, en général, de médiocre importance pour le monde pris dans son ensemble, mais quand nous aurons appris à choisir invariablement et automatiquement ce qu’il importe de faire dans ces questions de peu d’importance, la Grande Fraternité pourra se fier à nous pour les questions d’une importance plus grande.
Il faut en elîet que nous nous ellbrcions de bien com-
LES GUANDS ÊTRES
prendre ce que sont réellement les Grands Êtres, non par simple curiosité ou intérêt, mais afin de nous les représenter tels qu’ils sont, de nous convaincre qu’ils sont des hommes comme nous, différents entre eux comme nous le sommes entre nous bien qu’ils soient à un niveau bien supérieur au notre. Tous possèdent également la sagesse, la puissance et l’amour sans pour cela être identiques ; ils ont chacun leur individualité comme nous avons la nôtre. Ils sont au sommet de l’échelle de l’humanité, mais n’oublions pas que nous sommes, nous aussi, sur cette échelle quoique à des degrés bien inférieurs, et que nous devons un jour atteindre le niveau où ils se tiennent.
Un fait important à noter à propos des Maîtres, c’est le développement égal de toutes leurs facultés. Si nous nous examinons nous-memes, nous remarquerons que notre développement est toujours inégal, orienté en quelque sorte dans une seule direction. Chez certains, ce sont les facultés scientifiques et intellectuelles qui se sont manifestées le plus alors que le côté dévotion et compassion fait complètement défaut ; chez d’autres, au contraire, ce sont ces dernières facultés qui se sont développées au détriment de l’intellectualité. Mais un Maître est parfait dans ces deux directions, comme on peut le voir facilement quand on pense au brillant intellect de Pythagore s alliant, chez le Maître K. II. avec l’amour et la compassion.
Il ne faut pas nous méprendre sur le prodigieux savoir des Maîtres. Pour atteindre le niveau de l’Adeptat, ils ont dû rejeter, parmi nombre d’autres, les entraves causées par Avidtja (l’ignorance), et il est souvent dit que, pour dissiper l’ignorance il faut acquérir l’omniscience. Nous savons cependant, d’après nos rapports personnels avec eux, qu’il n’en est pas ainsi à proprement parler; cer-
l’occultisme dans la nature
tains de nos Maîtres, par exemple, ne connaissent pas toutes les langues; d'autres ne sont ni artistes ni musiciens, etc. A mon sens, rejeter les entraves de l’ignorance signifie réellement : l’acquisition d’un pouvoir à l’aide duquel ils peuvent, selon le besoin, avoir à leur disposition la connaissance qui leur est nécessaire dans tel ou tel cas. 11 est certain que tout le savoir du monde ne peut être emmagasiné dans leur cerveau physique, mais il est certain aussi qu’ils peuvent obtenir rapidement le genre de connaissance dont ils ont besoin. G’est ainsi qu’un Maître désirant écrire une lettre dans uno langue qu’il ne connaît pas, emploie souvent le cerveau d’un étudiant qui possède cette langue, y projette les idées et emploie ensuite lés mots sous lesquels il les voit s’exprimer. S’il arrive qu’une personne leur parle dans une langue qu’ils ne comprennent pas, ils saisissent immédiatement, sur lé plan mental, l’idée qui se cache derrière les mots qui léur sont incompréhensibles:
Gn demande souvent si un homme ordinaire, qui rencontrerait un Maître sur le plan physique, le reconnaîtrait immédiatement comme tel. Je ne vois pas pourquoi il en serait ainsi. Certes, il serait frappé par l’aspect de noblesse,' de dignité, de sainteté et de sérénité de l’Adepte ; il ne pourrait manquer de s’apercevoir qu’il est en présence d’un être remarquable, mais, pour avoir la certitude qu’il est devant un Maître, il lui faudrait voir son corps causal, ce dont un homme ordinaire n’est naturellement pas capable. Le corps Causal d’un Maître se reconnaît à ses grandes dimensions et à une disposition spéciale des couleurs qui distinguent chacun des sept grands types (1) .
(1) Voir Vhomme visible et invisible, par G, W. Leadbeater, ouvrage contenant de nombreuses planches en couleurs (N. D. T.). {Epuisé mais prochainement édité à nouveau).
LES GB.4NDS ÉiR:^S
Mais tout cela est au-dessus des aptitudes de l’iiomme ordinaire que nous supposons.
Les Adeptes n ont aucune particularité extérieure bien définie qui permette de les reconnaître, en dehors de 1 expression de bonté et de calme qui leur est commune à tous; leur visage est toujours empreint d’une joyeuse sérénité, de cette paix qui surpasse toute compréhension. Presque tous sont très beaux, leur corps physique étant parfait puisqu’ils vivent dans d’excellentes conditions d hygiène et surtout qu’ils ne se préoccupent jamais de quoi que ce soit. Pour la plupart d’entre nous, une grande somme de Karma, de toute nature, doit encore être épuisee, et c est là, parmi beaucoup d’autres, une des causes tendant a modifier Fapparence de notre corps physique. Dans le cas des Maîtres, le karma est épuisé depuis longtemps, aussi leur corps physique est-ir, sur le plan physique, 1 expression parfaite de VAugoeides ou corps glorieux de l’Ego. C’est pourquoi non seulement le corps d’un Maître est d’une beauté splendide, mais tout nouveau corps qu’il prendra dans ses incarnations suivantes sera presque l’exacte reproduction de l’ancien, rien ne pouvant contribuer à en diminuer la beauté.
Autre fait remarquable, les Maîtres peuvent conserver leur corps physique beaucoup plus longtemps que nous ne pouvons le faire, grâce sans doute à la parfaite santé dont ils jouissent et aussi a cette absence de préoccupation dont nous avons déjà parlé. Presque tous les Maîtres que nous connaissons, paraissent des hommes dans la force de l’âge ; cependant, en bien dès cas, des témoignages prouvent que leur corps physique a dépassé depuis bien longtemps l’âge ordinaire de l’homme. J’ai entendu dire à Blavatsky que son Maître ne lui paraissait pas, dans les derniers jours de sa vie, d’un jour plus
âgé que lorsqu’elle l'avait vu pour la première fois clans son enfance soixante ans auparavant. Un seul de nos Maîtres, qui vient récemment d'atteindre l’état d’Adepte, présente, dans le corps physique qu’il revêt encore, une certaine rudesse de physionomie cjui résulte sans doute d’un restant de karma non épuisé et rapporté dans cette incarnation, mais nous pouvons être sûrs que lorsqu’il voudra prendre un autre corps, cette caractéristique disparaîtra.
Les Maîtres sont plus silencieux que la plupart des hommes, car les gens occupés n’ont pas de temps à perdre en bavardage inutile, et ils sont, sans comparaison possible, les personnes les plus occupées du monde. Leur disciple, M”” Blavatsky, possédait le plus brillant talent de conversation que j’aie jamais connu, mais elle ne parlait jamais pour le seul plaisir de causer. 11 en est de même pour eux ; un Maitre ne parle jamais sans avoir en vue un objectif bien défini, qui, le plus généralement, est d’encourager, d’aider ou d’avertir. 11 parle toujours avec douceur et avec la plus grande bienveillance, tout en laissant percer quelquefois une très vive pointe d’humour, celle-ci étant toujours aimable et jamais blessante, mais bien pour alléger les difficultés de la route, ou pour adoucir quelque réprimande nécessaire. Un homme qui n’a pas le sentiment de l’humour ne peut espérer faire de grands progrès dans les questions occultes.
Le nombre des Adeptes qui gardent leur corps physique dans le but d’aider l’évolution du monde est très faible : peut-être cinquante ou soixante en tout. Mais il faut se rappeler que la plupart ne prennent pas de disciples, étant engagés dans un travail tout différent. M“° Blavatsky employait très librement le mot Adepte, car, parfois, elle parle d’Adeptes ayant reçu l’initiation,
LES GRANDS ÊTRES
et, ailleurs, d’adeptes qui ne sont pas initiés. Dans tous nos récents ouvrages, nous avons réservé le mot : initié à ceux qui ont tout au moins franchi le dernier des quatre grands stades sur le Sentier de Sainteté, et le mot : Adopte à ceux qui ont atteint le niveau de TAsekha et qui ont ainsi terminé leur évolution dans cette chaîne de mondes. La conscience de LAsekha est normalement centrée sur le plan nirvanique ou atmique alors que son corps physique est à l’état de veille. En dehors de ceux qui ont déjà atteint l’adeptat, un très petit nombre seulement, ainsi que je l’ai déjà dit, conserve le corps physique et reste en contact avec la terre dans un but secourable ; parmi ceux-ci, un nombre encore plus restreint veut bien, sous certaines conditions, accepter de prendre les hommes comme étudiants ou aspirants ; et c’est à ceux-là seuls (le plus petit nombre) que nous donnons le nom de Maîtres. Quelque limité que soit leur nombre, leurs fonctions sont cependant d’une importance incalculable, puisque, sans leur secours, il serait impossible à l’homme de franchir les portes de l’Initiation.