‹ L'occultisme et l'amourChapitre 40 sur 87 · Livre II, chap. xxi · texte numérisé non relu

Livre II, chap. xxi

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Dufour 1 assure que rimagination a toujours été seule coupable de toutes les œuvres nocturnes qu'on impute au démon. On cro3^ait que les ténèbres appartenaient aux esprits infernaux et que le sommeil des hommes se trouvait ainsi exposé à la malice des artisans du péché. C'est assurément cette cro3^ance qui donna naissance aux incubes et aux succubes.

A une des dernières conférences du Bureau d'Adresse ^ préside par le médecin Théophraste Renaudot, on traita cette question : le diable peut-il engendrer? Un médecin eut le courage de soutenir que les incubes n'étaient qu'un cauchemar, «. un empeschement de la respiration, de la voix et du mouvement, avec oppression du corps qui nous représente, en dormant, quelque poids sur l'estomach». Un autre orateur, un médecin également, soutint « qu'il n'y a rien de surnaturel dans l'incube, qui n'est qu'un symptôme de la faculté animale, accompagné de trois circonstances, savoir : la respiration empeschée, le mouvement lésé et une imagination voluptueuse ». Pour lui, tout cela n'est qu'une imagination voluptueuse «produite par l'abondance ou la qualité de la semence, laquelle, envoyant son

1. V. Recueil général des quesUons Lraiiées et conférence du Bureau d'Adresse, Paris, 1656, 5 vol. in-8\

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SATAN ET l'aMOUB 91

espèce dans la phaiitaisie, elle se forme un objet agréable, remue la puissance motrice, et celle-ci la faculté expalstrice des vaisscciux sperraatiques ».

De même, Alexandre de Tralles dit que l'incube (( est passio in qna dormientes suffocari et ac dcemonibus opprimi videntur ». Enfin, pour de Saint André ^ , médecin du roi, l'incube est le plus souvent « une chimère qui n'a pour fondement que le rêve, Timagination blessée, et très souvent l'imagination des femmes... L'artifice n'a pas moins de part à l'histoire des incubes : une femme, une fille, une dévote de nom débauchées, pour cacher leur crime, font passer leur amant pour un esprit incube qui les obsède... Il en est des esprits succubes comme des incubes, ils n'ont ordinairement d'autre fondement que le rêve et l'imagination blessée, et quelquefois l'artifice des hommes. Un homme qui a entendu parler de succube s'imagine, en dormant, voir les femmes les plus belles et avoir leur compagnie».

Ces médecins firent preuve d'une singulière clairvoyance et le magistrat Delancre, avec sa suffisance imbécile, fait triste mine à côté d'eux. La magistrature a toujours été une caste d'esprits bornés et étroits, et les magistrats de nos jours ne diff*èrent guère de ceux du moj^en âge dont ils ont conservé l'esprit et le costume. Ils sont, au milieu de notre civilisation moderne, les spectres attardés du passé.

1. Lettres an sujet de la magie ^ des maléfices et des soi'ciers. In-12, Paris, 1723,

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