Histoire de la 7nar/ie
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SATAN ET l'amour 93
tion de certains breuvages et de drogues enivrantes. Il est certain cependant que des réunions secrètes dans les bois ou dans les cavernes servaient de préludes à ces visions et que Ton y couvait les désirs de malédiction et de luxure que l'ivresse des philtres se chargeait ensuite de réaliser en des rêves pareils à ceux deshaschichiens et des fumeurs d'opium.
En effet, pour être transporté au sabbat, il fallait se frotter avec un onguent et absorber des breuvages que vendaient les sorciers, puis prononcer des paroles magiques dont les initiés avaient le secret.
Bodin raconte qu'un pauvre homme qui demeurait près de Loches, en Touraine, s'aperçut que sa femme découchait. Elle hii avoua qu'elle allait au sabbat et hd proposa de l'emmener. Ils se graissèrent tous deux avec un onguent magique et le diable les transporta dans les landes de Bordeaux. Le mari prit peur, se signa et invoqua le nom de Dieu. Aussitôt tout disparut, même la femme de cet apprenti sorcier, qui se « trouva tout nn, errant par les champs jusqu'au matin )-.
Bodin raconte encore l'histoire d'une « demoiselle » qui était couchée à Lyon avec son amant. Elle se lève tout doucement, se frotte d onguent et est transportée. Le galant, qui a tout vu, se lève, se frotte à son tour, prononce les paroles magiques et est transporté. A la vue des diables et de leurs hideuses postures, il prend peur et recommande sou âme à Dieu. Tout disparaît et notre homme se trouve nu dans la plaine.
Les mêmes faits sont affirmés dans les Capitularia
regum K « lUud etiani, y est-il dit, non est amittendum quod qucedam sceleratse niulieres, rétro post satanam convers^e, dœmonumillusionibus et phantasmatibus sedLicta\ credunt et profitentur se nocturnis horis, cum Diana, deapaganorum, vel cum Herodiade et innumera multitudine mulierum, equitare super quasdam bestias, et multarimi terrarimi spacia intempestce noctis spatio pertransire, ejusque jussionibus velut domino obedire, et certis noctibus ad ejus servitium evocari. »
Que se passait-il pendant les nuits du sabbat? On y célébrait la messe noire, licencieuse parodie du culte chrétien, et que nous décrirons dans le chapitre suivant.
A cet office blasphématoire, succédait un repas en plein air terminé par une ronde échevelée à travers les feux presque éteints ; et quand l'obscurité couvrait de nouveau la lande ou la clairière, Taudace d'un Pétrone ou d'un Juvénal n'eut osé raconter ce que voilaient ces ténèbres.
C'était tout ce que peut inventer dans le bizarre et le monstrueux i'érolisme d'esprits troublés : pratiques de stercoraires, actes de bestialité et de pédérastie -.
i. Cap. xui^ Recueil de Baluze.
1. Voir Sylvestre Prierias, De sln'gùnaf/arum demonumque mirandis.
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SATAN ET l'amour 95
Certains auteurs nous ont laissé quelques détails sur ces immondes cérémonies, où le souvenir des cultes antiques de Pan et de Priape se mêle par un singulier atavisme aux paro<lies des cérémonies catholiques.
Dés que les assistants sont arrivés à la clairière désignée, la fête commence. La doyenne du sabbcit, une vieille ratatinée, ridée, cassée en deux, procède à rappel, puis sort d'une cruche qu'elle a apportée un être informe qui grandit peu à peu et se dessine. C'est un bouc colossal, souvenir du bouc Mondes des mystères ég^^ptiques. Mais ici il s'appelle (^ Maître Léonard » et n'est autre que Satan lui-même. Il reçoit l'hommage de ses féaux qui viennent successivement lui baiser le derrière. Puis on lui amène la plus jeune et la plus jolie fille de l'assistance baptisée du fait (( Reine du Sabbat ». Après quelques préliminaires, ehe est étendue nue sur un autel préparé d'avance, tandis que les « fidèles », après avoir . trempé leur main gauche dans une fosse oîi ils ont uriné, — (parodie du bénitier des éghses) — font le signe de la croix à rebours. Alors, dans une sorte de nuée dont Satan entoure l'autel et la victime, s'accomplit le mj'Stère d'amour impur, durant lequel sorciers et sorcières imitent de leur mieux l'exemple donné par le Maitre. Soudain, le rideau nuageux se déchire et, sur l'autel, cliacun peut voir la reine du sabbat étendue la face contre terre, et sur sa croupe le démon pétrit la farine dont sera faite Thostie diabolique, l'hostie (( d'Infernale Iniquité », grâce à laquelle les communiants verront accroître leur puis-
sance maléfique. D'autres fois c/étaient des morceaux de navet, des rondelles de saA^ate que le diable donnait à ses féaux en guise d'Eucharistie.
Actuellement, disent les auteurs, le sabbat ne se célèbre plus que dans des coins arriérés et sauvages, mais la messe noire a conservé beaucoup d'adeptes, surtout dans les villes, caries sorciers de campagne en ont abandonné la coutume par crainte. (Voir X Enquête sur le mysticisme parue dans le Journal qw 1893 sous la signature de M. Yvan Manouïloff.)
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