CHAPITRE XI
Conclusions.
Telles sont les constatations d'ordre pratique par lesquelles nous pourrions terminer cet exposé sommaire des grands phénomènes atmosphériques. Mais la science avance tous les jours à pas de géant; la prévision du temps est liée, sans aucun doute à la solution de problèmes extrêmement complexes et qui portent avant tout, nous l'avons montré à plusieurs reprises, sur les conditions des couches situées dans les hautes régions.
Il faut donc nous détacher du sol auquel nous sommes rivés et regarder au-dessus de nos têtes l'océan aérien dont nous occupons les profondeurs.
Quelle idée les savants actuels se fontils de l'enveloppe gazeuse qui entoure la Terre ?
La réponse à cette question serait bien propre à plonger dans l'étonnement les météorologistes d'autrefois.
Après que Lavoisier eut analysé l'air que nous respirons, et qu'il en eut démontré la composition simple, les hommes de son époque — je veux dire ceux que la question intéressait — se tinrent pour très satisfaits et beaucoup d'entre eux pensèrent, sans doute, que l'atmosphère avait livré aux chimistes ses secrets inviolés.
Mais l'analyse n'avait porté que sur des échantillons pri6 à la surface du sol et les ascensions se bornèrent tout d'abord à l'exploration d'une mince couche, enveloppant à peine les rugosités de l'écorce terrestre.
Nous avons vu comment l'aéronautique s'est chargée, au moyen des ballonssondes, de rapporter des volumes d'air puisés à une trentaine de kilomètres du niveau de la mer. Ce résultat inespéré n'est presque rien, cependant, si l'on
envisage l' épaisseur totale de l'atmosphère.
L'analyse spectrale, les observations astronomiques, les déductions des météorologistes, l'examen des aurores polaires, comme aussi celui des étoiles filantes, ont modifié notablement nos idées sur la cons titution des gaz composant notre océan aérien.
D'après les. expériences les plus ré-
nations ammoniacales, les gaz sulfhydriques, azotés, chlorurés, etc., etc., que la vapeur dissout en proportions variables.
C'est dans cette couche enfin, où nous constatons des froids intenses de 55 degrés dans la partie supérieure, qu'évoluent nos nuages ordinaires.
A partir de douze kilomètres, nous entrons dans une enveloppe quelque peu différente, c'est la stratosphère, c'est-à-
GlRRO-MAMMATUS ET TEMPS DE PLUIE.
(Cliché Quénisset.)
centes, la Terre serait entourée d'une quadruple enveloppe gazeuse, et chaque couche serait assez nettement séparée par des surfaces de niveau bien définies.
La première de ces couches, celle que nous respirons, ne dépasserait pas une douzaine de kilomètres de hauteur.
Toutes les montagnes du globe seraient plongées dan6 ce milieu où dominent l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique. C'est là aussi que nous avons trouvé en quantités infinitésimales, le néon, l'argon, le xénon et le krypton, sans compter les éma-
dire la région des calmes, par opposition à la première nommée troposphère ou enveloppe tourmentée par les vents et les courants ascendants.
Il est évident que les surfaces de séparation doivent être difficiles à différencier, et qu'on ne saurait passer brusquement de l'une à l'autre.
Cependant, si au-de66us de 12 kilomètres nous " rencontrons encore les gaz déjà observés plus bas, oxygène et ceux de la famille de l'argon, il n'en reste pas moins certain que l'azote tend à y pré-
Nuage orageux en forme d'ombrelle observé en Amérique (1897).
dominer à mesure qu'on atteint des hauteurs se rapprochant de l'altitude de 75 kilométrée.
Cette fois, nous pénétrons dans une couche presque exclusivement composée d'hydrogène, irrespirable par conséquent.
La surface de séparation est assez nette pour donner lieu à des réflexions du son, et les choses se passent comme si là-haut existait une paroi courbe solidifiée, capable de faire écho, pour ainsi dire aux grands bruits de la terre.
Je n'en veux pour preuve que les curieux phénomènes sonores auxquels a donné lieu l'explosion de dynamite du chemin de fer de la Jungfrau, en 1908.
L'explosion fut nettement perçue à 40 kilomètres, ce qui est normal. Autour de cette circonférence de 40 kilo-
mètres de rayon, personne ne put noter le bruit du phénomène, mais il fut entendu dans une zone beaucoup plus éloignée, commençant à 140 kilomètres du centre. Le son perçu n'était donc que l'écho produit par les vibrations sonores répercutées par la couche d'hydrogène située à 75 kilomètres plus haut.
Dans cette enveloppe hydrogénée, formée d'un gaz relativement visqueux, on comprend que les bolides et les étoiles filantes, en raison de leur vitesse énorme, puissent acquérir une température excessive et arriver jusqu'à l'incandescence.
Et on constate en fait, que ce6 météores ne commencent à donner de6 lueurs qu'à une altitude de 120 kilomètres, pour s'éteindre brusquement dans les régions de la stratosphère, où lazote rencontré fait sur eux l'effet d'une dou-
La salle des appareils Eiffel au Bureau Centra^
cbe d'eau froide sur un charbon ardent.
Ces faite curieux, observés depuis longtemps, étaient demeurés inexplicables avant ces ingénieuses théories. Les éruptions volcaniques confirment d'ailleurs ces vues nouvelles d'une façon inespérée.
Habituellement, en effet, les tourbillons de fumée échappés de6 volcans s'élèvent en raison de leur vitesse initiale, comme des colonnes rectilignes. Elles traversent, en ligne droite, la première couche, mais lorsqu'elles rencontrent la seconde, elles s'étalent sous la forme d'un panache rappelant l'aspect d'un
immense champignon, indiquant ainsi que dans la stratosphère, les courants ascendants font absolument défaut. Néanmoins, les réserves inimaginables d'hydrogène amenées jusque-là, en raison de leur légèreté, continuent leur chemin et vont donner lieu à la formation de nuages lumineux beaucoup plus élevés.
C'est ce qui est arrivé, de 1885 a 1887, lors de l'éruption du Krakatoa, où ces phénomènes se manifestèrent à une hauteur de 83 kilomètres.
Il semble que l'atmosphère terrestre doive s'en tenir là. L'hydrogène est le plus léger des gaz qui nous sont familiers, et s'il est logique d'admettre qu'il tend san6 cesse à monter, on ne voit pas quelle substance pourrait lui disputer le record de la hauteur.
Eh bien, au-dessus de l'enveloppe hydrogénée s'en trouve pourtant une autre
plu6 épaisse que les trois premières et qui atteint peut-être des hauteurs de 500 à 600 kilomètres. C'est là que siègent en partie les aurores polaires, et ce sont précisément ces phénomènes qui nous ont permis de l'étudier.
L'aurore polaire, on le sait depuis longtemps, e6t une manifestation d'ordre électrique, c'est une sorte d'illumination analogue à celle que nous admirons dans nos tubes de Geissler, où les gaz sont fortement raréfiés.
Les rayons auroraux, le6 draperies qui déploient la féerie de leurs cotileurs nuancées à l'infini, descendent jusque dans la couche hydrogénée, mais les arcs brillants si fréquemment observés partent de la quatrième enveloppe, de celle que l'analyse spectrale nous indique comme composée d'un gaz inconnu, rappelant le coronium, cette substance mystérieuse qui entoure le Soleil comme d'une auréole de rêve et que les astronomes étudient pendant les éclipses totales.
Nous voilà loin, il me semble, de la constitution simpliste de l'atmosphère admise autrefois par les contemporains du grand Lavoisier.
Ainsi, à mesure que nous étudions la nature nous apparaît d'une complexité bien propre à nous donner le vertige; le domaine de l'inconnu s'étend à notre regard émerveillé, et c'est là vraiment que nous commençons à comprendre la poésie de la Science.
enregistreurs de la Tour Tétéorologique de France.