‹ L'océanChapitre 59 sur 76 · PR OS · texte numérisé non relu

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avec son entière fureur à partir du plan passant par l’ensemble des crêtes. Si l’une d'elles le dépasse, elle est immédiatement arasée et l’eau réduite en poussière impalpable.

La grêle et la pluie abattent la mer. Les gouttes tombant à peu près verticalement arrêtent jusqu'à une profondeur notable le mouvement des molécules aussi bien trochoïdal que de progression horizontale, s'il s’agit de vagues forcées. J’ai fait des expériences synthétiques en laissant tomber des gouttes d’eau fortement colorées dans un récipient rempli d’une épaisseur d’eau variable et au fond duquel est étalée une mince couche de sable fin. On commence par faire tomber les gouttes d’une petite hauteur qu'on augmente progressivement jusqu à ce qu'on observe un déplacement du sable. On mesure alors la hauteur de chute et celle de l’eau dans le récipient. On remarque aussi, grâce à la coloration, que chaque goutte descend au sein du liquide sous forme d’un tore roulant sur lui-même et se subdivisant après un PRIOR limité. L’expérience est très intéressante.

Tout ce qui diminue l’adhérence de l’eau avec l'air sus-jacent contribue à calmer la mer. La mer est moins grosse par temps brumeux que par temps sec parce que l’air humide est moins adhérent que l’air sec. Quiconque a navigué sur les bancs de Terre- Neuve par temps de brume a été frappé de l’aspect lourd, amolli, lisse des flots chargés du pesant manteau de brouillard si fréquent dans ces parages. Mais le phénomène le plus remarquable est l’apaisement subit de la mer sur laquelle on répand de lhuile. Comme beaucoup d’autres découvertes sur lesquelles s’est inopinément fixé l'engouement du public, cette action est connue depuis des siècles ; Plutarque et Pline en font mention et, sans parler des auteurs du moyen âge, Canisius, Erasme, Linné, Franklin la étudié en 1772. L'effet est très net. L'huile détruit l'adhérence de l'air avec l’eau, il glisse à sa surface, impuissant à y creuser les petites dépressions, vaguelettes élémentaires qui donneraient ensuite prise aux bouffées de vent et finiraient par devenir de vraies vagues. On observera un résultat analogue lorsque, pour une cause quelconque, la surface de l’eau se couvrira d'obstacles à la prise

du vent, de particules de boue. par exemple, d’herbes flottantes et aussi, ce qui est le cas pour l’eisbrei des mers polaires, quand de petits cristaux de glace apparaîtront tout d’un coup sous l’action du froid et communiqueront à l’eau la consistance à demi-pâteuse d'un sorbet. La mer s’apaise dès que le phénomène apparaît. L'atténuation des rides superficielles permet d’apercevoir le fond à une distance assez considérable lorsqu'on y jette quelques gouttes d'huile qui s’étalent en une pellicule excessivement mince. Le procédé est bien connu des pêcheurs de corail ou d’éponges et remplace quelquefois pour eux l’emploi de la lunette d’eau.

L'ingénieur anglais Thomas Stevenson a cherché à mesurer la pression exercée par les vagues sur un obstacle qui leur est opposé. Dans ce but, il a fait creuser dans une roche recevant directement le choc de la mer une cavité dans laquelle était installé un dynamomètre constitué par une forte plaque de fonte verticale maintenue en arrière par un puissant ressort et qui, en reculant lorsqu'elle était poussée par l’eau, comprimait plus ou moins le ressort. Un index de cuir courant à frottement doux sur une tige perpendiculaire permettait d'évaluer le recul de la plaque et comme le ressort avait été préalablement étalonné, il était facile d’estimer la pression. Celle-ci est énorme : elle a varié sur les côtes d'Angleterre où ont été faits les essais, entre 14,7 et 34,2 tonnes de mille kilogrammes par mètre carré de surface. Les effets produits par la mer sont véritablement effrayants. On a vu un bloc de gneiss déplacé horizontalement de 22 mètres ; d’autres pesant de 6 à 13 tonnes ont été portés à un niveau supérieur de 20 mètres à celui qu’ils occudaient. À Wick, sur la mer du Nord, un bloc de 1 350 tonnes a été jeté à une distance de 10 à 15 mètres.

Aux phénomènes des vagues ou plutôt des ondulations d’une masse liquide, se rattache un phénomène qui a vivement excité la sagacité des chercheurs. Aussitôt que son existence a été reconnue on a pendant longtemps cherché à en expliquer les causes et, ainsi qu'il arrive presque toujours, après être parvenu à force de travaux et de mesures à en élucider les caractères et à en découvrir les lois en un petit nombre de localités, on l’a trouvé beaucoup plus

commun qu'on n'aurait pu le soupçonner au début. Il s’agit des seiches du lac Léman appelées Rubhss sur le lac de Constance.

Les seiches consistent en une ondulation rythmique de l’eau des lacs qui, en un même point, monte et descend en alternances régulières, sorte de marée microscopique signalée pour la première fois dans le lac de Genève en 1730 par Fatio de Duillier, étudiée en 1742 par Jallabert, plus tard par Bertrand, puis par de Saussure en 17179, par Vaucher de 1802 à 1804, qui en cherchèrent vainement l’explication, enfin par F. A. Forel en 1873 qui parvint à résoudre la question.

Quand on désire comprendre un phénomène naturel, il importe tout d’abord de le mesurer ; on en cherche ensuite les causes, on vérifie ce qui n’est encore qu’une hypothèse et on transforme celleci en une véritable explication scientifique en reproduisant synthétiquement le phénomène de manière à bien saisir les relations qui lient entre elles les diverses variables ou du moins les plus importantes parmi celles qui le constituent. Les seiches étant des variations de niveau de l’eau, c’est-à-dire de petites marées, seront mesurées à l’aide de marégraphes plus ou moins simplifiés et qui, étant installés sur des lacs, bassins limités où les seiches se manifestent avec leur maximum de netteté, se nomment des limnimètres. Cependant, pour parvenir au même résultat, Forel a imaginé un instrument aussi simple qu'ingénieux et précis dont le seul inconvénient est de ne pas enregistrer et d'exiger par conséquent, la présence continue d’un observateur.

Le plémyramètre consiste en un tube de verre droit et long d’une

vingtaine de centimètres dans lequel on a introduit une petite boulette de cire lestée de quelques grains de sable, de manière à lui donner à peu près exactement la densité de l’eau. On empêche la boulette de sortir du tube en plaçant à chacune des extrémités de celui-ci, un tortillon de fil de fer en spirale ; on ajoute ensuite deux bouts de tube de caoutchouc, l’un long, l’autre court. Le tube de verre est disposé horizontalement sur le bord du lac où il s’agit d’expérimenter, au moyen d’un support quelconque ; le long tube en caoutchouc plonge dans les eaux du lac, le tube court dans un

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