‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et litte?raire du Second The?atre Franc?aisChapitre 119 sur 221 · CHAPITRE XI. SOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. SOI

sans consulter les sociétaires fondateurs^ ce qui était une faute, racheta toutes les parts au prix de 200 francs chacune, et assuma sur lui tous les risques. Cette décision sauva la situation ; on put rouvrir.

La seconde année, grâce aux engagements de Bocage, de M"* Georges et de M"^ Dorval, au succès d'argent de la Main droite et la Main gauche^ les affaires vont mieux; le public commence à croire à l'Odéon; puis arrive la Lucrèce de Ponsard. Le ministre comprit enfin les services que pouvait rendre le second Théâtre-Français : il demanda une subvention aux Chambres; les Chambres accordèrent 60,000 francs pour Tannée 1844 . Au mois de juin 1843, Lireuxavaitfaitrentrerd*Épagny dans ses fonds et organisé définitivement l'Odéon. Hélas! avec la fortune arrivaient les soucis de tout genre. Le ministre ayant déclaré que la subvention ne serait payée qu'à un directeur entrepreneur, — une société n'offrant pas de garanties suffisantes, — Lireux provoqua la dissolution de la société. Les deux derniers sociétaires fondateurs, — car M"* Payre n'était pas un obstacle, et pour cause, — posèrent des conditions exagérées, inacceptables. Les comédiens qui avaient vendu à forfait leur part, voyant le bénéfice qu'on pouvait faire, « se demandèrent si leur directeur était resté dans la stricte légalité en traitant avec eux, et si une part dans les bénéfices ne leur revenait pas de droit; ils adressèrent une plainte au ministre, se réservant de porter leurs griefs devant les tribunaux^ ». Lireux, de son côté,

\. A. Denis, YEntr'acte, juillet 1884.

demanda au ministre de briser la résistance qui lui était faite, en déclarant que le nouveau privilège détruisait Tancien; le ministre refusa d'assumer cette responsabilité. Les réclamations, sous forme de papier timbré, fondirent sur Lireux, qui tint tête à Forage avec une inaltérable bonne humeur, et, soit pour le rachat des droits, soit pour les frais de liquidation, donna plus de 60,000 francs en quelques mois. Si encore au prix de cette somme il avait été dégagé du passé et maître de Tavenir! Il n'en fut rien; il dut tenir non seulement les contrats faits avec les comédiens, mais encore jouer toutes les pièces reçues dans des temps misérables par son comité de lecture trop indulgent.. Ces obligations furent cause de son désastre : il ût faillite. Si la subvention lui avait été donnée un an plus tôt, ainsi que Tavait demandé à la Chambre l'excellent M. Vavin, il eût peut-être réussi.

Pauvre Lireux ! ce qu'il dépensa d'esprit, d'énergie et d'adresse dans le cours de sa direction est incroyable. Ses mots étaient cités. Un jour, Ach. Machanette lui demanda à jouer le Misanthrope : a Impossible, mon ami, dit-il doucement, j'ai le caissier! » A la première des Ressources de Quinola^ Héléna Gaussin, chargée du rôle principal, se méprit sur les applaudissements ironiques du public et dit à Lireux en sortant de scène : a Avez- (c vous vu comme je les ai empoignés?» — « Ah ! madame, « répondit-il, ils vous l'ont bien rendu! » Et quelle inaltérable bonne humeur! personne plus que lui n'était capable de faire la suite du Roinan comique. Un soir de tragédie, les figurants n'avaient pas de souliers : « Qu'ils

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