‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et litte?raire du Second The?atre Franc?aisChapitre 172 sur 221 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

DV TEMPS DE DON QciGHOTTE, comédie 60 un acte, en vers, d* Emile Coquatrix, jouée déjà avec succès à Rouen sur le théâtre des Arts. (Larochelle, Roger, L. Beauvallet, Anselme; M"~ Saint-Hilaire, Alberic, Blanche.)

Le d7 février j Le Colliea do Roi, comédie héroïque, en un acte, en vers, d'flippolyte Lucas, réduction d*un drame de don Francisco de Rojas : Garcia del Caslanar, joué un an auparavant par la troupe espagnole à la salle Yentadour. Succès. (Larochelle, Randoux, Ballande, L. Beauvallet; M"'* Frantzia, Saint-Hilaire.)

Le 20 février^ Le déshonneur posthume, comédie en un acte, en prose, d'Armand Durantin (Roger; M"" Angèle Gonzalès).

Relâches les 24, 25 et 26, à cause de la Révolution. Rien à signaler d'intéressant à ce sujet à TOdéon. Le dimanche 27 on joua, au bénéHce des blessés : Roméo et Juliette, En bonne fortune, le Débutant, avec Laferrière, le Voyage à Dieppe et le Voyage interrompu^ treize actes, entremêlés de chants patriotiques. Cette représentation n'ayant pas produit ce qu'on espérait (on fit 628 fr. 25 de recette), on en organisa une autre qui eut lieu le 5 mars. Entre une cantate : le Triomphe du peuple, et des vers de Cordellier - Delanoue sur la Révolution, on donna l'floTEL César, une comédie en un acte, en vers, de Lambert Thiboust, alors élève du Conservatoire. Cette pièce aimable et gaie arrivait assez mal à propos au milieu de cette atmosphère de combat. Elle fut cependant écoutée et même applaudie. C'était la première œuvre dramatique du charmant et spirituel vaudevilliste à qui

S82 L'ODËON.

le théâtre contemporain doit, tant de nombreux et gais succès. (Delaunay, L. Beauvallet, Anselme, Lachèvre; M^Alberic.)

Le 9 mars, Lk Fillb d'Eschyle, étude antique en cinq actes, en vers, de Joseph Autran. Alexandre Dumas fils avait présenté cette pièce à son père, qui Tavait regue pour son Théâtre Historique; des circonstances imprévues en ayant empêché la représentation au boulevard du Temple, le bon Dumas père la porta lui-même à Yizentini, qui Taccueillit comme un sauveur et qui, espérant avec cette œuvre conjurer la faillite qui le menaçait, la monta immédiatement avec un certain luxe. Ce fut une belle soirée. Les plus illustres écrivains tinrent à honneur d'assister à ce début intéressant.

Voici, dans toute sa simplicité et sa grandeur, le sujet du poème dramatique d*Autran : Sophocle vient de rem* porter le prix au concours tragique. Eschyle, vaincu pour la première fois, s'en va seul, désespéré, par les chemins ; de jeunes fous le raillent. Sophocle qui survient les chasse avec indignation; puis, s'inclinant respectueusement devant le grand poète^ il lui avoue qu'il aime sa fille Méganire. Eschyle, qui souffre de la voir éprise de Sophocle, se condamne au bannissement pour ne pas assister à leur hymen. Moins heureux qn' Œdipe, il va partir sans Antigone; à celte idée le cœur de Méganire se brise; elle jette un long adieu à celui qu'elle aime, et prend tout en larmes, appuyée à l'épaule de son père, le chemin douloureux de l'exil. Sophocle avait l'amour, il aura la gloire et l'immortalité.

Page 1