‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et litte?raire du Second The?atre Franc?aisChapitre 187 sur 221 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

1849-1850. — Seconde direction de Bocage. — Trop de fantaisie et de politique à l*Odéon. — Révocation du directeur du second Théâtre-Français. — Un mot sur la troupe. — Le Bourgeois des métiers. — La Jeunesse du Cid, — François le Champi, — Une Nuit blanche. — Le Chariot d*enfant.

Bocage venait de créer, au Théâtre- Français, la Vieillesse de Richelieu, un drame d'Octave Feuillet et de son neveu Paul Bocage, quand il apprit que le privilège accordé pour une année aux comédiens associés ne serait pas renouvelé. Dégrisé de la Comédie-Française, oîi la pièce et lui n'avaient obtenu qu'un succès d'estime et où il sentait le terrain glisser sous ses pas, il sollicita de nouveau la direction de TOdéon.

Gomment, après avoir mené avec tant d'hésitation et si peu d'éclat ce beau théâtre deux ans auparavant, putil l'obtenir une seconde fois? Une boutade de Harel va nous aider à en trouver l'explication. On demandait, en 1835, au spirituel directeur de la Porte Saint-Martin : « Pourquoi laissez-vous partir Bocage? C'est un acteur « éminent, son autorité sur le public est incontestable. — « Que voulez- vous? » répondit-il, « il me demande la Ré- M publique, je ne peux pas la lui donner ! » Donc, sous

Louis-Philippe, Bocage était déjà connu comme républicain. En 1848, pouvait-on refuser une faveur au démocrate de vieille roche, k l'acteur qui osa crier, dans la reprise du Pinto de Lemercier : « A bas Philippe! » de façon à s'attirer les foudres de la censure*, à l'homme politique incompris qui venait de poser sa candidature de député à Rouen et à Paris, et qui en avait été pour ses frais d'affiches*, enfin à l'ami de Félix Pyat et de Ledru-Rollin, au protégé de Lamartine? Il fut donc une seconde fois nommé, pour trois années, directeur du second

4. a En 4831, je désirai faire de l'oppositioD au Gouvernement. Je a pensai à une pièce de Lemercier intitulée Pinlo. Ce n'élail pas à a coup sûr une pièce faite exprès contre le gouvernement de Juillet. A Je trouvai que néanmoins je pourrais faire naître de son texte, à la u représentation, des allusions piquantes, et, plus que cela, des attaff ques très directes. Il y avait dans la pièce une conspiration. Pinto « conspirait contre le roi d'Espagne; à un certain moment de la pièce a on lui remettait un papier; il le lisait, et en le lisant il s*écriait : ff A bas Philippe! Harel, homme d'esprit pourtant, n'avait pas fait a attention à ce passage, non plus qu'aux autres dont je voulais tirer a parti; il ne comprenait pas pourquoi je désirais jouer Pinto, Le soir (c où on le joua pour la première fois, il y avait peu de monde dans la (c salle. J'arrive au passage que je viens de citer, je prononce ces mots : f A bas Philippe ! de telle façon que j'enQamme tous les spectateurs, u Le lendemain, on défendit la pièce. M. Thicrs exigea des coupures. « La première fois que Pinto ainsi mutilé fut joué de nouveau, la «curiosité publique avait été excitée; il n'y avait plus une seule c femme dans les loges, la salle était comble, et l'on n'y voyait que c des habits noirs. A la place des mots retranchés et à côté je mis des c( gestes, je glissai des allusions qui ûrent plus d'effet encore que les « mots n'en avaient produit. » Discours de Bocage, Enquête et docu^ ments officiels sur les théâtres, in-4°.

2. Lire, dans les Murailles révolutionnaires, la proclamation du citoyen Bocage ù ses électeurs, avec la lettre du citoyen Lamartine.

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