CHAPITRE XVII. 34î
Forestier, Montménil, et M"* Cellini. Reçu et répété à rOpéra-Comique, mais retardé par le succès du Val d'Andorre et Gnalement retiré par son auteur, l'ouvrage fut arrêté par ordre supérieur, après quarante-cinq représentations consécutives, sous prétexte qu'il n'avait pas été reçu par le comité de lecture, qui existait, mais ne fonctionnait pas. L'Opéra -Comique s'était ému du succès, et avait réclamé, disant qu'on ne devait point chanter à rOdéon... sauf dans la tragédie!
Le grand succès de François le Champi avait remis Bocage en faveur ; les fantaisies musicales et chorégraphiques qu'il fit représenter à la fin de l'année I8i!i9 surprirent.
Une Nuit blanche, fantaisie noire, en un acte, de MM. Bosquillon père et fils, donnée le 10 février, arrêta bientôt la sympathie et causa bien des colères. Cet acte, qui n'était qu'un tableau d'une revue de 1849, commandée à Méry et à Gérard de Nerval, revue qui n'avait jamais été terminée, parodiait Soulouque et sa cour. Bocage, à l'affût de toute allusion, après quelques changements opérés par son neveu Paul, la fit représenter avec empressement. Voici la donnée de cette folie qui n'a pas été imprimée : Faustin , qui cirait les bottes d'un riche citoyen de la rue du Helder, retourne à Saint- Domingue, sa patrie ; là, en débarquant, il est accueilli
par des accIamatioDS et nommé immédiatement empereur. Un cuisinier qui a renversé la marmite en février 1848, un économiste sans économie, un poète famélique et une vertu de Notre-Dame de Lorette arrivent au palais de Sa Majesté noire; Faustin accueille ces illustres étrangers et leur donne un dîner splendide. Au dessert, la dame, reconnaissant le nègre de la rue du Helder, Tinterpelle brusquement; il se trouble et la conjure de ne point révéler le secret à ses sujets : « Oh ! Majesté, s'écrie-t-elle, je suis incapable d'une telle noirceur! » — «Pourquoi cette com- « plicité de rOdéon dans cette attaque à prose armée « contre la dynastie des Soulouque? » dit le Conslitulionnelj « rOdéon n'auraitr-il pas touché son dernier terme « échu de Tindemnité de Saint-Domingue? » Il est certain que Bocage vit dans cette fantaisie l'occasion d'une satire contre le gouvernement du prince-président, témoin ces deux vers dits par la dame à son galant :
Vous le savez, tout chemin mène à Rome, Et souvent Romo est un mauvais chemin.
Le public, cette fois, ne mordit point à rallusion : des murmures accueillirent le nom des auteurs *. Anselme jouait Faustin ; Lambert Thiboust, le cuisinier ; les autres rôles étaient tenus par Moreau-Sainti, Legrand, Montet, Fosse, M"** Baptiste, Henriette et M. Hazard; j^jine. Deoiouchy et Duriez dansaient un pas.
4. A la suite de celle représeDtation, on 6t défense expresse à Bocage de jouer aucune pièce avant qu'elle eût paru devant le comité de lecture.