CHAPITRE XVIII
Je fus sa première maîtresse, Et si, pour le peuple enchanté, Dans un souvenir d^allégresse Molière doit être chanté,
C'est par moi, c'est par mon délire; '
Car bohémienne du ciel Molière me doit son sourire Et ce sourire est immortel!
(Bouchet; M*"®' Marie Laurent, Sarah Félix, Roger- Solié) .
Le 16 janvier. Un paysan d'aujourd'hui, comédie en un acte, en prose, d'Emile Souvestre. Il n'y a plus de paysans aujourd'hui, ils savent tous parler latin, faire des armes et des mots, témoin ce bon fermier, qui, habile comme Scapin, déjoue les projets d'un jeune seigneur sur sa fermière. (Tisserant, Têtard, Harville.)
Le i*' février^ Don Gaspar le Mendiant, drame en cinq actes et six tableaux, en vers, d'Adrien Lelioux^ Don Frédéric, trouvant Philippe II chez celle qu'il aime, Tinsulte. Le roi, peu endurant, comme on sait, le fait jeter en prison. Juana éperdue, pour sauver son amant, cède au roi d'Espagne. Le comte apprend à quel prix il a sa liberté; scène de reproches, etc. Les deux amants s'empoisonnent. Caractères bien tracés; élégance et vigueur de style. (Tisserant, Bouchet, Martel, Harville, Talbot; M"^* Payre, Roger-Solié, Langlois, Lepetit.)
Le 2 mars y Pierrot, comédie de carnaval, un acte
1 . Adrien Lelioux ne déclamaii ses vers que le chef coiffé d'un bonnet rouge.
en prose, de MM. Lefranc et A. Decourcelle. Belmont, après avoir passé la nuit au bal de l'Opéra, en œmpagnie d'écervelés, la termine chez lui par un souper fin : histoire d'enterrer sa vie de garçon. Dans son ivresse, il parie qu'il gardera toute la journée son costume de Pierrot. Après une foule de quiproquos, l'arrivée de son beau-père, de sa fiancée, etc., il gagne son pari. Succès. (Moreau-Sainti, Anselme.)
Le 2d mars, les Contes d'Hoffmann, drame fantastique en cinq actes, tantôt en prose tantôt en vers, ni plus ni moins qu'une pièce de Shakespeare, par MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique d'Ancessy. Dans un prologue dont la décoration représentait la cave où s'enivrait Hoffmann, la muse de l'inspiration jaillissait d'une tonne d'Heidelberg, et par une allocution en vers préparait le public à la bizarrerie du spectacle. Alors, comme dans Viclorine ou la Nuit porte conseil ^ première pièce de ce genre, les récits du poète attablé avec les étudiants prenaient corps et se déroulaient devant les yeux des spectateurs. Cette pièce, originale, d'un style vif et spirituel, pleine de caractères dramatiques, très bien montée, jouée supérieurement par M'"® Laurent, étonnante en personnage automatique au deuxième acte, par Tisserant dans un rôle à travestissements, par Pierron dans Hoffmann, fit deux mois de belles recettes ^ . (Jourdain, Anselme, Têtard, etc. ; M"' Bilhaut.)
4. Cette fantaisie dramatique n'avait primitivement qu'un acte et était destinée au théâtre des Variétés:. Augmentée de la mu-