‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et litte?raire du Second The?atre Franc?aisChapitre 62 sur 221 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

i8S9-18i9. — Amy Hobsart, — Un illustre colltb-jratear. — Le romantisme. L$ Dernier Jour de Missolonghi. — Perkins Warbeck. — Roméo ft JulieiU de FrëJéric S<:'Qlié. — Directi'.'D Lemctherer. — Le Yiadeville à TOdéon.

La fin du règne de Thomas Sauvage approchait. Avant sa débâcle, il monta di\ nouveaulés, dont une des plus importantes fut :

Le 13 février. — Ayr Robsart, drame «n cinq actes, en prose, tiré du Château de Kenilicorth, roman de Walter Scott.

La Comédie - Française , sous le lilre d'Emilia, rOpéra-Comique, sous le titre de Leicesler, la Porte- Saint-Martin, sous relui du Château de Kenihcorlh^ avaient épuisé tout Tintérùt du sujet ; pour rajeunir celte donnée trop connue, l'auleur dépensa beaucoup de talent et d'originalité ; ce fut justement ce que lui reprochèrent les journaux du temps : « L'auteur de ce drame barbaro-amphigouri-romantique a mis une fois de plus le roman du Château de Kcnilworth en pièce, mais il s'est arrangé de façon à le rendre méconnaissable ^. »

4 • La Réunion j journal des spectacles.

La représenlalion, qui dura près de cinq heures, fut des plus orageuses. La façon bourgeoise dont M"* Charton

représentait le personnage d'Elisabeth, certaines phrases un peu trop romantiques provoquèrent des rires et des sifflets : « Le lutin en cage avec la colombe tombée dans la serre du vautour, la brebis lancée dans la fosse aux loups, le tigre se donnant tout entier, sang et cervelle, etc., etc. M

Amy Rohsart^ attribué d'abord à Victor Hugo et signé par Paul Foucher, était en réalité de tous les deux. Victor Hugo avait commencé sa pièce en collaboration avec Soumet; la pension de Louis XVIII étant venue le dispenser des spéculations littéraires indignes de son génie, il avait jeté son manuscrit au fond d'un tiroir. En 18î28, Paul Foucher, qui sortait du collège et qui se sentait entraîné vers la littérature dramatique, demanda ce manuscrit à son beau-frère. « Une pièce pareille m'ouvrirait le théâtre, lui dit-il, et m'improviserait un nom! »

— Ma foi, répondit Victor Hugo, je ne regarde pas cela comme une pièce de moi. Fais-en ce que tu voudras, Walter Scott l'appartient autant qu'à moi. »

<( Amy Robsart, porté immédiatement à l'Odéon, fut reçu facilement et distribué aux meilleurs comédiens de l'endroit. M. Eug. Delacroix voulut bien dessiner les costumes. Il était convenu que le nom de Victor Hugo ne serait pas prononcé, mais quelques phrases et quelques indiscrétions le trahirent, et le directeur, enchanté, s'empressa de répandre le bruit que le drame était de l'auteur de Cromtvell.M. Victor Hugo eut beau s'y pro-

Page 1