CHAPITRE VI. 44Î
Nous sommes fondés à croire qu'elles ne lui sont pas parvenues. Comment supposer, en effet, que M. le baron de la Bouillerie, bien instruit, eût pu laisser aussi longtemps dans une pareille détresse des artistes honorés du titre de comédiens du roi ? Il ne nous reste qu'un moyen de faire entendre nos plaintes à M. l'intendant général, c'est la publicité, et nous nous adressons à vous. Monsieur le rédacteur, bien persuadés que, par l'entremise de votre journal, le ministre en même temps que le public connaîtra notre position.
« DUPARAI, LOCKUOY, DeSNOYER, CtC, CtC. »
Les comédiens et les actionnaires de l'Odéon, voyant qu'ils n'obtenaient pas plus de réponse k cette lettre qu'aux deux autres , attaquèrent la maison du roi dans la personne de M. de la Bouillerie : les premiers, sur cette clause du cahier des charges qui disait formellement qu'en cas de modifications ou de retrait du privilège, la maison du roi se chargeait des engagements pris; les seconds sur le cautionnement.
Devant cette attitude résolue, l'autorité entra en composition et proposa des arrangements. Ils étaient de nature à n'être point acceptés, paraît-il, puisqu'on courut les chances d'un procès.
« Au point oîi nous en sojiMnes venus, nous no pouvons cacher que beaucoup d*entre nous, dans la saison la plus rigoureuse de Tannée, sont sans pain et seront bientôt sans asile... Nous avons l'honneur de prévenir Votre Excellence qu'à dater de demain, nous sommes déterminés à employer tou3 les moyens qui sont en notre disposition pour sortir de la fâcheuse situation où nous sommes depuis trop longtemps. »
En attendant ce qu'il plairait décider au tribunal, les choristes, gagistes et employés, après avoir soufTert, sans appointements, toutes les angoisses d'un hiver des plus rigoureux, furent obligés d'avoir recours à la bienfaisance publique. Une souscription fut ouverte pour ces pauvres diables chez M. Moisson, notaire, et chez Risbec, restaurateur, place de l'Odéon *•
Le procès contre le ministère, mené cependant avec beaucoup d'adresse et d'habileté, fut perdu. Le tribunal, considérant que le fait seul du sieur Sauvage avait donné lieu à la clôture et au retrait du privilège, débouta les comédiens de leur demande et déclara « que la maison du roi n'était pas responsable. »
Ce qui restait de bon dans la troupe s'éparpille alors : Lockroy entre à la Porte-Saint-Martin pour créer le Marino Faliero de Casimir Delavigne. M"® Anaïs, « le bijou de la rive gauche, » signe avec la Comédie-Française. — On vendit aux enchères le matériel 8 à 9,000 fr. La maison fut non-seulement fermée, mais encore vidée et saccagée.
Elle paraissait détruite à jamais lorsque M. de La Rochefoucauld sentit enfin ses fautes et voulut les réparer.
Cinq personnes sollicitaient la direction du second Théâtre- Français; MM. Petit-David, l'excellent comédien Perlet^ Nanteuil , professeur de déclamation ,
4. Le théâtre forain du Luxembourg et celui de M"* Saqui donnèrent chacun une représentation à leur bénéfice. Scribe envoya généreusement 4 ,000 francs