‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et litte?raire du Second The?atre Franc?aisChapitre 88 sur 221 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

Était-il possible défaire entrer dans le cadre d'un théâtre littéraire une pareille histoire?

Harel, pour monter dignement celte pièce, dépensa plus de 80,000 francs; aussi la mise en scène fut-elle splendide; on semblait vivre avec ces maréchaux illustres, ces généraux en habits brodés, ces grenadiers, ces fanfares et ces drapeaux. C'était un enthousiasme indescriptible, Texhumation d'un monde disparu. Les décorateurs avaient fait des merveilles; la façade du château des Tuileries, la toile qui montrait, se détachant sur un fond sombre, un aigle immense portant les lauriers de Tile d'Elbe au-dessus de Paris, et la Bérésina furent applaudis comme des œuvres de maître.

Le spectacle n'était pas seulement sur la scène, la moitié des spectateurs était en uniforme de garde nationale; l'orchestre, vêtu de même, faisait entendre pendant les en tr 'actes des marches militaires: on se serait cru à une représentation de gala, au camp de Boulogne ou de Ghâlons.

Quelques incidents obligés : quand, à Montmirail, parmi la liste des maréchaux, on a prononcé le nom de Marmont, on a sifflé avec violence; et quand, en 1815, Frederick a jeté cette phrase : « La Chambre s'est montrée indigne de la nation ! » trois salves d'applaudissements et un u bis! » ont répondu. Un seul spectateur — que diable allait-il faire dans cette galère? — a protesté ; sans de courageux voisins, on Teût écharpé. Le Sénat fut hué aussi, quand on parla de la Chambre des pairs. Fatigante soirée, en somme. Trop de souvenirs

brûlants ; le temps n'avait pas encore suffisamment éteint les douleurs et les colères des partis. L'acte le mieux fait et le plus applaudi fut celui de Moscou.

Cette pièce occupa seule l'affiche jusqu'au 6 mars, et n'en disparut entièrement qu'au mois de mai. Elle fut réduite au bout de quelques jours à quatre actes et quatorze tableaux. Frederick -Lemaître eut du succès dans Napoléon, « quoique ayant fait beaucoup trop de gestes pour un empereur », dit en sortant un comédien célèbre. (Lockroy, Duparai, Ferville, Slockleit, Vizentini*.)

Le i2 mars. — Un changement de ministère, comédie en cinq actes, en prose, de MM. Mazères et Empis. Succès, mais peu éclatant. L'esprit du public était ailleurs : avec les Polonais, dont on annonçait les combats héroïques ; avec les Italiens, opprimés et battus par l'Autriche. Cet ouvrage reposait sur cette singulière théorie, qu'il ne faut pas appeler les jeunes gens aux affaires; après la révolution de Juillet, c'était un assez plaisant paradoxe, on en conviendra. Duparai, dans le rôle d'un vieux domestique qui est obligé de porter le malin à l'imprimerie des articles contraires à ses opinions, fit beaucoup rire. (Ferville, Lockroy, Éric-Bernard, Vizentini, Chilly; MM"** Noblet, Moreau-Sainti.)

4 . Le manuscrit de Napoléon Bonaparte, entièrement de la main de Dumas, appartient à M.Verteuil, secrétaire de laCond^die-Française. Il contient quelques tableaux supprimés : les hauteurs de Borodino, une rue de Moscou, etc. M. Verteuil possède également le manuscrit de Charles VU, daté de Trouville (1831), et celui du Fils de l'Émigré, drame représenté par Frederick à la Porte-Saint-Martin, en 4834, et qui n'a jamais été imprimé.

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