CHAPITRE XIV
2° Jours impairs : Consacrés aux fêtes nationales, banquets civiques et distributions des prix du Conservatoire.
Sageret rouvrit l’Odéon le 10 brumaire an VII (31 octobre) par : la Vengeance, comédie en un acte et en vers de Patrat, qui eut peu de succès (Picard, Dorsan, M n *« Desroziers, Molière et Beffroi), et Gaston cl Bayard (Saint-Prix, Saint-Fai, M e,Ie Fleuri) ! .
Le 11 novembre, on reprend la tragédie de Cécile : Geneviève de Brabant , et le 17, celle de Briséis qui eut treize représentations.
Le 20, l’amusante comédie de Picard, le Voyage interrompu, en trois actes et en prose, môléede vaudevillles, fut favorablement accueillie: on bissa le dernier couplet, chanté par Picard (Jolivet) s’adressant au public :
« Loin des plaisirs, loin des affaires,
Nous sommes au delà des ponts, ici pourtant jadis vos pères Vinrent nous donner des leçons.
A passer la Samaritaine Comme eux décidez-vous parfois,
Et quelques jours au moins par mois Jusque chez nous qu’on se promène ! »
L’auteur-acteur fut demandé après la pièce et salué de vifs applaudissements. Cette œuvre, plus bouffonne que comique, qui offrait une critique des romans et drames
I. La recette brute et totale des vingt et une représentations fut de 4 4,450 fr. On représenta quarante-deux pièces, dout dix-sept d’auteurs vivants et vingt-cinq d’auteurs morts. (A'ole de Fenouillot de Falbaire.) . •;
de l’époque, attira quelque temps la foule ; elle est restée au répertoire.
Le 23 novembre, M el,e Julie Simon rentre dans la Coquette corrigée , et le 25, la fille de M e,,e Joly débute dans tes Folies amoureuses .
Après le succès d’estime de Périandre 1 2 3 , tragédie en cinq actes, de LucedeLancival, assez froidement accueillie à la première représentation (17 décembre), l’excellent début de M flle Delille par Mélite du Philosophe marié (18 décembre) et une reprise de Gabrielle de Vergy , l’entreprise nouvelle, peu favorisée jusqu’alors, tombe le 28 sur un très grand succès, le plus retentissant depuis la Révolution, avec le drame de Misanthropie et Repentir, qui fit littéralement fureur. II était temps, car les malheureux comédiens ne pouvaient continuer à courir d’un théâtre à l’autre pour représenter dans la meme soirée la même pièce sur la rive droite et sur la rive gauche : exercice des plus pénibles et tout à fait contraire à la dignité de l’art! Écoutons Fleury se plaindre de cette vie nomade : « Nous jouons le même soir dans les deux salles* : souvent nous donnons la même pièce sur les deux scènes, et, par précaution, nous partons habillés; un même fiacre reçoit divers personnages de carnaval’».