CHAPITRE VI
pièce ayant des intentions ouvertement révolutionnaires.
• Le Théâtre de la Nation représenta encore jusqu’à la clôture :• Doit val, ou le Fou par amour, drame en un acte et en vers, de Ségur jeune, avec Fleury dans le principal rôle (29 janvier ) .
Le Mari directeur, ou le Déménagement du Couvent , comédie en un acte, en vers libres, de Carbon- Flins-des-Oliviers (25 février ), qui donna le premier l’exemple des parades antireligieuses.
Rienzi, tragédie en cinq actes et en vers, de Laignelot, suspendue après la première représentation (2 mars).
M. de Crac dans son petit castel, amusante comédie en un acte et en vers, de Collin d’Harleville (4 mars), restée au répertoire (Dugazon). Et enfin le 29 mars, prodigieuse réussite des Victimes cloîtrées, drame en quatre actes et en prose, de Monvel. L’habileté scénique de l’auteur, aidée du jeu de Fleury, et surtout des circonstances, fit digérer ce lourd mélodrame rempli de scènes aussi invraisemblables qu’inouïes, dont nous recommandons la lecture aux amis d’une douce gaieté. Monvel, demandé à grands cris, parut sur la scène (Fleury, Dazincourt, Naudet, M lle Contât).
La clôture eut lieu le dimanche 10 avril par une
troisième enlr’acte, l'orchestre exécuta le Ça ira ! au milieu d’un inexprimable délire. L’auteur, depuis juge au tribunal révolutionnaire, fut couronné sur le théâtre par M ,u Saintval, qui renouvela cette opération à la troisième représentation sur la tête d’un des vainqueurs do la Bastille, avec accompagnement de coups de fusil.
représentation au profit des pauvres, avec le Père de Famille, un Discours de Dupont, et les Folies amoureuses.
On avait remis au répertoire quatre ouvrages :
Macbeth, de Ducis, avec des changements.
Les Coups de l’Amour et de la Fortune , ou le Siège de Barcelone, comédie de Quinault (1659), retouchée par Imbert.
La Mort de César, pour la rentrée de Larive.
Et le Brutus, de Voltaire; ce fut dans le personnage de Proculus de cette tragédie que Talma parut pour la première fois avec une véritable toge et dans toute la sévère beauté du costume romain. On raconte qu’en le voyant ainsi, M ,,e Contât s’écria : « Dieu ! qu’il est laid ! il a l’air d’une statue ! » La réforme du costume, surtout du costume antique, commencée par Lekain, continuée par Brizard sans grand succès, ne fut imj>osée au public et aux comédiens que par Talma, qui, aidé des conseils de son ami David, joignit l’exactitude historique à la beauté pittoresque 1 .
Les débuts de Grandménil dans Arnolphe de l'École des femmes et Francaleu de la Métromanie (31 août) furent suivis, quinze jours après, de ceux de Devigny, dans le Menteur et l'Ecole des maris, puis de ceux de Dupont, élève de M ,,a Raucourt (17 et 19 mars).
1. Voir le dessin et la coupe de la toge et du vêtement romain de Talma dans la Gazette des Beaux-Arts. Voir aussi les Costumes des grands théâtres de Paris, 5 volumes in-4 do J.-C. Lovacher de Chamois, mort à l’Abbaye en 1792.