CHAPITRE PREMIER
déclaré de cette nouvelle installation, Préville continua son opposition; elle était telle que les Gentilshommes de la Chambre furent obligés d’employer leur autorité et signifièrent, au nom du roi, aux comédiens « qu’on leur retirerait leurs privilèges et pensions et qu’on formerait une autre troupe, s’ils persistaient dans leur opposition »; menace assez dérisoire et qu’on eût été, convenons-en, bien en peine de réaliser !
Le bruit courait alors que Monsieur ne serait pas éloigné d’avoir une troupe tout à fait h lui. Si ce vœu, exprimé tant de fois déjà par maints auteurs, se fût réalisé, le second Théâtre-Français était dès lors fondé.
Cependant, les travaux se poursuivaient, Cafïieri commençait les sculptures de l’avant-scène 1 2 et, le 1 rr décembre, la salle terminée pouvait ouvrir ses portes un an plus tôt qu’on ne se l’était promis.
Le 10 février 1782, un arrêt du Conseil d’État* portait commission au directeur et ordonnateur général des bâtiments du roi pour « installer les comédiens français ordinaires de Sa Majesté en la salle royale construite dans le faubourg Saint-Germain, régler les conditions de la jouissance qu’ils en auront et conserver ensuite la direction de cet édifice », dont Louis XVI, ainsi qu’il a été
1. Lo 1* r juillet 1781. Il los termina le 31 janvier 1782 [Archives nationales). C’étaient quatre cariatides de six pieds et un groupe représentant la Lyre rf Apollon soutenue par Melpomène et Thalie. (Archives de la Couronne. A. R. O» 1706.)
2. Archives nationales. Minutes d’arrùts du Conseil (1519-1790 X ,b 625-4365.)
\î L’ODÉON.
dit plus haut, se réservait la propriété tant pour lui que pour ses successeurs.
Le 13 mars, répétition d’essai par les comédiens qui, le samedi 16. font leurs adieux à la salle des Tuileries avec Tancrède et la Gageure imprévue. Entre ces deux pièces, Dorival, « comédien aussi estimable pour les qualités de son Ame que par celles qui le rendent précieux dans l’emploi dont il est chargé 1 », prononça le discours suivant :
« Messieurs!
« Chaque fois que nous venons retracer à vos yeux le tableau des passions et des faiblesses humaines, il n’est aucun de nous qui n’éprouve, aux approches de la scène, une inquiétude secrète, une agitation pénible, je le dirai, Messieurs, une crainte presque décourageante qui agit sur la mémoire, sur l’organe, enchaîne les moyens, repousse les élans de l’Ame, et ne nous laisse que l’effrayante perspective de la difficulté de notre art. Cette appréhension, dont les suites sont si funestes pour nous, n’a cependant qu’une cause très-légitime; elle ne peut être produite que par une juste méfiance de nos talents et surtout par le désir ardent de mériter vos suffrages. En effet, Messieurs, et vous vous en êtes aperçus plus d’une fois, à peine les premiers témoignages de votre bienveillance sont-ils parvenus jusqu’à facteur
1. Mercure de France (mars 1782). Nous donnons, comme spécimen du genre, lo discours en entier.