‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 2)Chapitre 72 sur 218 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

En exécution de cette mesure, le Théâtre de la Nation entremêla les représentations de la pièce nouvelle de dix spectacles « patriotiques », dont voici le programme :

Le 7 août, Brutus , tragédie de Voltaire, représentation gratis de par et pour le peuple.

Les 9 et 11, Guillaume Tell , tragédie de Lemierre (1766).

Le 13, même spectacle, par et pour le peuple.

Le 18, la Liberté conquise, d’Harny (1791).

Le 20, même spectacle, par et pour le peuple.

Le 2 1\, Guillaume Tell.

Le 27, les Victimes cloîtrées (1791), par et pour le peuple.

Le 28, Guillaume Tell.

Le 30, la Mort de César.

Cette obéissance aux lois ne désarma point le Comité, qui, après huit représentations très-calmes, fit le 29 août défense aux comédiens de la Nation de donner la neuvième de la « réactionnaire » Paméla 1 . L’ordre de suspension arriva à cinq heures et demie, au moment de lever le rideau.

L’auteur consent à faire disparaître quelques vers, et le lundi 2 septembre, on affiche la neuvième représenta-

pièces tendant à dépraver l’esprit public, et à réveiller la houleuse superstition de la royauté , sera fermé, et les directeurs arrêtés et punis selon la rigueur des lois. » /

4. « Le principal vice de Paméla, disait Barrèrc, est le modérantisme. » 11 ajouta : « Il se pourrait que quelqu’un des comédiens fût d’intelligence avec les ennemis de la liberté pour corrompre l'esprit public. »

no

tion avec des changements « et des corrections 1 ». Par un avis spécial, et « conformément aux ordres de la municipalité », le public est prévenu que l’on entrera sans cannes, bâtons, épées, et sans aucune espèce d’armes offensives.

L’affluence fut très-grande; il y eut plus de cent

voitures aux portes du théâtre. Le quatrième acte touchait presque à sa fin, quand, après le couplet de Molé sur la tolérance religieuse qui se termine par ces deux vers ;

' a Ah! les persécuteurs sont les seuls condamnables,

Et les plus tolérants sont les plus raisonnables! »

Fleury* fut interpellé par un spectateur du balcon, « patriote en uniforme », dit la Feuille de Salut public u Point de tolérance politique ! C’est un crime ! » s’écrie l’interrupteur 3 . Fleury lui répond. Le public rappelle au silence, injurie et chasse de la salle ce forcené, qui sort en criant qu’il se vengera. C’était un aide de camp de l’armée des Pyrénées envoyé auprès du Comité de salut public : il alla dénoncer aux Jacobins le Théâtre de la

4. Lettre de François de Neufchâteau annonçant des changements à sa pièce de Patnela [Moniteur du 2 septembre).

2. Voir les douze vers de milord Bonfil (açte IV, scène dernière).

3. C’était Jullian de Carentan, d’après le Salut public du lendemain, qui appelle le théâtre de la Nation o une salle où les croassements prussiens et autrichiens ont toujours prédominé, où le défunt vélo trouva les adulateurs les plus vils; où le poignard qui a frappé Marat a été aiguisé lors du faux Ami des Loix » et demande que « le théâtre soit fermé, qu’on y substitue — pour le purifier — un club de Sans-Culottes des faubourgs; et que tous les histrions suspects soient mis en état d’arrestation dans les maisons de force. »

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