CHAPITRE XI
1794-1795. Théâtre de l’Égalité. — Théâtre du Peuple. — La troupe Montansier-Neuville. — La salle égalitaire. — Rentrée des Comédiens de la Nation. — Mésintelligence entre les deux troupes. — La salle du faubourg Saint-Germain fermée de nouveau.
La mort de Robespierre avait rendu les Comédiens de
la Nation k la liberté. Leur théâtre, fermé depuis le
3 septembre 1793, jour de leur arrestation, venait de
rouvrir ses portes sous le nom de Théâtre de l'Egalité *, section Marat .
Le 20 ventôse an II (10 mars 1794) , le Comité de salut public de la Convention nationale, délibérant sur des pétitions présentées par les sections réunies de Marat, de Mutins Scœvola, du Bonnet-Rouge et de V Unité, avait arrêté :
« 1° Que le théâtre ci-devant Français, étant un édifice national, serait rouvert sans délai; qu’il serait uniquement consacré aux représentations données de par et pour le peuple* , à certaines époques de chaque mois.
1. Dès 1792, la rue de Condé avait reçu le nom de Rue de l'Égalité. A la suite du 10 août, le théâtre de la rue de Richelieu avait pris le nom de Théâtre de la Liberté et de V Égalité.
2. Populaires et gratuites. Un décret de la Convention du 22 janvier 1794 avait alloué une somme do 100,000 liv. pour les représentations, pour le peuple, de pièces « propres à former l’esprit public o.
L’édifice serait orné au dehors de l’inscription suivante :
Théâtre du Peuple.
« 11 serait décoré au dedans de tous les attributs de la Liber lé ;
« 2° Que les sociétés d’artistes établies dans les divers théâtres de Paris seraient mises tour à tour en réquisition pour les représentations qui devraient être données trois fois par décade, d’après l’état qui en serait fait par la municipalité;
« 3° Que nul citoyen ne pourrait entrer au Théâtre du Peuple, s’il n’avait une marque particulière qui ne serait donnée qu’aux patriotes, dont la municipalité réglerait le mode de distribution;
« h° Que la municipalité de Paris prendrait toutes les mesures nécessaires pour l’exécution du présent arrêté ; elle rendrait compte dans. . . . jours des moyens qu’elle aurait pris;
« 5° Le répertoire des pièces à jouer sur le Théâtre du Peuple serait demandé à chaque théâtre de Paris et soumis à l’approbation du Comité 1 . »
Un mois après, le 27 germinal (16 avril 1794), un autre arrêté du Comité de salut public ordonne la translation de l’Opéra-National de la salle de la Porle-Saint- Martin, qui menace ruine, "au Théâtre-National de la rue
4. Signé : Saint-Just, Carnot, B. Barère, C.-A. Prieur, Collotd’Herbois, Robespierre, Billaud-Varennes, Couthon ot R. Lindet.