Villiers écrivit le quatrain suivant
« Beaux- arts, prenez le deuil : l'Odéon est en cendre! ThaHe en pleurs gémit sur ses débris ; Et sur les sombres bords Euterpe a vu descendre Un de ses plus chers favoris 2 ! »
On devait jouer le lendemain samedi.
Les sociétaires de l'Odéon trouvèrent un asile à la salle Favart, où ils restèrent dix-huit mois.
\. Dans une ode sur l'incendie de l'Odéon (pet. in-8 de 15 pages, imprimerie de Dondey-Dupré, 1818), un M. Nogaret-Félix, « âgé de quatre-vingt-onze ans », appelle l'Odéon :
« un temple
Digne des jours de Périclès »,
et les pompiers : « les auxiliaires d'Amphitrite ! » 2. Isouard Nicolo, mort le 15 mars 1818.
LE THEATRE-FRANÇAIS DE LA RUE FEYDEAU ET LE THÉATRE-FBANÇAIS DE LA RUE DE LOUVOIS
Nous avons vu, le 23 décembre 1794, les comédiens de l'ex -Théâtre de la Nation , Molé , Dazincourt , Saint- Prix, Saint-Fal, M'*'' Contât, Devienne, etc., etc., quitter la salle du Théâtre de l'Égalité * et s'engager pour trois mois au théâtre de la rue Feydeau% dont l'administrateur était Ghagot-Defays. Ils y débutèrent le mardi 27 janvier 1795 (8 pluviôse an III) , par la Mort de César et la Surprise de F Amour j, et y alternèrent bientôt avec l'opéra-comique et les concerts de Garât ^
1. Faubourg Germain, section Marat. — En 1794, Louis-le-Grand porte le nom de Collège de l'Égalité.
2. La salle Feydeau, bâtie en 1788 par Legrand etMolino, avait été ouverte en 1791 et réunissait, sous le nom de théâtre de Monsieur, les opéras français et italien. En septembre 1792, la retraite des Italiens permit à la Comédie d'y alterner avec l'Opéra-Comique. Elle a été démolie en 1829.
3. Ces concerts, devenus le rendez-vous du plaisir et de l'élégance, étaient très-suivis : Alphonse Martainville et René Ferrin firent repré-
Les temps n'étaient plus aussi sombres. Les théâtres regorgeaient de spectateurs : c'était une arène où les partis avaient leurs coudées franches , et ils s'en donnaient a cœur joie. Le Réveil du peuple avait détrôné la Marseillaise^ désormais proscrite, et tous les passages qui fiétrissaient le règne de la Terreur étaient applaudis. « Dans les loges paraissaient les beautés du temps , femmes ou amies des thermidoriens; dans le parterre, la jeunesse dorée de Fréron (incroyables et merveilleuses , et plus tard les muscadins) semblait narguer par ses plaisirs , par sa parure et par son goût , ces terroristes sanguinaires et grossiers qui, disait- on, avaient voulu chasser la civilisation ^ . »
Non contents de triompher, les jeunes et turbulents réactionnaires se promirent de faire un outrage sensible aux quelques Jacobins qui, réunis dans les cafés, vers les quartiers populeux de Saint -Denis, du Temple, de Saint-Antoine, avaient menacé d'aller attaquer au Palais- Royal, aux spectacles, à la Convention même, ceux qu'ils appelaient « les nouveaux conspirateurs » .
Le samedi 31 janvier, on donnait à Feydeau le Misanthrope et les Epreuves^ de Forgeot. « Des jeunes gens, dit encore M. Thiers % s'élancèrent au balcon, renversèrent le buste du saint (de Marat, l'idole du jour, le mar- / tyr de la Révolution, dont tous les lieux publics et parti-
senter à l'Ambigu, le 19 février 1795, un à-propos intitulé : Le Concert de la rue Feydeau.