CHAPITRE VI
1791. Les Victimes cloîtrées. — Translation des cendres de Voltaire. — 1792. — Rentrée de Préville. — Mutilation du répertoire. — 1793. Le Théâtre de la Nation est fermé par le Comité de Salut public.
Lundi i2 avril il 90. — Réouverture du Théâtre de la Nation, par un Discours de Naudet (dont nous avons parlé plus haut), remplaçant le compliment de Talma, Phèdre et la Surprise de l'Amour.
Les treize nouveautés données dans le cours de cette année théâtrale réussirent presque toutes :
D'abord, le iô avril. — Le Couvent, ou les Fruits du caractère et de F éducation comédie en un acte et en prose, de Laujon, l'ex-fournisseur attitré du Théâtre de M"'^ de Pompadour et de la maison de Gondé.
i4 mai. — Le Comte de Comminges, ou les Amants malheureux, drame en trois actes et en vers, d'Arnaud- Baculard, imprimé depuis longtemps (Talma, Saint-Fal, M^^^ Desgarcins).
5 juin. — Le Présomptueux, ou l'Heureux imaginaire,, comédie en cinq actes et en vers, de Fabre d'Églantine, qui était tombée le 7 janvier 1789, obtint un brillant succès (Molé, redemandé, parut avec l'auteur).
80 juin. — De vifs applaudissements accueillirent
Barneveldt, grand pensionnaire de Hollande^ tragédie de Leraierre, reçue depuis longtemps ^ et arrêtée par la police.
i4 juillet, — Jour de la fête de la Fédération, et pour l'anniversaire de la prise de la Bastille, le Journaliste DES Ombres, ou Momus aux champs Élysées^ pièce héroïque nationale de circonstance, en un acte et en vers, du jeune Aude. Talma jouait dans cette pièce le rôle de Jean-Jacques Rousseau : Grimm dit que c'était le portrait exact du grand philosophe, « tant le costume et le geste étaient ressemblants » . Ce fut sa dernière création avant son passage à la rue Richelieu.
2 décembre. — Le Tombeau de Desilies, autre pièce patriotique en un acte de Desfontaines, obtint momentanément un assez grand succès ^
i8 décembre, — Jean Galas % drame en cinq actes, en vers, de Laya, fut très-applaudi, ainsi que la Liberté CONQUISE, ou le Despotisme renversé^ drame héroïque en cinq actes et en prose d'Harny (4 janvier) (Saint-Fal, Naudet, Saint-Prix, M"' Saint-Yal cadette^) , première
1. Barneveldt devait être donné le ntiercredi des cendres de 1766; mais l'ambassadeur de Hollande fit des représentations qui empêchèrent la pièce d'être jouée.
2. Jeune officier du régiment du Roi, Desilies avait été tué le 31 août 1790 aux portes de Nancy; il inspira encore le Nouveau d'Assas, de Dejaure, représenté aux Italiens, et Henry IV et le jeune Desilies, de la royaliste Olympe de Gouges.
3. Ce sujet était alors à la mode ; le théâtre des Variétés avait donné la veille le Calas de Lemierre : le 19 avril 1791, fut représenté celui de Chénier à la rue de Richelieu.
4. Cette pièce excita un enthousiasme extraordinaire. Pendant le