CHAPITRE VI
On reçut M"^ Fleury sociétaire dans le courant de cette année théâtrale où M""^' Bellecour et Julie-Simon Gandeille se retirèrent.
Année 1791-1792.
La fraction démocratique, ainsi qu'il a été dit plus haut, profite des vacances de Pâques pour passer au théâtre de la rue de Richelieu. Trois semaines après cette scission, on fait la réouverture du Théâtre de la Nation par un Discours de Dupont, Iphigénie en Aulide et V Ecole des maris. La Comédie, privée de plusieurs de ses membres, redouble d'activité et donne en dix mois douze nouveautés :
i9 mai, — Marius a Mintubnes, tragédie en trois actes et en vers, premier ouvrage d'Ant. Arnault, alors âgé de vingt et un ans. Succès complet. L'auteur demandé se fit voir d'une loge.
2 juillet, — Pauline, ou la Fille naturelle, comédie en deux actes et en vers , tirée d'une pièce allemande intitulée : Le voilà pris! parM""Glaret de Fleurieu (depuis M"'" Sal verte) ; léger succès.
Le lundi ii juillet i79i^ jour delà translation des restes mortels de Voltaire au Panthéon français, la façade du Théâtre de la Nation fut magnifiquement décorée de guirlandes de fleurs naturelles, de riches draperies cachant les entrées, et de trente-deux cartels placés sur les colonnes du péristyle, où étaient inscrits les titres de toutes les pièces de théâtre dont Voltaire était l'auteur ; sur le fronton on lisait : « // fit Irène à quatre-vingt-trois ans! »
Le cortège, parti de la Bastille à deux heures, se rendit d'abord à l'Opéra par les boulevards. Une députation des théâtres précédait la statue d'or de Voltaire couronné de lauriers, porté par des hommes habillés à l'antique. Suivait le char funèbre, dessiné par David et traîné par douze chevaux blancs. Après deux stations, devant l'Opéra où fut exécuté un hymne pendant le couronnement de la statue, et devant la maison Ch.- Yillette, quai Voltaire, où l'on chanta des strophes de Chénier et Gossec, le convoi funèbre se dirigea vers le Théâtre de la Nation par la rue Dauphine et celle de l'Ancienne- Comédie. Devant l'ex-hôtel des Comédiens français, on avait placé un buste de Voltaire couronné de chêne par deux génies , et surmontant cette inscription : « A dix-sept ans il fit OEdipe ! » Lors du passage des cendres sur la place du Théâtre de la Nation , la draperie qui couvrait l'entrée du vestibule s'ouvrit et laissa voir dans le fond la statue en marbre de Voltaire, resplendissante de lumière et la tête ceinte d'une couronne civique. On donnait ce soir -là la tragédie de Mahomet suivie de la Bienfaisance de Voltaire ou V Innocence reconnue , comédie en un acte et en vers de Villemain d'Abancourt. Des acteurs du théâtre, représentant divers personnages des pièces de Voltaire , vinrent faire leur offrande à l'objet de la vénération publique : en tête La Rive ,J\i"'' Raucourt et Contât. Brutus lui présenta des faisceaux de laurier, Orosmane, les parfums de l'Arabie, et Nanine, un bouquet de roses. On exécuta devant le théâtre un chœur de son opéra de Samson \
1. Translation de Voltaire à Pam. Ordre de la marche et du cor-