CHAPITRE VI. 89 Le Philinie de Molière
HiRZA ou les Illinois de Sauvigny (1767-1780), avec des changements, et le 26 septembre, trois mois après le retour de Yarennes, la Gouvernante de Lachaussée (1717), à la demande expresse du roi, qui y assiste avec la reine, leurs enfants et M'"^ Elisabeth, au milieu d'un enthousiasme indescriptible. Marie-Antoinette avait fait savoir à M^'' Contât qu'elle désirait la voir dans ce rôle, qui n'était p^s de son emploi. M''' Contât apprit cinq cents vers en vingt-quatre heures, et écrivit à la personne qui lui' avait transmis le désir de Sa Majesté : (( J'ignorais où était le siège delà mémoire, je sais à présent qu'il est dans le cœur. » Cette lettre, publiée par ordre de la reine, faillit coûter la vie, en 1793, à la charmante comédienne.
Pour repousser autant que possible le torrent du mauvais goût qui commençait à inonder la scène française et pour lutter contre cette profusion de spectacles éclos avec la liberté des théâtres \ les comédiens décidèrent le plus parfait modèle des comiques , le grand et inimitable Préville, à rentrer; il reparut le 26 novembre 1791 : «M. Préville n'a rien perdu, Journal des fliéâtres ^ c'est le même esprit, la même âme, la
1. Il fallait rappeler la foule; les recettes baissaient de jour en jour. Et, jusqu'à la scission de 1791 , la part d'acteur avait été, pendant neuf années consécutives, toujours supérieure à 18,000 livres! Avant la Révolution, les petites loges à l'année produisaient seules une rente annuelle de 260,000 francs à la nouvelle salle. La part sociale, comme nous l'avons vu, atteignit souvent 30,000 livres, qui valaient 60 à 70,000 francs d'aujourd'hui.
même mobilité de masque, la même vérité dans tous les mouvements, c'est la même pureté de diction; on re- 1 trouve toujours en lui ces nuances de dialogue fugitives \pour les acteurs superficiels, et par lesquelles un grand comédien prouve à chaque instant qu'il a saisi la nature sur le fait. » Aussi toutes les phrases qui ont pu faire allusion à « ce fils adoré de la bonne Thalie » furentelles saisies avec enthousiasme ; en voici un exemple : au troisième acte de la Partie de chasse Henri IV dit, en parlant de la famille Michau : « Je vais donc voir encore une fois la nature sans déguisement ! » le public unanime S appliqua cette phrase à Pré ville; il n'y a point d'éloge ^qu'on puisse mettre à côté de celui-là. Les comédiens aussi voulurent rendre à leur camarade un hommage digne de son talent : Saint-Prix et plusieurs autres parurent dans les rôles muets de la Partie de chasse, et quatre jours après , dans le Philosophe sans le savoir, Préville jouant Antoine, tous, Molé en tête, « figurèrent » aux noces de la fille Vanderck. Préville avait alors soixante-dix ans; sa mémoire était affaiblie ; il se retira l'année suivante à Beauvais, chez sa fille.
Année 1792-1793.
Après une vacance de quinze jours , le théâtre , un peu délaissé déjà pour le spectacle de la rue, fait, le lundi 16 avril, sa réouverture par la onzième représentation du Vieux Célibataire et les Épreuves^ de Forgeot. Le compliment au public est dès lors abandonné et l'ancien répertoire, mutilé. Des rapiéceurs ignares osaient y coudre des