Député à l'Assemblée législative en
3. La pièce était faite depuis cinq ans, comme le témoignent des vers adressés par l'auteur à Goldoni, avant de lui lire Paméla (juin 1788).
coiffure, pleine d'élégance et de goût, mit à la mode les chapeaux dits à la Paméla. Molé (rôle de Joseph' Andrews)", Fleury (xMylord Bonfil) , Saint-Fal (Mylord Arthur), M'^Mezeray, Dazincourt, Dupont et Dublin complétaient une exécution supérieure.
Les démagogues, et surtout la société des Jacobins, dénoncèrent au Comité de salut public Paméla comme une pièce contre-révolutionnaire, comme le rendez-vous des aristocrates, des modérés, des feuillants, en un mot comme un dangereux centre de parti.
Le 2 août, le lendemain même de la dénonciation, un décret de la Convention ordonna qu'il ne serait joué sur les théâtres de la République que des pièces propres 1 à animer le civisme des citoyens, des ouvrages drama- ] tiques retraçant « les glorieux événements de la Révolution et les vertus des défenseurs de la liberté ».
Voici les principales dispositions de ce décret :
Article premier. — « A compter du i^' de ce mois, et jusqu'au i^'" septembre prochain, seront représentées trois fois la semaine, sur trois théâtres de Paris désignés par la municipalité, les tragédies de Bruius^ Guillaume Tellj, Caïus Gracchus et autres pièces patriotiques ; et, une fois par semaine, l'une de ces pièces aux frais de la République.
Art. 2. — « Défenses faites aux directeurs de spectacles de donner des pièces où les malveillants pourraient trouver à faire des allusions favorables â la cause de la royauté \ »
1. Variante : « Tout théâtre sur lequel seraient représentées des
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En exécution de cette^ mesure, le Théâtre de la Nation entremêla les représentations de la pièce nouvelle de dix' spectacles « patriotiques », dont voici le programme :
Le 7 août, Brutus, tragédie de Voltaire, représentation gratis de par et pour le peuple.
Les 9 et 11, Guillaume Tell, tragédie de Lemierre (1766).
Le 13, même spectacle, par et pour le peuple. Le 18, la Liberté conquise^ d'Harny (1791). Le 20, même spectacle, par et pour le peuple. Le 24, Guillaume Tell.
Le 27, les Victimes cloîtrées (1791), par et pour le peuple.
Le 28, Guillaume Tell.
Le 30, la Mort de César.
Cette obéissance aux lois ne désarma point ie Comité, qui, après huit représentations très-calmes, fit le 29 août défense aux comédiens de la Nation de donner la neuvième de la a réactionnaire » Paméla^ . L'ordre de suspension arriva à cinq heures et demie, au moment de lever le rideau.
L'auteur consent à faire disparaître quelques vers, et le lundi 2 septembre, on affiche la neuvième représentapièces tendant à dépraver l'esprit public, et à réveiller la honteuse superstition de la royauté, sera fermé, et les directeurs arrêtés et punis selon la rigueur des lois. »
4. « Le principal vice de Paméla, disait Barrère, est le modérantisme. » 11 ajouta : « Il se pourrait que quelqu'un des comédiens fût d'intelligence avec les ennemis de la liberté pour corrompre l'esprit public. »
tion avec des changements « et des corrections ' » . Par un avis spécial, et « conformément aux ordres de la municipalité », le public est prévenu que l'on entrera sans cannes, bâtons, épées, et sans aucune espèce d'armes offensives.
L'afïluence fut très-grande; il y eut plus de cent voitures aux portes du théâtre. Le quatrième acte touchait presque k sa fin, quand, après le couplet de Molé sur la tolérance religieuse qui se termine par ces deux vers :
« Ah! les persécuteurs sont les seuls condamnables, Et les plus tolérants sont les plus raisonnables! »
Fleury^ fut interpellé par un spectateur du balcon, (( patriote en uniforme », dit la Feuille de Salut public: (( Point de tolérance politique ! C'est un crime ! » s'écrie l'interrupteur ^ Fleury lui répond. Le pubHc rappelle au silence, injurie et chasse de la salle ce forcené, qui sort en criant qu'il se vengera. C'était un aide de camp de l'armée des Pyrénées envoyé auprès du Comité de salut public : il alla dénoncer aux Jacobins le Théâtre de la
1 . Lettre de François de Neufchâteau annonçant des changements à sa pièce de Paméla (MonUeur du % septembre).
% Voir les douze vers de milord Bonfil (acte IV, scène dernière).
3. C'était Jullian de Garentan, d'après le Salut public du lendemain, qui appelle le théâtre de la Nation « une salle où les croassements prussiens et autrichiens ont toujours prédominé, où le défunt vélo trouva les adulateurs les plus vils; où le poignard qui a frappé Marat a été aiguisé lors du faux Ami des Loix » et demande que « le théâtre soit fermé, qu'on y substitue — pour le purifier — un club de Sans-Culottes des faubourgs; et que tous les histrions suspects soient mis en état d'arrestation dans les maisons de force. »