CHAPITRE PREMIER
intimidé d'abord par la présence de ses juges, qu'il éprouve un changement subit, il commence à se maîtriser lui-même, ses gestes deviennent naturels, ses intonations justes ; à mesure que vos applaudissements le dégagent de ses liens, son âme s'étend, sa sensibilité se développe, se communique; il s'identifie avec le personnage qu'il représente ; la situation seule le commande, enfin il parvient à produire cette heureuse illusion qui doit faire le charme de nos jeux. Oui, Messieurs, vos plaisirs sont unis avec nos succès, et cette réflexion, à laquelle notre amour-propre s'attache avec complaisance, nous donne le droit de réclamer la continuation de vos bontés. Nous sommes à la veille de redoubler nos efforts pour les mériter.
« En passant dans le temple nouveau que la mwiificence royale vient d'élever à la gloire de l'art dramatique^ nos premiers soins seront consacrés à y rassembler tout ce qui peut contribuer à votre agrément et donner de la pompe à nos représentations. Vous dire qu'il sera le dépôt des richesses que les grands hommes de la nation nous ont confié, c'est vous en assurer le domaine, c'est vous supplier d'en faire le tribunal où vous rendrez ces arrêts mémorables qui fixent à jamais le rang des ouvrages et la réputation des auteurs. Puissiez- vous. Messieurs, y recueillir, avec votre indulgence ordinaire, les marques de notre zèle, les efforts de nos faibles talents et les témoignages de notre respectueuse reconnaissance. »
C'était bien un vrai « Temple », comme dit Dorival, avec ses huit colonnes de l'ordre dorique, consacré à
Apollon, que le nouveau théâtre élevé, après bien des intrigues et des contre-ordres, en face de la maison où Le Kain était mort quatre ans plus tôt*.
Paris avait enfin une salle de spectacle monumentale et digne de l'inscription gravée sur son fronton en lettres d'or: THÉÂTRE FRANÇAIS M