‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 4)Chapitre 60 sur 217 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

vers et des scènes de leur façon. Tel fut le sort de la Mort de César; le troisième acte fut refait. Un travail semblable fut pratiqué dans le dernier acte de Tartuffe; le Misanthrope fut expurgé dans le même goût; il ne devait plus être (juestion d'un « commandement exprès du roy », et la chanson de Paris la grand'ville dut subir aussi certaines modi6cations. Dans la partie d'échecs du Bourru

bienfaisant, Géronte ne disait plus : « Echec au roi ! » il disait : « échec au tvran ! » Les titres nobiliaires de duc, de marquis, de comtesse, et même les mots de Monsieur, de Madame étaient remplacés par citoyen ou citoyenne, en y accommodant, tant bien que mal, la mesure et la rime. Enfin les héros et les héroïnes de l'antiquité, aussi bien que les personnages de comédie actuelle, ne paraissaient (jue décorés d'une cocarde ou d'un ruban aux couleurs nationales*.

Neuf nouveautés témoignent de l'activité des acteurs demeurés fidèles à l'ancienne Comédie-Française :

20 avril. — Lovelace, ou Clarisse llarlowe^ drame en cinq actes et en vers , second ouvrage de Lemercier, est froidement accueilli. Malgré quelques changements et le talent de Fleury, le succès resta douteux. I^ maréchal de Richelieu y était représenté comme un scélérat.

4 mai. — Lucrèce, seconde tragédie d'Arnault, en cinq actes et en vers, habillée à l'antique.

5' juillet. — Le Faux Insouciant, comédie en cinq actes et en vers, de Maisonneuve.

\ . Muret, f Histoire par le théâtre, t. I.

Voir aussi Jules Janin, t. IV du Cours de littérature dramatique, et le numéro 866 du Catalogue Armand-Berlin,

A l'époque des odieux massacres de septembre, les théâtres de Paris fermèrent, la Comédie resta silencieuse du 2 au 20. La première nouveauté qu'elle donna fut, le 2i novembre^ l'Apothéose de Beaurepaibe, pièce de circonstance en un acte, et en vers, de Lesure * .

29 décembre. — La. Matinée d'une jolie femme, comédie en un acte et en prose, de Vigée, réussit, grâce aux talents de M"" Contât, Mézeray, Devienne, et de MM. Fleury, Larochelle et Saint-Fal.

La tragique année 1793 fut inaugurée le 2 janvier par l'Ami des Lois, comédie en cinq actes et en vers, de Laya (voir chapitre VII). Cette pièce « feuillantine » causa la disgrâce de la Comédie.

4 février. — On donna le Conteur, ou les Deux Postes, comédie en trois actes et en prose, de Picard, dont c'était le début sur une grande scène, et qui obtint un très-brillant succès.

Il n'en fut pas de même, le 22 février, du Maire DE Village, ou la Force de la Loi, comédie de Laus de Boissy, qui tomba, ni de la Soirée d'une vieille femme, comédie en deux actes et en prose, qu'on ne put terminer, quoique M"*" Contât y jouât le principal rôle {25 mars).

4. Beaurepaire, chef du 4*' bataillon de Maino-et-Loire, fut chargé en 1792 du commandement de la place de Verdun. Sommé par le conseil municipal de livrer cette ville aux Prussiens qui Tassiégeaient, il 80 fit sauter la cervelle plutôt que de se rendre à Tennemi. La Convention lui décerna les honneurs du Panthéon et donna son nom à l'une des rues du quartier Montorgueil (43 septembre).

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