‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 4)Chapitre 65 sur 217 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

aux comédiens d'avoir à lui soumettre tous les huit jours le répertoire de la semaine pour censurer, arrêter ou laisser passer les pièces de théâtre.

Le samedi 12, à l'heure de l'ouverture des bureaux, un arrêté de la Commune, défendant la représentation de l'Ajni des Lois, est'placardé dans Paris. La Convention, moins tyrannique, s'était contentée de renvoyer l'examen de l'ouvrage à la commission d'Instruction. A peine le public a-tr-il lu l'affiche interdisant la pièce nouvelle, qu'il se porte en foule au Théâtre de la Nation et réclame impérieusement la comédie contre-révolutionnaire. Les acteurs donnent lecture de l'arrêté de la Commune, qui est accueilli par des sifflets et des huées. Le public veut que les comédiens passent outre, le vacarme est au comble ^ .

Des soldats marchent sur le Théâtre de la Nation, la salle est cernée, deux pièces de canon sont braquées au carrefour. Le général Santerre, commandant de la garde parisienne*, arrive entouré de son état-major et précédé d'un roulement de tambour, triste prélude de celui du 21 janvier! Il déclare qu'on ne jouera pas. Les têtes s'exaltent : « A la porte, le général Mousseux* ! VAmi

K\ Analyse de TAmi des Loix; et grand bruit à l'occasion de celle pièce [Révolutions de Parts^ dédiées à la Nation. N° 184, p. 457-^76). Prudborome appelle cette comédie « la Folie du moment, ou plutôt le Scandale du jour ».

2. On connaît cette épithète adressée à Santerre. Il avait été brasseur avant d'être général, ce qui explique encore cette épitaphe :

« Ci-git le général Santerre, Qui u*cut do Mars que la bière. »

des Lois, ou la mort ! » crie-t-on de tous côtés. Santerre en est pour sa courte honte : il s'éloigne furieux, poursuivi des cris et des plaisanteries de la foule amassée sur la place et dans les rues environnantes .

Le maire de Paris, le faible et indécis Chambon, essaye, de calmer l'effervescence du public ; il est pressé de tous côtés * et se laisse forcer la main : on le retiendra en otage jusqu'à ce qu'il ait permis la représentation. Il écrit séance tenante à la Convention, alors en permanence pour le jugement du Roi, et lui demande instamment une réponse qui assure le calme ; Laya adresse de son côté à la Convention une protestation énergique contre l'interdiction de sa pièce et l'abus de pouvoir dont il est victime : « Citoyens législateurs ! disait-il dans sa lettre, mon crime est de proclamer les lois, l'ordre et les mœurs ; je me suis rallié dans cet ouvrage aux principes éternels de la raison.... oîi en sommes-nous donc, si celui qui prêche l'obéissance aux lois est condamnable ? Ils m'attaquent, ces gens qui ont mtérôt à ce que le peuple soit méchant, parce que j'ai prouvé dans mon ouvrage qu'il est bon, essentiellement bon, parce que je l'ai vengé des calomnies qui lui attribuent les crimes des brigands *.

4. Il mourut, dit-on, des suites de cette bagarre. ' S. Voici cet éloge du peuple (iv« acte, scène 6) :

« Le peuple! allons, le peuple ! ils n'ont que ce langage ! Tout le mal vient do lui ; tout crime est son ouvrage ! EU mais ! quand un beau trait vient Timmortaliser, Que ne courez-vous donc aussi Tcn accuser ?

Non, non, le peuple est Juste, et c*ost votre supplice !

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