‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 4)Chapitre 9 sur 217 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La nouvelle salle. — Critiques. — Ouverture. — Le parterre assis. — Tableau de troupe. — Spectacle dUnauguratiou. — Molière à la nouvelle salle, — Le Roi Lear et Macbeth, — Coriolan, — Le Voltaire de Houdon.

Le nouveau théâtre, ouvert au public pendant les vacances de Pâques, ne désemplit pas de curieux. C'était, comme aujourd'hui, un bâtiment isolé dans ses quatre faces, mais flanqué à droite et à gauche de deux pavillons ^ réunis au monument par deux ponts de communication sous lesquels on pouvait descendre à couvert; il offrait trois entrées sur sa face principale, et autant sur les rues Corneille et Molière. « Chacune des arcades sera numérotée, disait l'ordonnance détaillée du lieutenant de police, afin que les maîtres et les domestiques puissent se retrouver facilement à la sortie du spectacle. »

Les comédiens, installés dans leur nouveau théâtre le 30 mars 1782, en firent l'ouverture solennelle le mardi 9 avril par un prologue en un acte et en vers d'Imbert :

4 . Le U février 4779, Préville et M"« Vestris avaient obtenu le brevet des ÛGVLxpavillons Corneille et Molière. ?\vls tard, le 45 avril 4783, le droit de construire boutiques sous les galeries fut accordé à M*"* Bellecour et à Brizard (Archives nationales. Carton 0^ 4706. Archives de la couronne j ancien régime, 9 dossiers).

r Inauguration du Théâtre-Français, et par VIphigénie en Aulide de Racine.

Malgré la présence de la Reine, de Madame Elisabeth, de Monsieur, de Madame, du comte et de la comtesse d'Artois, cette soirée fut tumultueuse : la garde, forcée, ne put arrêter les efforts de la foule ; une insulte faite à un procureur par le comte Moréton de Chabrillant fit scandale et ne contribua pas peu à la chute du prologue, petite pièce à tiroirs qui remplaçait le compliment ordinaire de réouverture et fut vigoureusement sifflée. Mercier a beau dire, dans son Tableau de Parisy que l'innovation des bancs au parterre, autrefois debout, avait rendu le public passif; on ne s'en aperçut guère ce soir-là*.

Quant à la nouvelle salle, on s'accordait à dire que « c'était une belle construction, mais qu'elle ne répondait pas à sa destination , sous le double rapport de l'optique et de l'acoustique » , que sa façade était trop massive, que l'extérieur de l'édifice ne représentait pas assez bien un théâtre; qu'à l'intérieur, la salle, quoique ronde, était si mal distribuée, qu'on entendait à peine des places de côté et même de l'orchestre; que la scène n'était pas assez profonde; que le lustre, entouré des douze signes du zodiaque en carton % ne jetait pas assez d'éclat. Enfin, que

4 . « Le parterre assis n'exerce plus avec vigueur une autorité dont on lui a contesté Tusage, qu*on lui a ravie en6n, de sorte qu'il on est devenu passif. On Ta fait asseoir, et il est tombé dans la léthargie. Aujourd'hui le calme, le silence, l'improbation froide ont succédé au tumulte. • (Mercier, Tableau de Paris, t. VII.)

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