CHAPITRE II
1819-1820. Réouverture. — La nouvelle salle. — Les Vêpres siciliennes. — Ut Comédiens. — Artaxerce. — Le Voyage à Dieppe.
C'est toujours, à Paris, un événement considérable que l'ouverture d'un théâtre de l'importance du second Théâtre-Français; aussi la vaste place de l'Odéon fut-elle remplie de curieux toute la journée du jeudi, 30 septembre 1819. La jeunesse des écoles, indifférente aujourd'hui, trop indifférente peut-être à ce qui se passe dans son quartier, vint en foule assister à la résurrection de « sa galerie ». Les moindres places firent prime; à sept heures, on se battait pour obtenir seulement des billets de « coup d'œil. » — Enfin les portes s'ouvrent, l'assaut est donné, et les bienheureux élus peuvent admirer ou critiquer à leur aise la disposition et la décoration de la nouvelle salle.
Ah! ceux qui aimaient l'or étaient bien servis : bas-reliefs, cariatides, frontons, arc d'avant-scène, plafond, coupole du foyer, rampes d'escaliers, devant et fond des loges, tout était doré, jusqu'aux portraits des poètes tragiques et comiques français, séparés les uns des autres par des sujets pris dans leurs chefs-d'œuvre, qui ornaient le devant du premier balcon; ces petits
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tableaux, dus aux conseils de David, des œuvres d'art par la finesse du dessin, disparaissaient absolument dans cette tonalité éclatante et ne formaient plus, à distance, que des groupes confus.
On critiqua, et justement, le nombre exagéré des loges; il y en avait a tous les étages et derrière toutes les galeries, si bien que rassemblée « avait l'air d'être aux fenêtres d'une maison bâtie dans la forme du Colisée » ! .
Parmi les innovations les plus heureuses, on remarqua la loge royale, placée juste en face de la scène, et supportée par quatre cariatides, imitation de celles de Jean Goujon. Le plafond, décoré de peintures représentant les divinités qui président aux mois de l'année et les signes du zodiaque, fut trouvé d'un bel effet. On fit des éloges du rideau d'avant-scène; cette toile, due au talent de Daguerre, reproduisait, par un ingénieux artifice de perspective, l'architecture de la salle qu'elle semblait prolonger en l'agrandissant. Le foyer, dégagé de la cloison vitrée qui le fermait avant l'incendie, était découvert dans toute sa longueur; son plafond, mis à jour, et autour duquel passait une galerie soutenue par des cariatides, avait de l'élégance; il était à peu près tel qu'aujourd'hui. Le lustre, très gracieux de forme, fut trouvé beaucoup trop petit.
On plaça, de crainte d'accident, entre la scène et la salle, un rideau de tôle d'un poids formidable, destiné en cas d'incendie à intercepter sur-le-champ toute commu-