CHAPITRE XIII. *39i
« Dépité, découragé d'une éternelle attente 1 (il avait « présenté des pièces de tous les côtés sans en pouvoir « faire représenter aucune), je perdis patience, dit le « mystificateur, et finis par me donner au diable. Le « diable est toujours là pour profiter de nos impru- « dences; il me prit au mot et me souffla une idée natu- « rellement diabolique. Trois jours après, l'Entr'actc « insérait dans ses estimables colonnes une lettre tim- « brée de Rouen, par laquelle H. Guérault-Lagrange, « qui se disait avocat en cette ville et descendant du « comédien Lagrange, l'ancien camarade de Molière, « annonçait urbi et orbi qu'en fouillant dans une armoire « où s'étaient entassés de vieux papiers de famille, il « avait mis la main sur une copie du Docteur Amou- « reux. » Lireux la demanda immédiatement à M. Guérault-Lagrange, par une lettre publiée dans les journaux. M. de Calonne se fit l'intermédiaire de l'avocat roucnnais, retenu en Normandie par la goutte, etc., etc. Bref, la pièce fut représentée et obtint un certain succès. Barré et L. Monrose furent très applaudis. Cette double comédie fut prise au sérieux par le public et par quelques journalistes. La foule assiégea le foyer pour voir le manuscrit de Molière; un adroit fanatique en enleva mOme une page à la barbe des deux gendarmes, plantés là par Lireux pour faire tableau. M. de Calonne avait réussi
4. Préface du Docteur amoureux, \ vol. in-18, avec fac-similé du manuscrit. Paris, Michel Lévy, 4862.
2. Un prologue en vers précédait la pièce et racontait toute cette fable; il était récité par l'acteur Boilcau.
dans sa supercherie, û telles enseignes qu'un successeur de Lireux lui demanda plus tard, parait-il, de vouloir bien lui « retrouver » une pièce de Regnard. M. de Calonne s'en tint à sa première découverte.
Le 15 mars, Le Chevalier de Pomponne, comédie en trois actes, en vers, de Mary Lafon. Style brillant, intrigue aimable et intéressante, franc succès (Jourdain, A. Mauzin; M— Grassau, Volet, E. Sauvage.)
Le 23 mars, Walstein, drame en cinq actes, en vers, précédé d'un prologue. Traduction de Schiller, due à Théodore Villenave; elle obtint un succès d'estime. « C'est du Schiller dédié à la garde nationale », disait modestement Lireux. (Chotel, Ballande, Saint-Léon, Barré, Milon; M ra " Grassau, Fitz-James.)
Le 28 mars. Le Seigneur des Broussailles, corné-
die en trois acles, en prose, de Théodore Barrière et G. Duval. C'est plutôt un vaudeville qu'une comédie. Les quiproquos, les incidents en sont très amusants. Succès. (L. Monrose, Roger; M™ Berthault).
Le 8 avril. Les Pharaons, drame en cinq actes, en vers, de Ferdinand Dugué. Malgré le talent de M 11 * Georges, qui fit dans cette pièce sa dernière création a 1*0déoh, ce fut un demi-succès. (Darcourt, Raphaël.)
f^e 19 avril, l'Eunuque, comédie en cinq actes, en vers, de M. Michel Carré, adaptation de la pièce latine, fut écoutée sans applaudissement ni murmure. (Saint- Léon, Mauzin, L. Monrose, Barré; M« f » Payre, Berthault) .
Le 29 avril, Camoéns, drame en cinq actes, en prose,