CHAPITRE XV
1847-1848. - Direction d'A. Vizentini. -Akestc.-Le Paquebot. -Débuts de Marie Laurent. — Regardes, mais ne touches pas. — Chute terrible des Alrides. — Une revue de Camille Doucet : Le dernier banquet de 1848 — Le dernier Figaro. — La Révolution de Février à l'Odéon. — La fille d'Eschyle. — Fuite de Vizentini.
Augustin Vizentini, à qui Bocage cédait ainsi, avec l'agrément du minisire de l'intérieur, les deux années qui lui restaient encore à faire à l'Odéon, était un des fils de l'excellent comédien de l'Opéra-Comique qui, on s'en souvient, tint, sous Harel, une place si importante. Tour à tour administrateur de grands théAlres de province, régisseur général au Vaudeville et à l'Opéra, le nouveau directeur avait su remplir sympathiquement ces divers emplois; on le crut un homme de théâtre parce qu'il était né et avait été élevé dans les coulisses; cela suffît pour admettre, sinon justifier sa nomination, et pour l'accueillir même avec bienveillance. Vizentini eût peut-être acquis l'expérience qui lui manquait, il eût peut-être même tenu avec honneur le poste qui lui était confié, car il était actif et rempli des meilleures intentions ; malheureusement, il eut le tort de prendre l'Odéon sans argent, à l'heure où ce « nerf de la guerre » allait être plus indispensable que jamais.
Dans les premiers temps de celte direction d'une année, grâce à une activité incessante, on put joindre les deux bouts. La révolution de février, qui devait porter un coup terrible aux industries théâtrales, fit tomber les recettes à des taux désolants. Vizentini s'endetta, comptant sur une grande pièce d'Autran : La Fille d'Eschyle, que Dumas père lui avait apportée et recommandée chaudement. Cette œuvre, quoique d'une haute valeur littéraire et parfaitement montée, n'avait rien de ce qu'il fallait pour attirer l'argent dans un moment aussi grave. Désespéré, sur le point de déposer son bilan, le directeur de l'Odéon s'enfuit de Paris pour aller reprendre à Bruxelles, où l'attendait un engagement, l'emploi modeste de régisseur général que, pour son repos, il n'aurait certainement jamais dû quitter.
Ce fut le 1 er mars 1847 que Vizeutini prit la place de Bocage. Il inaugura sa direction sans tambour ni trompette par : Un jeune homme, Horace pour la rentrée de M Uc Araldi et En province, avec la troupe de son prédécesseur, se réservant de la compléter et de la former à son goût pendant les vacances annuelles. En trois mois et quelques jours il fait maison nette des pièces reçues avant lui et représente dix nouveautés, dont trois en trois actes et trois en cinq actes et à spectacle.
Le i 6 mars, Alceste, tragédie grecque avec chœurs, d'Euripide, arrangée en trois actes, en vers, par Hippolyle Lucas, musique d'Elwart, grand prix de Rome et professeur au Conservatoire. Le mélange des chœurs et de la tragédie n'a pas fait bon effet et a alourdi une pièce