CHAPITRE XVII
sujet lugubre. La pièce, faite avec beaucoup d'habileté, eut du succès. (Deshayes, Clareuce, Alexandre, Gaudé, Montet, Savigny, Maurice Cosle; M mr * Deshayes, Payre, Dargilly, Daubray.)
Le 14 novembre, Raymond Varney ou le Manoir de Grapdale, drame en cinq actes, en vers, de Jules Baget. C'est l'histoire d'un bon jeune homme qui pousse la piété filiale jusqu'à assumer sur lui la responsabililé d'un crime dont son père est l'auteur. Pièce correctement écrite, honnête et triste, succès d'estime. (Alexandre, Savigny, Gaudé, V. Henry, Osmont; M mes Darmont, Talini, Crosnier.)
Le 23 novembre, François le Champi, comédie en trois actes, en prose, de George Sand. Celte œuvre, seconde pièce du grand écrivain (la première, Cosima, n'avait pas été bien accueillie à la Comédie- Française), obtint un éclatant succès. Madeleine Blanchet a recueilli, du vivant de son défunt mari, un enfant abandonné, un Champi, comme on dit au pays berrichon. Six années se sont écoulées depuis celte bonne aclion; François, devenu homme, revient au pays avec ses économies et h, 000 francs qu'un vieux curé lui a comptés au nom de ses parents inconnus; il trouve Madeleine poursuivie par des créanciers; Mariette, sa belle-sœur, en butte aux obsessions d'une rusée paysanne, la Sévère, qui veut lui faire épouser son neveu Jean Bonnin. Le Champi remet les choses en ordre et d'une si brave façon que Mariette s'éprend de lui; François, qui sent sa reconnaissance envers Madeleine faire place peu à peu à un sentiment plus doux, n'écoute
pas la coquette fille ; il déjoue les intrigues de la Sévère et obtient la main de sa bienfaitrice. Sur ce canevas bien frêle, comme on voit, la chère femme de génie à qui notre littérature doit tant de pages éloquentes et superbes écrivit l'idylle la plus touchante qui soit. Un critique grincheux disait : « Ce n'est pas là du théâtre! » Le public, et presque tous les grands feuilletonnistes, n'ont jamais partagé cet avis. François le Champi, mis en scène avec un art consommé, encadré dans un décor exact, accompagné d'une musique de scène très touchante composée par Ancessy, admirablement joué par tous les interprètes, fit des recettes considérables pendant cent trente-deux représentations. (Max Deshayes, Clarence; M ,n *« Marie Laurent, Moreau-Sainti, Max Deshayes, Biron, Volnaisj.
Après George Sand et son grand style, Bocage ne s'avisa-t-il pas de donner, le dimanche 1G décembre, Les Gardes Françaises, opéra-comique en un acte, paroles et musique d'Hervé, sous le pseudonyme de Florimond Rouyer. Cette opérette, car malgré son étiquette ce n'était qu'une opérette digne tout au plus du théâtre des Folies-Nouvelles, était pour le moins absolument déplacée à TOdéon. La musique aimable et gaie fit passer sur la niaiserie du poème et la médiocrité de l'interprétation. L'auteur, venu du Théâtre-Lyrique, jouait dans sa pièce, ainsi que MM. Fosse, Legrand, Pédorlini 1 , Deveaux.
i. Cet acteur abandonna bientôt le chant pour la comédie. Nous le retrouverons sous le nom de^ Joanni dans les directions qui vont suivre.