CHAPITRE XVII
Le il mars, Vois n'êtes que marquis! comédie en deux actes, en vers, de Lelion-Damiens. Un charmant garçon, marquis, malheureusement, est épris de la fille de son jardinier ; il la demande en mariage, malgré les siens. Le père de l'aimable enfant lui répond hautement : « Non, monsieur! vous n'êtes que marquis! — Mais je suis aussi médecin ! » répond le jeune amoureux interloqué ; le jardinier, pensant, après tout, que le médecin est un travailleur, daigne lui accorder la main de sa fille. (Lambert Thiboust, Moreau-Sainti, Anselme; M me4 Moreau-Sainli, Dargilly.)
Le 5 avril, deux premières : Le martyre de Vivia, mystère en trois actes, en vers, de Jean Reboul, le boulanger-poète de Nîmes. Semblable à Polyeucte, dont elle n'est qu'une pâle imitation, Vivia se fraye un chemin vers le ciel à travers les affections terrestres. Poésie lymphatique ; vers sonores, mais renfermant peu de pensées. C'est le style de Luce de Lancival dans toute sa pureté. M ""Laurent, qui créa le rôle principal, fut rappelée. (Darcourt, Gaudé, Savigny; 3I mo Baptiste.) La pièce ne vécut que huit jours, ses quatre représentations furent orageuses. Le boulanger a fait four, dirent de mauvais plaisants.
Et Planète et Satellites, comédie en quatre actes, en prose, de Méry. La planète est une jeune femme autour de laquelle fourmillent, se querellent et vont môme se battre plusieurs satellites. L'auteur, très paradoxal, comme on sait, a voulu prouver qu'avec de l'esprit on peut quelquefois se passer de sujet pour faire une pièce. Cette spirituelle boutade n'a réussi qu'à demi. (Clarence, Moreau-
Sainti, Larochelle, Anselme; M me ' Payre, Baptiste e Herbel.)
Le 13 mai, Le Chariot d'enfant, drame en cinq actes et sept tableaux, en vers, de Méry, Gérard de Nerval et Paul Bocage, tiré du drame sanscrit du roi Soudraka : le Chariot de terre cuite (Mritchatchati), chefd'œuvre qui date de 3000 ans; succès éclatant le premie soir; malheureusement les recettes ne répondirent pas à cette tentative si hautement littéraire. Dans un de se feuilletons, Méry dit plus lard que les noms indiens, trop nombreux sur l'affiche, effarouchèrent le public. Cela est possible, et, en tout cas, très regrettable; car cette histoire de la courtisane Vasentasena, que la vue d'un enfant émeut et pénètre, et qui se réhabilite par le dévouement, était bien un des plus beaux poèmes dramatiques qu'on pût voir : « Nous n'essayerons pas de « faire l'analyse de cette pièce, » dit Théophile Gautier; « rien ne pourrait rendre ce mélange de grandeur et de i« naïveté, cette grâce efféminée et voluptueuse, cette « langueur d'amour, cette profusion de parfums, ces » ruissellements de perles, ces bruits d'oiseaux, ces épa- « nouissements de comparaisons fleuries, tout ce luxe » indien, délicat et barbare, qui fait de ce drame une pa- « gode sculptée en vers 1 . » Belle mise en scène. Pantoums
4. Feuilleton théâtral de la Presse. — Le drame sanscrit : le Chariot de terre cuite, attribué au roi Cûdraka, a été récemment traduit et annoté des scolies inédites de Lalla-Diskhita par M. Paul Regnaud, ancien élevé de l'École pratiquo des hautes études, membre de la Société asiatique. 4 petits volumes, Paris, juin 4877. (Voir le feuilleton de F. Sarcey, au Temps du *9 juin.)