CHAPITRE VI
Le 3i janvier. — Lancastre, ou l'Usurpation, drame en cinq actes, en vers, de M. d'Épagny. Les marques de mécon lentement, qui avaient plusieurs fois éclaté pendant la représentation, cessèrent dès qu'on nomma l'auteur (Bocage, Lockroy, Desnoyer, Provost; M Ue Charlon *).
Depuis la première représentation de l'Espion, qui n'obtint pas le succès que l'on espérait, l'Odéon était en proie à la plus horrible détresse. Dans le mois de février, un des meilleurs de l'année théâtrale, on donne pour toute nouveauté, le 8, le Français au Caire, comédievaudeville en un acte de M. Florestan, dont quelques couplets tournés avec esprit font tout le mérite. (Léon Dobigny; M ,le Bérenger et Flore.)
Le 24 février. — La Vieille Fille et la Jeunb Veuve, aimable comédie en un acte, en vers, de MM. N. Fournier et Aug. Arnould. (Lockroy, Duparai; M"" Dutertre, Wenzel et E. Dupuis.)
Et enfin, le 26 février. — Le Mariage et l'Enterrement, folie-vaudeville en un acte, de MM. Auguste Arnould et Mollet. Cette extravagante petite pièce, trop bonne pour un théâtre à l'agonie, avait été d'abord annoncée sous le titre : Je suis mort. Lemétheyer, qui allait abandonner la direction de l'Odéon, fit changer ce sous-titre, qui pouvait prêter aux allusions.
Le i er mars, les acteurs se constituent en république et se partagent les recettes au prorata. Le 4, voyant
4 . Déûgurée par l'eau-forte, vengeance d'un amant, M ,le Charton disparut rapidement de la scène, vécut pauvre, oubliée, et mourut le 27 juillet 4 87J.
M6 L'ODÊON.
qu'avec tous leurs efforts, ils arrivent à peine à payer les frais de soirée, ils abandonnent la partie. Certainement M. Lemétheyer, en se chargeant de gaieté de cœur d'un fardeau trop lourd pour lui, était cause de celte rechute si prompte ; mais il convient de ne pas faire retomber sur lui toute la faute. M. de La Rochefoucauld, ministre de la maison du roi, l'avait absolument abandonné. La subvention, appoint considérable, ne lui fut point donnée pendant le cours de cette direction, sous prétexte qu'on n'avait point versé le cautionnement. Avant de quitter leur poste, les comédiens adressèrent aux journaux la lettre suivante :
« Messieurs,
« L'Odéon ferme demain mercredi lx mars. Pour la troisième fois depuis deux ans, l'infâme banqueroute est aux portes du Théâtre- Royal. Pleins de confiance dans le ministère, nous avons continué notre service tant que nous avons pu le faire. Mais aujourd'hui tout nous manque; il nous est impossible d'aller plus loin. Sur dix mois à peine échus de l'année théâtrale, il nous en est dû six; si un pareil état de choses n'occasionne chez quelques-uns d'entre nous qu'une grande géne, il en réduit la plupart à un dénuement absolu.
« Deux lettres adressées par nous à M. l'intendant général de la maison du roi sont restées sans réponse 1 .
1. Première lellre adressée à M. le baron do La Bouillorie (6 février 1819), demandant que l'on dispose en leur faveur du caulionnementet de la subvention. — Deuxième lettre au même (10 février 1829) :