‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 67 sur 221 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

1829. — 1830. — Direction Harel.— M lle Georges et la nouvelle troupe. — Réouverture. — Christine à Fontainebleau. — La Fête de Néron. — la Mort de Molière.— Chutes célèbres.— Stockholm, Fontainebleau et Rome. — Alexandre Dumas à l'Odéon. — Guillaume Tell. — Pendant et après les trois journées. — Jeanne la Folle. — Fontan et le Mouton enragé.

Harel 1 , tout en menant l'Odéon et la Porle-Saint- Martin avec plus de fantaisie que de science dramatique, est resté comme la personnification du directeur parisien. Causeur plein d'à-propos, se moquant de tout, môme de lui et de son entreprise, il doit à son esprit de coulisses si vif et si paradoxal une grande partie de la réputation qui lui a survécu. Administrateur médiocre, il remporta souvent des victoires éclatantes et n'eut ni le bonheur ni le talent d'en savoir tirer profil; après un' succès il s'arrêtait net el il fallait un revers pour l'arracher il sa paresse et à son inaction. Alors il retrouvait toute son énergie, et, comme certains généraux qui n'ont été grands que par leur manière de diriger les retraites, rien

4. J.-B. Harel, né a Rouen en 1790, mort à Chùtillon près Paris, en 1840, a collaboré au Dictionnaire des théâtres, 1224 vérités, (in-12 Barba), et à plusieurs drames : la Guerre des Servantes, etc. A donné seul un Éloge de Fo/faire^couronné par l'Académie, et deux comédies, les Grands et les Petits au Théâtre-Français, et le Succès à rOdéon.

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ne l'arrêtait : ni les mesures les plus coûteuses ni les résolutions les plus désespérées. Il dépensa certainement plus d'esprit pour se ruiner que vingt autres pour faire fortune.

Élevé par son oncle Luce de Lancival, professeur au collège impérial et auteur (X Hector, tragédie qui eut un certain succès au Théâtre-Français et qui lui valut la protection de Napoléon, Harel obtint très jeune encore une place d'auditeur au conseil d'État, puis celle de secrétaire de Cambacérès. Devenu commissaire extraordinaire dans la sixième division militaire, puis sous-préfet de Soissons, il se fit remarquer par son énergie quand les Russes firent le siège de cette ville lors de la première invasion.

A la rentrée des Bourbons il fut destitué, et revint à Paris, où il fonda, avec Ch. Nodier, Cauchois-Lemaire, Bory Saint-Vincent, Mellinet, Arnault, Jouy et Merle, le Nain jaune, petit journal satirique qui eut rapidement une grande réputation de malice et d'audace. Au retour de l'île d'Elbe, il rentra dans la vie politique et reçut, avec le titre de préfet des Landes, le ruban de la Légion d'honneur. Après Waterloo, il dut quitter Mont-de-Marsan et se retirer en Belgique avec ses amis Bory Saint- Vincent, le général Mellinet et Arnault, comme lui couchés sur les listes de proscription du Moniteur.

C'est à Bruxelles, où M" 6 Georges donnait des représentations, qu'il commença avec la célèbre tragédienne une liaison que le succès, les revers, les luttes en commun rendirent indissoluble. Grâce à elle, il put revenir

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