‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 69 sur 221 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'administration mérite aussi une mention particulière. •

Le secrétaire du théâtre, M. Gentil, qui poussa ce cri célèbre dans les annales romantiques : « Racine est un polisson! » était le neveu du comte de Rœderer. Au théâtre, on l'appelait souvent M. l'amiral, voici pourquoi : Sous l'empire, on l'avait envoyé en mission auprès de Murât, alors roi de Naples, et il avait eu l'audace et l'adresse de faire entrer dans la rade de cette ville, malgré les Anglais qui la bloquaient, un convoi de farine. Mural, pour le récompenser, l'avait nommé... amiral!!!

La conduite du théâtre était confiée à Jouslin de la Salle, un des hommes les plus compétents qu'il y eût alors dans l'art de la mise en scène.

Nommons encore : Arsène, Dupont, Michelot, Ménétrier, Leroux, Champein, Auguste, Lebrun, Jourdain, Adolphe Vincent, Saint -Paul, régisseur; Edouard, deuxième régisseur; Garcière, caissier, et Ozanne, souffleur.

M. J. Verteuil, le digne et excellent secrétaire actuel de la Comédie-Française, fut attaché à TOdéon en qualité de secrétaire d'Harel, mais seulement après 1830.

A l'occasion de la nouvelle direction, on réduisit le prix des places. Cicéri fut chargé de restaurer les peintures de la salle, le dôme , la toile et les panneaux des loges. Rossini voulut bien composer l'orchestre, dirent les journaux; c'était du luxe, on en conviendra, puisqu'on ne devait plus représenter d'adaptations musicales.

La réouverture, annoncée pour le 2 septembre, eut

lieu exactement. Il aurait été impossible aux plus vieux habitués de l'Odéon, s'il en restait, de reconnaître la vieille salle. Cariatides allégoriques, figures en relief, velours fané, tout avait été enlevé et remplacé par des loges charmantes, de l'or dans une juste proportion, un rideau blanc et brodé, un lustre augmenté d'un grand nombre de becs, et — spectacle nouveau — la foule, une foule compacte, riche et choisie comme à l'Opéra.

« Voici Armand et M lle Mars. Quelle tournure, quelle élégance ! elle sera toujours jeune, même à la ville ! Voilà Rossini, Nourrit, M n,M Damoreau et Dabadie; tout l'Opéra s'est donné rendez- vous ici.

« Ce monsieur, qui a la tète un peu penchée sur l'épaule et qui entre dans la loge de M Ue Mars? — C'est M. Auber, l'auteur de la Muette que l'on vient de donner à l'Opéra. Et ce petit homme qui porte des lunettes et qui a l'air de grimacer? C'est le rédacteur d'un nouveau journal populaire, le National, M. Thiers. 11 se range pour faire une place à M. Michaud, de la Quotidienne. M. Michaud est de l'Académie; ces choses-là peuvent se retrouver un jour 1 . »

La pièce d'inauguration : Catherine de Médicis aux. États de Blois, drame historique en cinq actes, en vers, de Lucien Arnault, n'obtint qu'un demi-succès, malgré le talent de M 1 ' 0 Georges. (Ligier, E. Bernard, Duparai, Vizentini; M Uc Nadèje-Fusil.)

Craignant avec raison la sévérité habituelle et sou-

4. Jousliode la Salle. Souvenirs dramaliquet (Revue f rang., 4858).

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